Comment construire des bâtiments capables de répondre aux défis climatiques de demain ? Pour Pierre Bollard (Arts et Métiers Cluny 84), directeur général de Spurgin Leonhart, cette révolution est déjà en marche. Elle passera par de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes… et de nouveaux talents.
« Il faudra apprendre à vivre à 50 °C à Paris en 2050. » Pierre Bollard ne cherche pas à provoquer. Pour le directeur général de Spurgin Leonhart, cette perspective résume le défi auquel le bâtiment est désormais confronté. Pendant des décennies, le bâtiment a appris à protéger du froid. Son prochain défi sera peut-être plus simple à formuler, mais bien plus complexe à relever : apprendre à vivre avec le chaud. Chez Spurgin Leonhart, cette évolution est déjà engagée. Historiquement connue pour ses solutions préfabriquées en béton, l’entreprise diversifie progressivement ses matériaux afin de répondre à de nouveaux usages. « Notre ADN, ce n’est pas uniquement le béton. C’est avant tout faciliter l’acte de construire. » Après les murs capables de protéger du froid, place aux solutions pensées pour limiter les effets des fortes chaleurs, avec des façades intégrant notamment le bois et des matériaux biosourcés. Pour autant, Pierre Bollard refuse les procès expéditifs. « Le béton souffre d’une impopularité légitime. Son principal défaut, ce sont les émissions de CO₂ du ciment. » Mais il rappelle que les industriels investissent massivement pour développer des ciments moins émissifs. À ses yeux, le béton ne disparaîtra pas : il évoluera. « On est dans un monde en plein mouvement. » Cette mutation représente aussi un formidable terrain d’innovation pour les ingénieurs, chercheurs ou spécialistes du marketing appelés à imaginer les solutions de demain.
Construire autrement, pas seulement plus vite
Le ralentissement du logement neuf pourrait laisser penser que la préfabrication perd de son intérêt. Pierre Bollard défend exactement l’inverse. Pour lui, construire plus vite n’est plus une finalité, mais une conséquence d’une construction mieux pensée. « La préfabrication permet de construire ce qui est nécessaire dans de meilleures conditions. » Une partie de la fabrication est réalisée en usine, à l’abri des intempéries et des fortes chaleurs, avant un assemblage plus rapide sur chantier. Le bénéfice dépasse largement le simple gain de temps : moins de nuisances, moins de pénibilité et un recours plus limité à une main-d’œuvre devenue difficile à recruter. L’autre enjeu se situe désormais dans la rénovation. Écoles, collèges, logements sociaux… une grande partie du parc immobilier devra être adaptée aux nouvelles conditions climatiques. Pierre Bollard estime d’ailleurs que les bailleurs sociaux sont aujourd’hui parmi les acteurs les plus avancés sur ces sujets. Habitués à raisonner sur plusieurs décennies, ils anticipent déjà les enjeux de confort d’été et de rénovation de leur patrimoine.
Transformer une entreprise, c’est d’abord faire grandir les femmes et les hommes
Ces mutations ne concernent pas uniquement les matériaux ou les méthodes de construction. Elles obligent aussi les entreprises à se remettre en question. « Quand tout va bien, de petites dérives s’installent progressivement. Les périodes plus difficiles obligent à rescanner l’ensemble du système de l’entreprise. » Le rôle d’un directeur général est alors de redonner une direction et d’embarquer les équipes. Passé par la production avant de prendre la tête de Spurgin Leonhart, Pierre Bollard revendique une vision très opérationnelle de son métier. « Un directeur général doit être le moteur de toutes les équipes. Il faut tirer la charrette. » Une philosophie qui se retrouve dans les recrutements. L’entreprise privilégie des profils d’ingénieurs capables de développer, au fil de leur parcours, une vision globale de l’entreprise. Les futurs directeurs régionaux sont d’ailleurs essentiellement issus de la promotion interne. « Ces profils-là, on ne les trouve pas, on les construit. » Au-delà des compétences techniques, il recherche surtout des personnalités prêtes à évoluer et à s’investir durablement. « Il faut apprendre à aimer ce que l’on fait. Quand on prend du plaisir dans son travail, on entraîne naturellement les autres avec soi. »
Chiffres-clés : 480 collaborateurs / 6% de croissance / 1,5 millions de m2 de mur fabriqué par an
Contact : pierre.bollard@spurgin.fr