Interview Claude Le Quéré et Catherine Jatteau Egis
© Gérald Siegl

Egis : concevoir un futur durable – L’interview de Claude Le Quéré et Catherine Jatteau

Les jeunes femmes ont toute leur place chez Egis pour répondre aux défis de l’urgence climatique et permettre un aménagement du territoire plus équilibré, invitent en chœur Catherine Jatteau (ENS Géologie de Nancy 94), Directrice France des activités Eau, Environnement et Transition énergétique d’Egis et Claude Le Quéré (X 00, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées 05), Directrice Structures chez Egis et Présidente de l’Association Française de Génie Civil.

Comment Egis s’est-il saisi des grandes transformations sociétales et environnementales pour faire évoluer ses process et ses métiers ?

Interview Claude Le Quéré et Catherine Jatteau Egis
Claude Le Quéré © Egis

Claude Le Quéré. En tant qu’acteur international majeur de l’architecture, du conseil, de l’ingénierie de la construction et des services d’exploitation et de mobilité, nous concevons et exploitons des bâtiments et infrastructures pour des secteurs très variés : transports, ville, eau, énergie, environnement. C’est donc tout naturellement que nos projets et solutions répondent aux défis liés à l’urgence climatique et permettent un aménagement du territoire plus équilibré, durable et résilient. Sobriété, bilan carbone, impact environnemental : Egis est véritablement au cœur des transformations sociétales. Nos métiers ont suivi cette évolution de façon stratégique en s’appuyant sur notre raison d’être : contribuer à résoudre l’équation du 21ème siècle pour répondre aux besoins de notre société en respectant la sobriété. Les 6 000 collaborateurs français du groupe ont suivi des formations obligatoires sur l’écoconception et le changement climatique, afin d’avoir les clés pour résoudre cette équation. Nous sommes maintenant à l’étape suivante : faire redescendre les enjeux environnementaux dans les métiers de spécialité, afin que chacun les traduise en choix techniques concrets dans ses projets au quotidien.

Pourquoi travailler sur des grands projets Eau & Environnement fait-il sens pour de jeunes diplômés ?

Interview Claude Le Quéré et Catherine Jatteau Egis
Catherine Jatteau © Egis

Catherine Jatteau. L’adaptation et l’atténuation du changement climatique, la restauration de la biodiversité, la protection des ressources en eau, la prévention des inondations… tous ces sujets sont au cœur de l’actualité et font naturellement sens. Les projets Eau & Environnement sur lesquels nous travaillons sont passionnants car ils sont à la croisée des chemins. Ils nécessitent de mettre en œuvre beaucoup d’innovations et de faire preuve d’agilité pour être efficient et savoir répondre au mieux aux besoins de nos clients. Il y a encore beaucoup de choses à créer, c’est très stimulant intellectuellement. Et à mon niveau, j’adore piloter cette équipe de 850 passionnés, des experts à la fois pointus et engagés, très proches du terrain.

Géologue, un métier de femme ? Catherine, qu’est-ce qui vous a poussée dans cette voie et qui vous plaît encore jusqu’à aujourd’hui ?

Catherine Jatteau. J’y suis tombée un peu par hasard après une prépa agro et la réussite au concours de l’ENS géologie de Nancy. Une école finalement très généraliste, qui m’a permis de découvrir différentes facettes scientifiques. Très vite, j’ai opté pour la filière hydrogéologie et environnement, et j’ai adoré faire du terrain. Jusqu’à aujourd’hui, c’est un secteur qui me passionne, absolument pas figé, et où il reste beaucoup à découvrir et à inventer, notamment sur les interactions du milieu naturel avec l’Homme. Lors de mes études, nous étions 30 % de filles, mais ce taux est aujourd’hui passé à 50 % et c’est une bonne chose. Cette filière attire les jeunes femmes et je retrouve cet équilibre dans mes équipes. Depuis mon arrivée chez EGIS il y a 25 ans, j’ai eu la chance d’être accompagnée dans mon parcours : j’ai pu évoluer et m’épanouir professionnellement.

Et vous Claude, racontez-nous votre choix de carrière 

Claude Le Quéré. Avec un profil X-Ponts, je ne suis pas là par hasard ! J’ai choisi la mécanique des structures car c’est un champ passionnant, et la garantie de ne jamais s’ennuyer. Dans le domaine des ouvrages complexes, on continue à apprendre toute sa vie. Et contrairement à la physique fondamentale (avec laquelle j’avais hésité lors de mes études) j’ai aujourd’hui la possibilité de voir l’aboutissement des projets auxquels j’ai contribué, dans une échelle de temps raisonnable.

Comment parvenez-vous à concilier vos fonctions de Directrice structures chez Egis et vos responsabilités de Présidente de l’Association Française de Génie Civil ? En quoi se rejoignent-elles ?

Claude Le Quéré. En tant que Présidente de l’AFGC depuis 2022, j’ai un rôle d’animatrice pour encourager les échanges, valoriser notre métier et fédérer les professionnels autour de questions techniques et scientifiques importantes. Cela occupe 5 à 10 % de mon temps, j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur de nombreux bénévoles. Chez Egis, je m’occupe plutôt de stratégie, de développement d’activité et de management d’équipes. Même si ce sont des missions très différentes, les deux se complètent très bien, d’autant que le réseau des contacts est presque identique.

Quelle place accorde Egis à l’accompagnement de ses jeunes collaboratrices ? Les quotas sont-ils nécessaires selon vous ?

Catherine Jatteau. L’accompagnement du groupe porte surtout sur l’évolution de carrières, car on se rend compte que plus on monte, et moins il y a de femmes. Nous sommes encore peu de directrices chez Egis, même si la récente nomination d’une femme à la tête de la région Asie Pacifique est un très bon signal. Les quotas permettent de faire bouger les choses, notamment en haut de la pyramide. Mais il n’est jamais agréable d’entendre qu’on est arrivée là justement parce qu’on est une femme. Ou qu’on n’y arrivera pas car on est mère de quatre enfants. Je suis entrée chez Egis à 80 % et je suis ensuite passée à 50 % à la naissance de mon 4ème enfant, avant de revenir ensuite à temps plein. Ce n’est pas toujours facile, mais il faut savoir dire non et s’imposer.

Quels profils Egis compatibles recherchez-vous pour vous accompagner dans les années à venir ?

Claude Le Quéré. Dans mon équipe Structures, nous concevons des tunnels, des ponts, des ports, des projets géotechniques… Des domaines dans lesquels la féminisation n’est pas encore au rendez-vous au sein des écoles d’ingénieurs. Il n’y a donc en moyenne que 25 % de femmes dans notre vivier de recrutement. Tous les profils féminins sont de fait naturellement avantagés, car j’ai vraiment besoin de mixité dans mes équipes, à la fois dans le management de projets et dans les fonctions plus techniques. Dans les recrutements, ce qui compte avant tout c’est la curiosité, la rigueur, la clarté de communication, la capacité à synthétiser et vulgariser auprès des clients et aussi la souplesse en matière de langues et de cultures.

Imposteur ou bon élève : un conseil pour échapper à ces syndromes dont souffrent encore trop souvent les femmes ?

Catherine Jatteau. Quand on évolue, on peut se faire traiter de bon élève ou d’imposteur. Mais il faut être résilient face à ça. Mon conseil est de rester soi-même, dans une démarche constructive. L’empathie, par exemple, est une vraie valeur dans l’entreprise. Instaurer un climat de confiance, d’écoute et de co-construction me permet d’avoir un turn-over très faible dans mes équipes, alors que nos profils eaux & environnement sont particulièrement chassés sur le marché de l’emploi.

Claude Le Quéré. J’ai moi-même souffert de ces deux syndromes en effet. Bonne élève car quand on sort d’une grande école, on a souvent cette image de théoricien déconnecté du réel. Heureusement je suis très pragmatique et j’aime apporter des réponses concrètes, donc je m’en suis vite défaite. Le syndrome de l’imposteur en revanche, je l’ai ressenti plus longtemps. Car j’avais tendance à voir les choses que j’aurais pu mieux faire, plutôt que mes réussites. Mais ça passe avec l’âge, on apprend à se dire que personne ne fait les choses parfaitement. Mon conseil : se détacher le plus vite possible de ces syndromes car ils brident l’affirmation de nos ambitions. Un truc tout bête : osez postuler à des postes pas encore ouverts !

Le cliché sur les femmes au travail qui vous énerve le plus ?

Claude Le Quéré. Elle n’est pas commode. Un homme assuré, tenace et qui dit ce qu’il pense a du leadership. Une femme qui fait pareil, elle n’est pas commode ! Mais pourquoi devrait-on dire les choses plus doucement ?

Catherine Jatteau. Sois lucide, enlève tes lunettes roses. Pourquoi le fait d’être positive devrait être assimilé à de la naïveté ? Idem, ce n’est pas parce que j’ai un management humain axé sur l’empathie que je ne suis pas capable de prendre des décisions difficiles.

C’est quoi être une femme TalenTueuse en 2025 ?

Claude Le Quéré. Une femme qui a su garder le côté rigoureux et honnête de la bonne élève tout en ayant confiance en elle et en montrant ses ambitions.

Catherine Jatteau. Une femme qui reste ancrée sur ses valeurs, qui ne se travestit pas. Qui reste optimiste dans un contexte mouvant. Qui est agile pour trouver le chemin vers l’objectif. Qui sait fédérer un collectif. Et qui sait surtout rester proche des gens.

Contact : hafssa.anflous@egis-group.com