Femmes leaders : quand le style devient un acte de pouvoir ©AdobeStock

Femmes leaders : quand le style devient un acte de pouvoir

Les femmes de talent (et de pouvoir !) ont-elles besoin de se travestir pour réussir ? Si les circonstances les ont parfois poussées à adopter les attitudes ou les codes vestimentaires masculins pour gagner en légitimité, assumer sa féminité peut aussi permettre de gagner en crédibilité.

Pas besoin de se muer en héroïne de Peau d’Homme, le roman graphique best-seller de Hubert et Zanzim (aujourd’hui mis en scène au théâtre) pour s’affranchir des limites. Frédéric Godart, Full Professor of Organisational Behaviour à l’INSEAD et auteur, entre autres, de l’ouvrage Sociologie de la mode (Ed. La Découverte), partage son analyse. « Pendant longtemps les femmes ont dû emprunter au vestiaire masculin pour accéder aux cercles de pouvoir, que ce soit dans le monde culturel, dans celui des affaires, ou même en politique. Il s’agissait souvent d’une action militante théorisée : pour George Sand ou Gabrielle Chanel, par exemple, il fallait s’approprier les signes d’un pouvoir qui institutionnalisait la position dominante des hommes, détourner le costume (notamment) pour entrer dans les lieux de prise de décision. Cette logique a culminé en 1977 avec The Woman’s Dress for Success Book de John T. Molloy (qui a exercé une influence mondiale, directe et indirecte, très importante) : pour les femmes il s’agissait de neutraliser leur singularité et d’adopter de façon consciente, et très codifiée, les normes masculines pour gagner en légitimité » rappelle-t-il.

L’autorité n’est plus indexée à une silhouette unique

Mais 50 ans plus tard, « un certain nombre d’évolutions sociologiques ont changé la donne. Un repli généralisé du formalisme vestimentaire a ouvert de larges marges de manœuvre stylistiques, de même qu’une main d’œuvre plus diversifiée a imposé l’inévitabilité de l’utilisation de codes multiples dans le vêtement. Pour les femmes, assumer leur féminité par l’utilisation de codes conventionnellement féminins (silhouettes, couleurs, matières, bijoux, accessoires habituellement associées au vestiaire féminin) n’est plus rédhibitoire. Certaines responsables ont imposé un style signature clairement ancré dans le vestiaire féminin tout en affichant puissance et maîtrise ; on peut citer Sanna Marin (première ministre finlandaise) ou Ngozi Okonjo-Iweala (directrice générale de l’Organisation Mondiale du Commerce). Notons toutefois qu’au-delà d’une utilisation univoque des codes associés à un genre, l’époque se prête aussi à des styles hybrides du fait de frontières de plus en plus poreuses entre genres. Par exemple, Angela Merkel en blazers colorés a réussi à imposer son style en mêlant codes masculins et codes féminins. »

Emprunter au masculin n’est plus un passage obligé

Et de conclure : « ce qui convainc aujourd’hui, c’est l’alignement entre identité, compétence et situation. Cet alignement est un signe d’authenticité, une qualité qui est demandées à celles et ceux qui dirigent. Même si la situation varie fortement selon le contexte (pays, industrie, organisation), pour les femmes, emprunter au masculin peut rester une possibilité, mais n’est plus un passage obligé, et certainement plus une nécessité. »

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