Musée d’art moderne
l’art en guerre de Picasso a Dubuffet

 

Le musée d’Art Moderne de Paris présente une phénoménale exposition comprenant plus de 400 oeuvres d’art et une centaine d’artistes différents. C’est un véritable plaisir de passer de salles en salles, d’alterner peintures, sculptures, et même films d’époque, sans jamais se lasser. L’exposition qui reprend de façon chronologique l’art d’avant guerre jusqu’ à la libération, répond à la question restée jusqu’à maintenant obscure : « qu’est devenu l’art pendant la seconde guerre mondiale ? » La réponse est complexe mais l’exposition tente d’en montrer toutes les facettes avec succès. Ainsi, le spectateur se délecte de passer d’un Max Ernst à un Picasso puis à Chagall en passant par une multitude d’autres peintres pour finir avec des sculptures de Giacometti.

Pablo Picasso. Nature morte à la chouette et aux trois oursins, 6 novembre 1946. Peinture déorésineuse sur bois (hêtre) Musée Picasso, Antibes. © ImageArt, Antibes. Photo Claude Germain © Succession Picasso 2012

Pablo Picasso. Nature morte à la chouette et aux trois oursins, 6 novembre 1946. Peinture déorésineuse sur bois (hêtre) Musée Picasso, Antibes. © ImageArt, Antibes. Photo Claude Germain © Succession Picasso 2012

« Peindre pour supporter »
Le plus de cette colossale exposition c’est son sens, sa portée. En effet, elle ne se contente pas de présenter plusieurs tableaux. Elle a pour but de montrer les réactions, les transformations, de l’art face à la guerre. L’histoire tend à oublier la prolifération artistique de cette période. Pourtant pour Picasso « Créer, c’est pénuries, les artistes continuent de s‘exprimer avec comme support tout ce qu’ils peuvent trouver. C’est cette diversité qui stimule et attise la curiosité du visiteur. Chose troublante au premier abord, aucune oeuvre d’art ne met en scène des batailles. C’est un combat psychologique et artistique auquel se livrent les oeuvres d’art, une bataille interne sur les formes, les matières, et le sens de l’oeuvre qui se joue ici. Tantôt c’est le silence et l’impossibilité de représenter la guerre et les atrocités commises qui sont représentés, tantôt ce sont les camps, la misère et l’Allemagne nazie que dénoncent les artistes. D’ailleurs « le salon des rêves » de Joseph Steib met en scène plusieurs tableaux cinglants, teintés d’une légère touche d’humour, décrivant Hitler, l’Allemagne et l’occupation.

 

« Renaître »
A travers cette chronologie le visiteur voit et ressent le changement profond dans la façon de peindre. En effet, une chronologie apparaît, et du surréalisme initial par lequel commence la visite, le visiteur passe par le cubisme jusqu’à l’abstrait, suivant ainsi en réalité des faits historiques marquants. Le moment de la libération est un véritable tournant dans la visite. Les atrocités commises pendant la guerre sont tellement fortes que certains artistes choisissent l’abstrait pour les représenter. Jean Fautrier et sa série des « otages » peintures de visages sans yeux ni bouche, avec juste une tache de couleur chair sur un fond rouge est lourde de sens. C’est ensuite sur fond de reconstruction que l’art peut fleurir comme jamais. Rejetant toutes les règles imposées pendant la guerre, « l’artdégénéré » comme l’appelait les régimes totalitaires, est à l’honneur. L’exposition s’achève donc sur les anartistes en 1946, qui, à travers la révolte de l’art, tentent de trouver une poésie et une refondation de la technique à la suite d’une guerre qui a bouleversée le monde entier et le monde de l’art. C’est donc une extraordinaire exposition à ne pas manquer, puissanteen nombres d’oeuvres et d’artistes, mais aussi, puissante en sens et en émotions.

 

Gabriel Ascione, élève à RMS