Pionnière du web, serial entrepreneure en France et aux USA, accompagnatrice de startups de renom, autrice engagée, jurée de l’émission Qui veut être mon associé ? sur M6, fondatrice de l’école de vente Envi. Un parcours pavé de réussites que Catherine Barba imaginait déjà toute petite : à 10 ans, elle écrivait dans une rédaction qu’elle voulait diriger une boite d’informatique alors que le numérique n’en était qu’à ses frémissements. Portrait d’une femme qui a su inventer sa vie.
S’ils n’étaient ni entrepreneurs, ni informaticiens, les parents de Catherine Barba lui ont inculqué très tôt cette curiosité pour un monde qui change… et un certain goût pour la littérature donc ! « J’étais une jeune fille très livresque, j’aimais la littérature, la philosophie, l’histoire. Après le Bac, mon ambition c’était de faire Normale Sup’ rue d’Ulm. Certainement pas une business school : ce n’était pas assez académique, presque trivial. J’ai échoué à Normale Sup et je me suis donc rabattue, par dépit et sans grande conviction, sur l’ESCP où j’étais admissible. Ce que je voyais à l’époque comme un échec, était en fait la meilleure chance de ma vie : j’y ai découvert que j’étais faite pour être dans l’action ! » se rappelle-t-elle.
« Je vous recrute pour être notre Mme Internet »
Quelques années plus tard, c’est encore la littérature qui allait susciter un changement de vie pour Catherine Barba. « En écho à un concours du Syndicat de la Presse, j’ai décidé de faire mon mémoire de fin d’études sur l’arrivée d’Internet en France. J’ai rencontré toutes les personnes qui travaillent sur le sujet à l’époque (soit une dizaine en tout et pour tout !) et j’ai gagné le concours. Après m’avoir remis mon prix, la présidente du jury, Viviane Prat (alors présidente d’une grosse boite qui faisait de l’achat d’espaces publicitaires pour des annonceurs médias), m’a dit : nous avons besoin de votre expertise, je vous recrute pour être notre Mme Internet ! A la manière d’une intrapreneure, j’ai dû inventer ce job qui n’existait pas encore. Une façon audacieuse de travailler sur un secteur et un métier nouveaux, avec une sécurité salariale Une bonne préparation pour ensuite franchir le cap et devenir mon propre patron » estime-t-elle.
« Tu te demandes si tu dois te lancer ? N’y vas pas : ça veut dire que tu n’es pas assez motivé »
Par la suite, Catherine Barba est débauchée par le grand entrepreneur Marc Simoncini pour devenir la DG France d’un des plus gros sites internet de l’époque, avant de se jeter à l’eau, seule aux commandes de sa propre entreprise « C’est au contact de Marc que j’ai appris à entreprendre. Quand je me suis lancée, ce n’était plus une option de carrière, c’était devenu une nécessité, la seule façon de me réaliser dans mon travail et dans mes aspirations. Bien sûr, j’ai entendu beaucoup de gens essayer de me décourager. Me dire que ça allait être compliqué de trouver des locaux, une banque et des équipes qui me suivent… mais j’estimais qu’ils projetaient sur moi leurs propres peurs et frustrations. Ça ne me concernait pas : j’avais la motivation, les ressources et l’entourage nécessaires. C’était mon histoire et rien ne pouvait m’en détourner. » Un état d’esprit qu’elle souhaite partager avec les jeunes générations. « Si tu te demandes si tu dois te lancer, n’y vas pas : ça veut dire que tu n’es pas assez motivé ! Lancer sa boite, c’est comme faire son premier enfant : l’inconnu absolu. Apprendre en marchant, ça nécessite un peu d’inconscience et de lâcher prise. Ça demande aussi de raisonner en termes de perte acceptable : combien de temps, d’argent ou de réputation es-tu prêt à perdre si ça ne marche pas ? Quand on est au clair avec ça et qu’on y va en intégrant cette perte acceptable, ça détend pas mal ! »
Aspirez à l’harmonie
Par ailleurs, Catherine Barba en est convaincue : entreprendre ne se fait jamais seul. Il faut savoir s’entourer : professionnellement bien sûr, mais aussi personnellement, sans jamais oublier de viser son équilibre de vie. Un équilibre de vie qu’elle fait reposer sur quatre piliers : la famille, le travail, le don aux autres et l’équilibre intérieur. « En gardant en tête qu’on ne l’atteint jamais parfaitement : il s’agit plutôt d’aspirer à cette harmonie. On est toujours sur une ligne de crête, on sacrifie parfois des choses, mais j’essaye de conserver cette vision d’un tabouret sur quatre pieds et de les rééquilibrer au mieux. J’accorde une attention toute particulière à mon équilibre intérieur, ma foi, qui tient une très grande place dans ma vie, presque aussi grande que mon travail (qui en prend déjà beaucoup !). Ma connexion au big boss a une vraie place dans ma vie. Ma foi m’apporte beaucoup de joie et de force. Avoir une vie intérieure, c’est ça être en vie ! Ça transcende et quand on s’y connecte, on voit le monde différemment. Accueillir quelque chose de plus grand que soi et qui vous guide vers les autres est une source qui empêche son cœur de sécher. »
« La confiance, ce n’est pas un stock, c’est un flux »
Aujourd’hui, Catherine Barba se réalise dans deux nouveaux métiers marqués par la transmission. Celui d’autrice (sa Bible des indépendants est parue au printemps 2025 chez Dunod) et celui de fondatrice d’Envi, une école de vente où elle apprend à ses élèves à muscler leur confiance et leur visibilité, mais pas n’importe comment. « Gagner en visibilité n’a aucun intérêt si on ne sait pas en vue de quoi on le fait : être recruté par une entreprise, chercher de nouveaux clients, devenir administrateur d’une entreprise, etc. C’est quand on sait pourquoi on fait les choses qu’on peut creuser son sillon. Quant à la confiance, ce n’est pas un stock, c’est un flux : on n’a jamais un réservoir rempli à 100 %. En cas d’erreur ou d’échec, il faut vite trouver la force intérieure et le bon entourage pour cesser de ruminer, remonter en selle et regarder devant soi » prévient-elle.
« Aujourd’hui, je me sens à ma place car c’est celle que j’ai choisie »
Mais alors, avoir une confiance en soi sans borne suffit-il pour se sentir légitime et pour réussir ? « Il s’agit surtout d’être clair avec soi-même. J’ai d’ailleurs appris une leçon très juste aux Etats-Unis : compare-toi à toi-même plutôt qu’aux autres. Regarde ton chemin, de ton point de départ à celui que tu veux atteindre. Vous voulez être N°1 ? Demandez-vous pourquoi ! Pour décider ? Pour inspirer ? Pour avoir du pouvoir et être libre de vos choix ? Il n’y a pas de bonne réponse : votre légitimité, c’est celle que vous aurez décidé d’avoir. Pour ma part, quand je ne me sens pas légitime sur un sujet, ma réponse tient toujours en un mot : travail ! Et aujourd’hui, je me sens à ma place car c’est celle que j’ai choisie » conclut-elle.
« Une femme talentueuse, c’est une femme qui a une solide expertise de son sujet. Car le talent c’est avant tout du travail et de la compétence. C’est une femme audacieuse qui avance et se jette à l’eau dans l’incertitude. C’est une femme généreuse, car le talent n’a de sens que s’il est transmis. Donner envie et faire grandir les autres : c’est ça finalement le vrai talent. »