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Ma visio avec le boss – L’interview de Laurent Champaney, DG d’Arts et Métiers ParisTech

Ma vision avec le boss – L’interview de Laurent Champaney, directeur d’Arts et Métiers ParisTech
crédits - Nikola Krtolica

Deux heures pour échanger avec Laurent Champaney et aborder l’actualité d’Arts et Métiers ParisTech, les conséquences de la crise Covid sur les étudiants  ou encore l’engagement de l’établissement pour les enjeux de demain ? Défi relevé par Léa Ballue et Rémi Vanel, étudiants en 3A, qui ont pu poser LEURS questions au directeur général de l’école d’ingénieurs. – Propos recueillis par Clarisse Watine

Après plus d’un an de crise sanitaire, comment Arts et Métiers ParisTech est-elle venue en aide à ses étudiants ?

Nos promos se côtoient entre elles et nos étudiants ont donc été peu un moins touchés par l’isolement que d’autres, notamment en universités où les étudiants se connaissent moins. D’autant que les quelques semaines de présentiel à la rentrée 2020 leur ont permis de nouer des liens.  Depuis, beaucoup sont restés sur les résidences dans les campus. Par chance (ou par anticipation !) nous avions mis en place nos outils d’interaction à distance dès l’automne 2019 et ils avaient été éprouvés sur Paris durant les grèves des transports. Des outils maîtrisés donc, mais qui n’ont pas éludé toutes les questions d’isolement numérique (qualité de réseau, matériel…) de certains. Nous nous sommes concentrés sur ce point et avons notamment fait appel à nos anciens pour récupérer du matériel.

Et en termes de santé étudiante ?

Nous étions en discussion avec la fondation Santé des Etudiants de France qui nous a proposé ses services d’aide psychologique à distance dès mars 2020. Si ce petit temps d’avance nous a permis d’être plus efficaces, il y a toujours des étudiants plus isolés que d’autres, les étudiants étrangers notamment, pour qui les barrières de langues et de cultures peuvent être plus difficiles. Dans tous les cas, nous faisons le maximum pour les accompagner et les aider.

Et comment favoriser leur insertion professionnelle dans ce contexte inédit ?

Avant la crise, l’insertion professionnelle était très simple et nos étudiants pouvaient être exigeants dans leur premier choix. Lors de notre forum entreprises par exemple, ils n’allaient pas demander aux entreprises ce qu’elles avaient à leur proposer mais plutôt de leur prouver qu’elles pouvaient les intéresser ! Aujourd’hui, même si l’école adresse tous les métiers de l’industrie et est de plus en plus ouverte au service et au conseil, les champs des possibles se sont rétrécis. Et c’est ça le plus dur pour les étudiants. De fait, ils se sont peu à peu réorientés vers des métiers plus historiques de l’école (production, maintenance…). D’autant que pour des jeunes qui ont réalisé une partie de leur formation à distance, c’est une bonne chose de commencer sur des métiers de terrain.

Quel conseil pour une employabilité réussie ?

Notre message est clair : des stages, des alternances, des emplois, il y en a … mais pas forcément dans votre domaine de rêve n°1. Je leur conseille donc de viser l’expérience professionnelle pour se forger une certaine maturité, pour se réorienter ensuite vers d’autres secteurs industriels. L’école et ses anciens ont beaucoup de contacts avec des entreprises qui recrutent des jeunes diplômés et il ne faut pas hésiter à se tourner vers ces réseaux là.

Où en est l’école sur la féminisation des promos ?

C’est un enjeu pour nous en tant qu’école bien sûr, mais c’est aussi un enjeu de l’industrie. Car l’industrie, ce sont des gens qui répondent aux besoins de la société. Et si elle n’est pas représentative de la diversité de cette société, les produits et services qu’elle développera ne le seront pas non plus. Il n’y a aucune raison technique à ce faible pourcentage de femmes chez les ingénieurs, mais  les choses ne bougent pas assez. Nous nous engageons donc aux côtés d’associations, comme Elles Bougent et son important réseau de femmes ingénieurs, autant de  rôles modèles pour que des collégiennes et lycéennes se projettent dans nos métiers. D’autant que cette question de projection ne concerne pas que les jeunes femmes. L’industrie est totalement absente de la culture, ou alors elle y est représentée par une image poussiéreuse, que ce soit dans Zola ou dans  Peaky Blinders ! Mais la crise qui a démontré la place centrale de l’industrie dans notre pays te dans le monde pourra peut-être nous aider à changer cette image.

Que faites-vous pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes (VSS) ?

C’est un phénomène qui existe depuis bien trop longtemps. J’observe des situations inquiétantes sur ce que vivent les jeunes femmes et je suis inquiet de voir ce qui circule sur les réseaux sociaux, la violence de certaines conversations. La parole se libère et il y a urgence à prendre les choses en main pour s’opposer farouchement à ces situations inadmissibles. Sensibilisation, communication, groupe de travail… nous impliquons les étudiants dans toutes nos actions. Nous abordons aussi le sujet avec nos entreprises partenaires, confrontées aux mêmes problèmes. Nous réfléchissons notamment à créer une chaire d’entreprise sur la gestion des risques, dont les VSS font évidemment partie.

Comment intégrez-vous les problématiques de développement durable dans les formations ?

La solution de facilité aurait été de ne rien changer et d’ajouter un cours sur le sujet. Mais aux Arts et Métiers, nous sommes dans une logique plus « transformante » afin de faire en sorte que ces problématiques soient présentes partout dans la formation. Nous avons d’ailleurs soutenu la CAMTE : la Cérémonie Arts et Métiers pour la Transition Ecologique (un événement organisé par le Comité des Fêtes des Arts et Métiers dont Rémy Vanel est président ndlr).

Nous agissons aussi sur les campus. Nous avons ainsi déposé un projet pour refaire intégralement la toiture d’un bâtiment pédagogique sur le campus d’Angers (une passoire infernale ! ) et pour refaire un toit d’atelier du campus de Cluny en y intégrant des panneaux solaires. Un projet de renouvellement des équipements pédagogiques industriels est en cours pour nous diriger vers des learning factories évolutives Nous incitons aussi à la mobilité verte (parking à vélos sur les campus, vélos partagés sur Paris…). Et nous pouvons encore faire plus !

Comment pouvez-vous challenger sur ces sujets les entreprises avec lesquelles vous travaillez justement ?

Ces sujets sont systématiquement abordés avec elles. Mais je dois dire que certains étudiants se font parfois assez vite des idées sur certaines entreprises qui, si elles ne sont pas irréprochables aujourd’hui, ont  dans leurs cartons des projets très ambitieux, sur le changement de leurs procédés de base notamment. Nous pourrions peut-être construire avec les étudiants un référentiel pour déclarer nos critères, mais j’ai quand même impression que les entreprises françaises que nous rencontrons en ce moment ont toutes des préoccupations fortes sur le champ transition énergétique et environnementale.

Et pourquoi ne pas prendre le statut de société à mission ?

Arts et Métiers ParisTech est une école au service de la société, nous le sommes donc par nature !

Comment diriger une école avec une communauté de diplômés si forte et soudée ?

Même si je ne suis pas ingénieur moi-même, j’ai toujours été passionné par la technologie et l’industrie. Je suis fasciné par cette école qui travaille pour cela, qui crée pour les besoin de l’industrie. Je suis aussi impressionné par l’attachement culturel très fort des diplômés, un attachement sur lequel on peut s’appuyer (comme c’est le cas depuis le début de la crise sanitaire) même si, parfois j’ai du mal à comprendre quelques réactions de resserrement sur soi. 

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