Selon l’Insee, 40 % des entreprises individuelles sont créées par des femmes et ces entreprises présentent une profitabilité supérieure de 9 % à celles qui ont été montées par des hommes. Des entrepreneuses généralement plus diplômées que la moyenne des créateurs d’entreprises (72 % des femmes sont de niveau Bac +5 à doctorat et MBA vs 62 % des hommes). C’est donc officiel : les femmes se lancent et se lancent bien dans l’aventure de l’entrepreneuriat.

 

Mais entre la crainte de louper la sacrosainte levée de fonds et des stéréotypes socio-culturels encore bien ancrés, certaines hésitent encore. Comment et pourquoi oser se jeter dans le grand bain ? Créatrice de NewSchool (tout juste rachetée par KlassRoom) à seulement 15 ans et plus jeune entrepreneure à avoir fait partie de la délégation française du G20 des entrepreneurs, Philippine Dolbeau revient sur son parcours.

Etre créatrice d’entreprise à 15 ans : un synonyme d’ovni ?

En tout cas, c’est ce qu’on m’a fait sentir ! En créant NewSchool, le premier cahier d’appel électronique pour les établissements scolaires, je suis tombée dans un monde que je n’avais jamais pensé côtoyer. J’étais en L, je ne savais pas coder… j’avais quand même un parcours un peu particulier. D’autant plus que tous les chefs d’entreprises que je rencontrais répondaient au modèle homme / blanc / 50 ans. Ça ne me choquait pas, jusqu’à ce que je fasse ma première interview sur BFM Business et que le journaliste m’annonce que j’étais la première femme entrepreneure à venir sur son plateau. On était en pleine période #MeToo, j’avais une médiatisation énorme et je recevais plein de demandes de conseil via les réseaux sociaux : je me suis dit que je devais en profiter pour passer des messages aux filles qui ont des idées.

A 20 ans, vous êtes aujourd’hui VP de KlassRoom. Ça donne le vertige ?

NewSchool vient en effet d’être rachetée par KlassRoom, qui commercialise un carnet de correspondance digitalisé pour les écoles élémentaires. C’est ma belle aventure qui continue… même si mes parents ont tenu à bien vérifier mon contrat tellement cette nouvelle était incroyable !

Votre différence : une force ?

Au début, mon profil suscitait plutôt le bad buzz.  Les journalistes de l’IT (que des hommes bien sûr) ne croyaient pas que j’avais monté ma boite… alors que j’avais tout fait toute seule ! Ma légitimité, je l’ai gagnée lors d’une conférence où j’intervenais aux côtés de Clara Gaymard, à l’occasion de la  Journée de la femme digitale. En parlant devant 5 000 personnes aux Folies Bergères, j’étais enfin intronisée !

C’est aussi un vecteur de médiatisation ?

Bien sûr, mais c’est aussi à double tranchant. Je me souviens particulièrement de mon oral pour obtenir un prêt d’honneur où on m’a posé des questions complètement hors contexte, sur mon copain par exemple. Et en partant, j’ai pris l’ascenseur avec un membre de la commission qui m’a dit « on te le donne car on sait que ton profil va faire les gros titres ». J’étais abasourdie.

Et votre participation au G20 des jeunes entrepreneurs ?

C’était incroyable et j’y ai beaucoup appris. Mais alors que j’étais là pour bosser, on parlait encore de moi  comme d’une « jeune fille », une « mascotte », un « bébé entrepreneur »… Pas très valorisant !

#MentorMentor : qui sont celles / ceux qui vous inspirent ?

Clara Gaymard évidemment ! Présidente d’une énorme boite, mère de 9 enfants… son parcours est incroyable. J’admire aussi beaucoup Jack Ma, le fondateur d’AliBaba. Enseignant de formation, il a monté une des plus grosses entreprises mondiales… pour ensuite redevenir professeur. Quelle humilité !

 

Quand une Frenchy a séduit Barbie Parce qu’elle en avait assez des stéréotypes, Héloïse Pierre a décidé de monter TOPLA il y a 5 ans alors qu’elle était encore étudiante à Sciences Po. La philosophie de cette maison d’édition de jeux résolument engagée ? « Tacler les sujets trop risqués pour les grosses maisons jeunesse. Les maths, l’égalité filles / garçons, la sexualité des ados : personne n’ose faire des jeux là-dessus c’est trop clivant… sauf pour nous ! » Et c’est ce qui a plu au géant américain Mattel, créateur de la mythique Barbie, qu’Héloïse a rencontré sur un salon. « J’avais des apriori très négatifs sur la marque. Mais quand on creuse un peu, on découvre que Barbie était astronaute avant que l’Homme pose le premier pas sur la Lune ! » Le 60e anniversaire de la poupée qui exerce tous les métiers (mais toujours avec des mensurations de rêve) était donc la bonne occasion pour la startup française de lancer un nouveau jeu : Le Mistigri Girl Power. « Un jeu de cartes repensé de façon égalitaire qui permet aux enfants de découvrir les métiers avec Barbie, sans idées préconçues. » Un jeu qui s’inscrit dans la droite lignée des produits phares de la startup : le Mémo de l’égalité (sur les émotions et sur les métiers) ou le Bluff à la Française qui permet de redécouvrir 50 personnalités féminines ayant marqué l’Histoire de France, de Jeanne d’Arc à Agnès Varda, en passant par Marguerite Duras.