Ce n’est plus un secret : les modes d’apprentissage doivent changer, la façon d’enseigner est disruptée. Mais comment s’adapter ? Jean-François Parmentier, ingénieur pédagogique à Toulouse INP et coauteur d’un ouvrage sur les meilleures pratiques pédagogiques du Sup’, donne 5 conseils pratiques pour réussir cette transition. Avis à tous les enseignants !

 

Jean-François Parmentier - ingénieur pédagogique à Toulouse INP

Jean-François Parmentier – ingénieur pédagogique à Toulouse INP

« Alors que j’étais enseignant en mécanique des fluides, j’ai rencontré une personne qui m’a rapidement démontré que mes étudiants ne comprenaient pas grand-chose à mon cours… et que c’était de ma faute ! J’ai donc cherché à améliorer mes méthodes », raconte Jean-François Parmentier. En faisant ses recherches, c’est la révélation. Il se passionne pour ces nouvelles méthodes d’enseignement et se consacre aujourd’hui à 100 % à l’accompagnement pédagogique. Avec Quentin Vicens, enseignant-chercheur à l’Université du Colorado (USA), il publie l’ouvrage Enseigner dans le Supérieur (éditions Dunod) qui recense 38 bonnes pratiques pédagogiques issues de la recherche internationale. Jean-François Parmentier résume pour nous les points essentiels à retenir et surtout, à appliquer !

#1 Qui doit travailler en cours ?

L’enseignant qui monopolise la parole durant le cours, c’est fini ! « Teaching is not telling » et « learning is not listening » rappelle Jean-François Parmentier. Les vrais acteurs du cours, ce sont les étudiants. Ainsi, il n’est plus question de les laisser comprendre le cours, seuls, chez eux, en faisant leurs devoirs. « Il faut encourager l’interactivité et la prise de parole directement en cours », préconise-t-il. Plus ils réfléchissent, plus ils apprennent. « En cours de sport, ce n’est pas le prof qui court ! » Pour l’expert, c’est réalisable même dans un amphi de 200 personnes. Comment ? « Une fois un concept du cours exposé, les élèves répondent à un QCM avec un boîtier de vote ou leur smartphone. Après le vote individuel, vient alors un débat en petits groupes pendant 2 min. Puis les étudiants votent à nouveau. L’enseignant reprend ensuite la parole pour expliquer les bonnes réponses et commenter les erreurs récurrentes. »

Le + pour un enseignant : le taux d’attention est plus élevé. Après avoir débattus, les étudiants écoutent plus facilement ce qui suit. « On n’a plus l’impression de parler dans le vide ! Et voir les résultats des votes s’améliorer permet de se sentir vraiment utile. »

Le + pour un étudiant : l’envie de s’avachir sur sa chaise se fait moins sentir ! « C’est plus plaisant pour eux de ne pas faire qu’écouter, mais de participer activement et de se sentir eux-aussi entendus. Cela crée du lien et un climat bienveillant. »

#2 Qu’est-ce que je souhaite qu’ils sachent faire ? 

Autrement dit, que faire en cours ? « Les enseignants se focalisent essentiellement sur leurs diapos, sur ce qu’ils vont dire. », a pu constater Jean-François Parmentier. Mauvaise approche ! « Il faut se concentrer sur ce que les étudiants doivent faire pour apprendre, ne plus pensez qu’à soi, en tant qu’enseignant, mais à eux. » Conseil : définissez tout d’abord vos objectifs, ce que voulez qu’ils sachent faire dans telle ou telle situation. Puis créez ensuite des exercices en fonctions de ces objectifs. Votre cours doit être focalisé sur l’« activité cognitive » des étudiants. Ainsi, ils pourront réutiliser ce qu’ils apprennent. « Savoir réciter la règle de trois, c’est bien. Mais l’objectif est qu’ils sachent l’utiliser quand ils achètent des tomates ! »

Le + pour un enseignant : les concepts enseignés seront mieux compris et réutilisables. « Comme un coach, l’enseignant aidera les étudiants à donner du sens aux concepts et à les appliquer. »

Le + pour un étudiant : appliquer les concepts dans différents contextes permet de les comprendre vraiment et de répondre à la fameuse question « Mais à quoi ça sert ? ».

#3 Vous êtes plus qu’une vidéo !

Cours en ligne, MOOC, vidéos… C’est bien, mais un enseignant c’est mieux ! Vous apportez bien plus : vous guidez les étudiants et vous instaurez une relation de confiance dont l’étudiant a besoin. L’humain fait indéniablement partie de l’enseignement. « Au-delà du simple contenu du cours, l’enseignant doit créer tout un environnement propice à l’apprentissage, ou le doute et l’erreur sont normaux », explique l’auteur du livre. « La qualité du feedback, c’est-à-dire de l’aide que va apporter un enseignant lorsqu’un élève sera en difficulté, est un déterminant essentiel de la réussite des étudiants. ». Laisser s’exprimer et guider les étudiants est toute la clé.

Le + pour un enseignant : la vidéo et les diapos, entre autres, restent des supports, des compléments. La relation enseignant-étudiant (le sel du métier !) est primordiale pour un bon apprentissage.

Le + pour un étudiant : établir un contact humain permet de se sentir appartenir à une communauté d’apprentissage et de ne pas se démotiver, seul dans son coin. 

#4 Votre enseignement ne s’arrête pas quand ils sortent de la salle

Il faut penser à un continuum complet. Il y a ce qui se passe en cours, mais aussi tout ce qu’on peut y faire en dehors : réfléchir sur le contenu d’une vidéo avant le prochain cours, s’entrainer en ligne sur des QCM avant l’examen, échanger sur des forums… C’est l’idée de la classe inversée ou du « blended learning » qui se développent ces dernières années. Et exit les devoirs classiques où l’enseignant doit corriger 200 copies, c’est l’heure de l’évaluation par les pairs : « Chaque étudiant a trois rapporteurs qui vont évaluer et commenter son travail, et il devra à son tour évaluer ceux de trois de ses collègues. Le but ? Leur permettre d’avoir des retours sur leur copie et les entraîner à mieux comprendre ce qu’on attend d’eux en évaluant les autres. »

Le + pour un enseignant : faire travailler les étudiants en dehors de cours pour se concentrer sur les points essentiels pendant le cours.

Le + pour un étudiant : ne plus tout oublier d’une semaine sur l’autre, s’entrainer, avoir des commentaires sur son travail.

#5 D’autres ont déjà eu les mêmes problèmes que vous

« Encore à l’heure actuelle, on est seul devant les élèves et on n’ose pas toujours en parler par peur de donner l’impression d’être dépassé. » Or, c’est un métier collectif. A chacun sa discipline, mais tous dans le même bateau ! D’où l’émergence de réseaux d’enseignants pour échanger sur ses expériences et d’ateliers pour améliorer sa façon d’enseigner. « Quel que soit votre problème, sachez que quelqu’un l’a déjà vécu et que celui-ci a peut-être déjà été résolu », assure Jean-François Parmentier. Où rechercher ? « Dans l’idéal, il faut s’appuyer sur les recherches internationales en psychologie et en méthodes d’enseignement qui ont permis d’identifier des pratiques efficaces. » C’est d’ailleurs son métier : rechercher des solutions aux problèmes des enseignants parmi les études de terrain analysées par les chercheurs.

Le + pour un enseignant : trouver des solutions efficaces pour résoudre ses problèmes quotidiens ! « Une étude comparait un jeune enseignant avec un autre bien plus expérimenté. Il n’avait jamais enseigné et pourtant, grâce à ses connaissances sur les bonnes pratiques pédagogiques, les étudiants ont bien plus appris dans son cours ! »

Le + pour un étudiant : comment ne pas être studieux quand l’enseignant propose des activités et une ambiance de classe qui favorisent un apprentissage efficace et poussent à la réussite ?