Stop au sexisme ordinaire au travail : les signaux faibles qu’il faut apprendre à reconnaître ©AdobeStock

Stop au sexisme ordinaire au travail : les signaux faibles qu’il faut apprendre à reconnaître

Malgré les lois, malgré l’évolution des mentalités, les attitudes sexistes ont la dent dure, y compris dans le milieu professionnel. Selon, le baromètre #StOpE 2025, 3 femmes sur 4 estiment d’ailleurs que les attitudes et décisions sexistes dans leur environnement professionnel restent régulières.

Un chiffre alarmant – même s’il marque une légère baisse par rapport à 2021 (82 %) et 2023 (79 %). Parmi les attitudes dénoncées par près de 40 % des femmes, l’utilisation de qualificatifs du type ma grande ou miss. Qualificatifs qu’un homme sur deux pensent bienveillants, voire flatteurs. Pour ne pas subir ces comportements, 57 % des femmes déclarent mettre en place des stratégies d’évitement (privilégier certaines tenues, esquiver certaines situations ou personnes) pour se protéger. Le sexisme dit ordinaire au travail se traduit également par une disqualification des compétences professionnelles des femmes. Celles-ci sont en effet toujours perçues comme moins légitimes dans le monde professionnel, et doivent redoubler d’efforts pour faire reconnaître leurs compétences. Mais bonne nouvelle ! Le rôle des employeurs dans la lutte contre ce sexisme dit ordinaire est très majoritairement considéré comme essentiel et efficace, même si une femme sur deux estime que son entreprise doit aller encore plus loin pour le faire reculer. Par ailleurs, 9 salariés sur 10, tous genres confondus, reconnaissent qu’aujourd’hui les propos sexistes nuisent au bien-être au travail, à la confiance en soi et à la santé des femmes. Ensemble, nous pouvons donc faire trépasser les clichés.

Le sexisme ordinaire n’est pas qu’une histoire de boomer

Ensemble, c’est-à-dire avec les femmes, les hommes mais aussi toutes les générations. « Le sexisme ordinaire est un problème intergénérationnel. Dans toute entreprises (comme dans la société), on voit des personnes étonnées qu’on leur reproche des choses qui étaient considérées comme normales à une autre époque. C’est pour cela que lors de nos formations, nous déconstruisons les idées reçues et construisions de nouveaux référentiels sur la base des comportements considérés comme adaptés et ceux considérés comme inacceptables. Mais sans créer de fracture ! D’ailleurs, nous n’excluons jamais les hommes de nos formations : une prise de conscience commune est nécessaire » explique Frédérique Martz, présidente du réseau Women Safe & Children. Cette association développe des sessions de formation et des ateliers interactifs pour former des professionnels de la prévention dans les entreprises mais aussi dans l’enseignement supérieur. Elle donne les clés pour prévenir et agir contre les discriminations et les VSS, et pour devenir Référent Egalité.

Reconnaitre les signaux faibles

D’autant que cette prise de conscience collective est à même d’œuvrer de façon plus globale à la prévention des VSS, y compris lorsqu’elles sont subies par les salariés, en dehors de l’entreprise. « Les violences physiques ou psychologiques impactent tout de suite les capacités et le comportement des victimes, au travail. Un collègue qui s’isole, qui a des comportements inexpliqués, qui se met vite en colère doit alerter, car la désociabilisation est un des premiers axes d’identification de violence. Des retards inhabituels ou des arrêts maladie à répétition sont aussi des signaux faibles évocateurs. Et c’est pour cela qu’il est indispensable que les RH soient formées à les détecter, au risque d’engendrer une double peine pour la victime qui, non seulement est en difficultés, mais se retrouve aussi en situation d’être sanctionnée si son employeur pense qu’elle fait mal son travail » ajoute-t-elle.

Je suis témoin d’une situation de VSS chez un.e de mes collègues : je fais quoi ? 

« Lorsqu’on entre en contact de façon individuelle avec la victime, il est important de prendre en compte le moment du cycle des violences dans lequel elle se trouve. Ce qui est souvent très complexe à évaluer. Par ailleurs, le témoin n’a pas toujours un rôle valorisant : c’est celui qui dit de porter plainte, alors que c’est une étape très difficile à franchir, qui n’est d’ailleurs pas du tout garantie d’aboutir. Quand l’action des témoins est collective, le risque est celui de l’inertie : lorsque les témoins devront s’identifier comme tels, la peur d’être dans une position difficile risque de les en empêcher. Certes, être témoin ce n’est pas simple, mais c’est un rôle essentiel. Un témoin n’est ni juge, ni omniscient, il ne peut pas tout faire mais il peut aider la victime à s’orienter vers les bons interlocuteurs et les instances qui sont dans l’obligation d’agir. D’où l’importance des actions de prévention. Mais attention, trois heures de sensibilisation ne suffisent pas à faire changer les comportements ou à faire adopter durablement les bons réflexes. Dans notre programme de sensibilisation à 360, nous essayons d’impliquer le plus possible de collaborateurs – y compris ceux qui n’expriment pas d’intérêt sur le sujet – et nous les aidons à construire leur propre outil de prévention, le Respectomètre, à afficher dans l’entreprise » détaille-t-elle. 

Ce que dit la loi

Dans tous les cas, n’oubliez pas que l’article R625-8-3 du Code pénal prévoit qu’est « puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe le fait […] d’imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. » Cela peut se traduire par un commentaire insultant ou humiliant sur votre sexe (notamment sur le genre féminin), des bruits, gestes ou propositions à caractère sexuel. Des agissements qui peuvent être aggravés et constituer un délit, entre autres lorsqu’ils sont commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui accordent ses fonctions (par exemple, un outrage commis par l’employeur sur un salarié) ou sur une personne dont la vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à un handicap physique ou psychologique ou à une grossesse est apparente ou connue de l’auteur.

Et surtout, n’oubliez pas : face à une situation de VSS, de sexisme ordinaire ou au travail, vous n’êtes pas seules !

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