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Femmes & Médias : un expert s’écrit aussi au féminin

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Unsplash

Nombre d’études ont montré que les femmes sont traitées différemment par les médias que leurs collègues masculins. Dépositaires et manipulateurs privilégiés des représentations collectives, les médias sont en partie responsables d’entretenir les stéréotypes de genre préjudiciables à l’égalité femmes/hommes (Marlène Benquet, Jacqueline Laufer In « Femmes Dirigeantes ») , il est donc important qu’ils fassent leur part pour continuer à changer les mentalités. En résumé, Femmes & Médias, un expert s’écrit aussi au féminin !

Une présence minoritaire

Les femmes, en dépit de mobilisations sur le sujet (Jamais sans Elles, HeforShe, etc.) et d’engagements des médias, demeurent bien moins présentes que les hommes dans les médias. Le Global Media Monitoring Project, réalisé depuis 1995 par MediaWatch et la World Association for Christian Communication établit que les femmes représentent moins d’un quart des personnes dont on parle dans les médias : en 1995, 17 % et en 2019 : 24 % (7% de mieux en 20 ans). Pire, 19 % des experts interviewées seulement sont des expertEs. La Commission Européenne dans « The gender balance in business leadership » cite des facteurs récurrents qui apparaissent dans tous les rapports et études et expliquent cette difficulté à “ transformer l’essai ”.

Des stéréotypes de genre qui perdurent

En politique, Marlène Coulomb-Gully a décortiqué le traitement médiatique de femmes politiques françaises, montrant qu’on doute encore de leurs compétences sur les expertises techniques ou les domaines d’ordre régalien. A l’heure d’une première ministre femme, d’une présidente de l’Assemblée Nationale, à l’heure où le président de la Commission européenne et du Parlement européen sont des présidentes, alors que Christine Lagarde, une des femmes les plus médiatisées préside aux destinées de la BCE, il y a de quoi se questionner. En entreprise, l’étude de février 2022 de SISTA & Mirova Forward sur le traitement médiatique des entrepreneuses et dirigeantes, établit le même constat : lorsqu’elles sont citées, c’est à titre de rareté, comme un sujet étrange dans un monde masculin. J’en veux pour exemple, le battage fait pour la nomination de chacune des trois dirigeantes d’entreprise du CAC 40.

Y a-t-il un problème de vivier ?

C’est un argument largement utilisé et sans doute à l’origine pertinent. Mais à l’aune de mobilisation du type de l’annuaire « Les ExpertES », de Vox Femina ou du réseau 2GAP, il est difficile qu’un journaliste prévoyant d’organiser une table ronde puisse désormais justifier l’absence d’experte sur un plateau par l’absence de femmes dans tel ou tel domaine. J’interroge ici un réflexe constaté, étant devenue au fil des années une « bonne cliente » des médias : les journalistes disposent de leur réseau et ont tendance à se tourner vers les mêmes expert.es par facilité. Ainsi, mécaniquement, si à l’origine les experts sont masculins, ils iront vers eux pour une explication sur tel ou tel sujet ce qui explique pourquoi il est lent ce chemin vers l’expertise au féminin valorisée dans les médias.

A leur décharge, il faut dire que le temps leur est compté pour réaliser tel ou tel article, ils vont donc vers la facilité, ils jouent aussi la sécurité car connaitre le propos d’un.e expert.e évite un risque de malentendu sur le propos à tenir. Résumons : tout le monde s’accorde à dire que cette situation d’expertes insuffisamment sollicitées est insatisfaisante, la mobilisation de diverses associations a permis de modifier la donne au moins potentiellement, il est désormais considéré comme choquant qu’une manifestation médiatique ne comporte pas de prise de parole de femmes. Alors que faut-il travailler encore pour que la situation évolue ?

De l’autre cote du miroir le complexe de l’imposteur empêche nombre de femmes d’intervenir

En ce domaine aussi le complexe de l’imposteur sévit et nombre d’expertes n’osent revendiquer leur compétence, pire déclinent la prise de parole en public. Deux phénomènes interviennent ici comme facteurs d’explication possibles : le complexe de la bonne élève et une disponibilité insuffisante. Trop bonnes élèves, nombre de femmes vont douter de la valeur ajoutée de leur propos cela conduit soit à un refus net de participation, soit à une participation sous conditions : elles demandent au journaliste un temps de préparation, à vérifier leur propos, etc. Et si ces pratiques permettent une qualité de résultat, elles sont pour un journaliste souvent peu compatibles avec les échéances de leur travail. Le rendez-vous est alors raté. Par ailleurs, nombre de femmes ayant un agenda très minuté pour arriver à articuler leurs temps de vie seront trop souvent indisponibles dans le délai imparti ce qui les conduit de nouveau à louper le rendez-vous média.

Quelles réponses ? Accompagner

Une partie de la réponse est alors d’œuvrer pour donner de l’assurance. On citera l’accompagnement réalisé par Vox Femina avec le Jury du concours Femmes En Vue, soutenu par le Secrétariat des droits des Femmes et des médias mobilisés (TF1, France Médias Monde et La Tribune). L’autre dimension est de sensibiliser les expertes à la nécessité de se plier aux impératifs des médias, si elles souhaitent apparaitre comme référente dans tel ou tel domaine. Chacune son choix bien entendu, mais il est impossible de souhaiter être repérée par des médias et ne pas répondre présente dans les conditions imparties, c’est une réalité factuelle. Mais disposer d’une tribune pour se faire entendre en vaut la chandelle.

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Autrice : Viviane de Beaufort, docteur en droit, professeure à l’ESSEC Business School  directrice du CEDE, référente Egalite femme/homme, influenceuse sur les réseaux sociaux.

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