Vers quels horizons le nouveau directeur d’EMLYON Business School, Bernard Belletante, veut-il emmener l’établissement ? La question est cruciale alors que l’école a souffert d’un défaut de gouvernance et de vision ces dernières années. C’est avec détermination et audace qu’il a tracé de « Nouveaux horizons 2020 » adoptés à l’unanimité par son CA le 26 septembre, lui laissant toute latitude pour mener un développement international et académique peu conventionnel.

 

Bernard Belletante, nouveau directeur général d’EMLYON© EMLYON

Bernard Belletante, nouveau directeur général d’EMLYON© EMLYON

Quelles caractéristiques clés d’EMLYON retrouvez-vous 12 ans après l’avoir quittée ?
Je retrouve son expertise sur les questions entrepreneuriales et d’innovation. EMLYON a été la première école à créer un incubateur dont nous fêtons les 30 ans. Il a accompagné 1 300 projets dont 1 000 toujours en activité. J’avais instauré le PCE (projet création d’entreprise) de 1ère année. Nous allons le faire monter en puissance. EMLYON vient d’accueillir 300 experts internationaux de l’entrepreneuriat lors du World entrepreneurship forum. Enfin, notre programme IDEA avec Centrale Lyon est un succès. Ma seconde satisfaction est la qualité des équipes et leur implication. C’est grâce à elles que l’établissement a tourné malgré un défaut de gouvernance. Leur bon accueil témoigne de leurs attentes et de leur envie d’engager EMLYON sur une nouvelle trajectoire.

 

Cibler trois expertises thématiques
Et d’un point de vue académique ?
Le corps professoral a un bon niveau européen. Mon objectif est de le faire savoir et de développer notre force académique. La stratégie est de nous concentrer sur trois thématiques fortes que nous sommes en train d’identifier avec le corps professoral, et de les porter au niveau mondial. La première est très logiquement l’entrepreneuriat et l’innovation.

 

Audace et rapidité
Le 4e élément très positif est la gouvernance ?
C’est un grand bonheur de travailler dans ces conditions de confiance. Je me sens soutenu. Cela me donne une sérénité, un confort exceptionnel pour mener à bien ma mission. On me laisse toute altitude pour agir rapidement. Le timing est un élément important : je souhaite une évolution et un développement importants et rapides pour EMLYON.

Quelles nouveautés intègre l’axe pédagogique de votre stratégie ?
Nos étudiants vont être beaucoup plus acteurs de leur formation. Nous devons proposer un nouveau projet pédagogique motivé par les évolutions technologiques, la concurrence mondiale, les attentes de nos élèves et du monde professionnel. Notre objectif est de développer les capacités de rupture et de créativité des étudiants en les confrontant aux forces de changement.

 

Changer de modèle
Quel sera le profil de la « nouvelle » EMLYON ?
Mon objectif est de nous remettre en position de conquête en sortant du schéma des business schools françaises. Mon objectif n’est pas d’être « petite » parisienne. Nous sommes EMLYON avec nos forces, notamment sur l’entreprenariat, nos relations avec les entreprises, notre environnement, notre institution. Je suis convaincu que dans 10 ans, il n’y aura plus que 3 ou 4 écoles françaises qui seront capables de jouer au nouveau mondial. Et j’entends qu’EMLYON en fasse partie.

 

Connecter les intelligences et les savoirs
Vous voulez notamment frapper fort à l’international ?
Je construis une école globale. Mon objectif est de former des managers partout sur la planète, de globaliser nos effectifs étudiants et demain notre réseau d’alumni. En 2020, EMLYON comptera 10 000 étudiants dont la moitié d’internationaux.Deux sites ont déjà été ouverts : notre site existant en Chine (pour couvrir l’Asie), un nouveau site au Maroc (pour couvrir l’Afrique francophone). En 2015/2016 nous aurons un site au Moyen- Orient (pour rayonner vers l’Inde et l’Afrique anglophone) et en 2017 un site au Sud des Etats-Unis ou en Amérique Latine. Ces campus physiques seront complétés par des « pop-up campus » éphémères qui accueilleront des sessions en présentiel. La politique internationale va aussi largement s’appuyer sur les enseignements à distance, pour valider les tests, connecter les savoirs et les intelligences, créer des réseaux entre professeurs et étudiants. Chaque campus pourra s’appuyer sur un réseau d’entreprises françaises et étrangères, essentiel au bon placement de nos diplômés.

 

Architecte de contenus
Quelle assise technologique cette stratégie va-t-elle nécessiter ?

L’ensemble de la communauté EMLYON (et ses parties prenantes) sera connecté, pourra échanger et travailler en réseau. Grâce aux outils digitaux, nous passons d’une éducation par le stock (de cours, de professeurs, d’ouvrages, de classes, de contenus…) à une éducation par le flux (de savoirs, un apprentissage continuel). EMLYON devient un architecte de contenus. Nous investirons 43 M€ pour réaliser notre transformation digitale.Concrètement, en 2015 l’intégralité de la production scientifique et intellectuelle sera accessible gratuitement sur notre plateforme EMLYON Knowledge ; nous aurons monté une bibliothèque numérique ; les savoirs et réseaux se connecteront au sein d’un Learning Hub ; et d’ici à 5 ans, EMLYON aura 2 FabLab et 5 Learning Lab. Ces projets sont réalisés via un partenariat mondial avec IBM. EMLYON devient une smart business school qui déploie de nouveaux processus d’apprentissage, de partage de connaissances.

 

Donner du sens plutôt que diffuser du savoir
Cela remet donc en question la structure du corps professoral ?
Nos évolutions s’adossent à un nouveau modèle de faculté qui remet en cause le modèle unique de l’enseignant-chercheur. Nous avons ainsi besoin d’excellents profils de trois types : des chercheurs qui publient et produisent du savoir / des instructeurs pédagogues pour accompagner l’action learning (projets, jeux…) / des tuteurs en ligne pour enrichir et animer les enseignements en e-learning. Nos professeurs ont vocation à donner du sens à la réflexion plus qu’à diffuser du savoir aujourd’hui accessible par tous. C’est notre valeur ajoutée en tant qu’école de haut niveau.

La signature EMLYON comporte un troisième mot après globalisation et digitalisation, le mot performance, dans quelle perspective ?
Notre performance doit être financière, via nos nouveaux étudiants, programmes et campus. Elle doit être académique par le renforcement de la valorisation de la recherche via la plateforme EMLYON Knowledge et l’ouverture de nouvelles chaires. Elle doit être sociale en fédérant les acteurs de notre écosystème pour générer des interactions créatrices ; en renforçant nos actions et dispositifs en matière de RSE.

 

Le mot de Bruno Bonnell, président du CA d’EMLYON
Une école multipolaire et agile
« Ce projet stratégique est passionnant car il redonne force et parole à EMLYON. Il porte un élan pour tourner l’école vers le futur et la doter de tous les atouts pour affronter les bouleversements en cours : révolution numérique ; globalisation et fonctionnement en réseaux ; nécessité de développer une vision du monde plurielle, nuancée, dépassant la technicité, ouverte aux humanités sans faire l’économie de la rentabilité et des valeurs de l’entreprise. EMLYON va faire comprendre le monde à ses futurs managers, et pas uniquement l’économie du monde. La CA est à l’unanimité derrière Bernard Belletante pour fonder une école multipolaire et ouvrir de nouveaux territoires ! Il apporte l’élan et l’audace dont EMLYON a besoin pour se développer et être plus agile. »

 

A. D-F