C’est devant une salle quasi comble que l’alter-ego de Bruno Rost, Toni Rostini, débute la première de son nouveau spectacle L’apprenti startuper. Chef d’entreprise le jour, humoriste la nuit, il dénonce les travers de la « Startup Nation » et les contraintes qui pèsent sur les jeunes startupers. Rencontre avec cet ovni de l’humour… et de l’industrie.

 

Tout au long du spectacle, Toni Rostini joue le startuper dont le « parrain », Bruno Rost, le met en garde contre les aléas de la vie d’entrepreneur. Dès le début, l’humoriste rentre dans le vif du sujet en racontant la réaction de ses proches lorsqu’il annonce son projet : « ma copine pensait que j’avais un petit vélo dans la tête ».

Cette incompréhension, le chef d’entreprise l’a connue à ses débuts. Hors scène, il se confie : « j’ai créé ma première entreprise à 19 ans. À l’époque, c’était peu commun. Mes camarades de promo et les professeurs de mon école de commerce étaient surpris. Mes parents pensaient même m’avoir perdu. Ma mère a pleuré pendant huit jours ! Aujourd’hui encore, les proches considèrent que devenir entrepreneur est une grande prise de risque. » 

Bruno Rost alias Toni Rostini © Photo Jean Lecourieux Bory

Bruno Rost alias Toni Rostini © Photo Jean Lecourieux Bory

« Moi je pensais qu’une startup, c’était une idée, des potes et un baby-foot ! »

Bruno Rost se sert de l’humour comme un outil pour sensibiliser les startupers aux implications de ce mode de vie, notamment en termes de management. Une dimension souvent oubliée des jeunes entrepreneurs, comme s’en moque Toni Rostini sur scène : « ah bon ? La startup est une entreprise ! Mais moi je pensais qu’une startup, c’était une idée, des potes et un baby-foot ! »

Le startuper n’est pas toujours un manager

Au-delà de la blague, Bruno Rost confie hors scène que le management est souvent source d’échec pour les startupers. « Nombre de startups sont constituées de jeunes ou même de chercheurs d’université qui s’entendent bien, mais qui n’ont pas défini de vrai rôle au sein de leur entité. Or, pour se développer et viser le marché international, il est essentiel d’être structuré dans sa démarche et cela passe par la présence d’un manager. Les startupers sont plein de fougue et de passion, mais on constate que dès lors que leur entreprise est consolidée et qu’il faut être dans la gestion, cela devient problématique. C’est pourquoi il faut consolider ses compétences en travaillant dans une grande société avant de se lancer. »

« La banque, c’est devenu une épicerie ! »

Toujours sous couvert d’humour, Toni Rostini étrille les banquiers « qui vous vendent un forfait de téléphone, une assurance pour la maison, mais qui ne font plus leur métier de base qui est de prêter de l’argent. La banque, c’est devenu une épicerie ! »

Là encore, Bruno Rost se base sur sa propre expérience d’entrepreneur pour faire comprendre aux startupers que les banques ne sont pas toujours les solutions lorsqu’on se lance dans l’aventure entrepreneuriale. « Le problème avec les banques, c’est que les capitaux qu’elles vous offrent sont instables et elles peuvent vous lâcher très rapidement. J’en ai fait l’expérience lorsque mon entreprise a traversé une crise en 2009. C’est pourquoi je conseille de s’orienter vers des investisseurs privés. Dans mon spectacle, le business angel est exigeant avec le startuper, mais il accepte de la financer, car c’est son métier de prendre des risques. Il est certain que ces investisseurs récupèrent une partie de votre capital mais les fonds mis à disposition sont beaucoup plus stables ! »

Bruno Rost alias Toni Rostini © Photo Jean Lecourieux Bory

Bruno Rost alias Toni Rostini © Photo Jean Lecourieux Bory

Startup vs administration

L’autre grand ennemi des startups : l’administration française. Et Toni Rostini ne se prive pas pour la tacler. « La simplification du bulletin de salaire, oui… mais pas pour les employés ! Vous savez combien l’administration a enlevé de lignes sur votre fiche de paie ? Une… et ils en ont rajouté deux »

Un millefeuille administratif qui n’est pas sans conséquences lorsque l’on crée sa propre entreprise. « Au Canada, ils ont deux lignes sur leur feuille de salaire : le salaire brut et le salaire net ! Et les fonctionnaires s’occupent des bulletins de paie. La France délègue cette tâche aux entreprises et les fonctionnaires sont là pour vérifier si le travail, qu’ils auraient dû réaliser, est fait de manière correcte ! », conclut Toni Rostini.

Plus qu’un spectacle, un avertissement

« 90 % des startups échouent… » c’est avec ce chiffre clé que Toni Rostini a décidé de clore son spectacle. L’humoriste précise que la première cause d’échec est le manque de marché, s’en suivent le manque d’argent et les problèmes d’équipes. Une réalité effrayante, mais qu’il est important de mettre en lumière, souligne Bruno Rost après son spectacle. « L’entrepreneuriat nécessite énormément de passion, car beaucoup n’y arrivent pasL’échec des startups en France est un sujet tabou, mais c’est une réalité dont il faut parler. C’est pourquoi il y a un powerpoint diffusé sur scène, pour marteler mon message tout au long du spectacle ! » 

En abordant l’entrepreneuriat sous le prisme d’un startuper et de son parrain, Bruno Rost évoque les problématiques importantes dont on parle peu : management, financement, difficultés à trouver son marché. Ainsi, l’humoriste répond aux trois principales causes d’échecs des startups. Plus qu’un spectacle d’humour, ce one-man show adresse un vrai message à ceux qui souhaitent se lancer dans la création de leur entreprise : l’entrepreneuriat est un chemin semé d’embûches.