Interview Laurent Bechler Marine nationale
Vue aérienne de l’exercice VARUNA, édition 2025, regroupant dans l’Océan Indien le groupe aéronaval de la Marine nationale et la Marine Indienne. Copyright : @Kevin Auger/Marine Nationale/Défense

La Marine nationale met les jeunes ingénieurs à la barre-L’interview de Laurent Bechler

Prêts pour une vie trépidante ? Embarquez sur un navire de la Marine nationale et faites carrière au service de votre pays ! C’est le choix qu’a fait durant 32 ans Laurent Bechler (CentraleSupélec 94), aujourd’hui sous-chef soutien-finances de l’état-major de la Marine. Vous aussi, succombez à l’appel de la mer !

Vous êtes entré dans la Marine presque par hasard…

Interview Laurent Bechler Marine nationale
©Kevin Auger/Marine Nationale/Défense

À CentraleSupélec, j’ai choisi l’option génie chimique agroalimentaire. Mais après mes études, j’ai fait mon service militaire comme professeur de maths dans une école de la Marine avec des élèves officiers sous-mariniers. J’ai eu l’occasion d’embarquer une semaine sur un sous-marin et j’ai eu le déclic. À la fin de mon service, j’ai postulé. J’ai commencé comme chef de service électricité-sécurité sur une frégate à Tahiti, avant de superviser la propulsion et la chaufferie nucléaire d’un sous-marin d’attaque.

Votre carrière vous a mené aux quatre coins du globe !

Tahiti, Brest, Toulon, Rio de Janeiro, Nouméa, sous-marins, frégates, porte-avions… J’ai navigué sur les six sous-marins nucléaires d’attaque et découvert tous les continents sauf l’Afrique. En 32 ans, j’ai occupé 19 postes, soit en moyenne moins de deux ans par affectation. Je suis passé par des fonctions très opérationnelles et techniques, mais aussi par l’international, les infrastructures, l’entretien et la finance. Cette diversité m’a permis d’accumuler des compétences et d’occuper aujourd’hui le poste de sous-chef soutien-finances de l’état-major.

En quoi consiste concrètement votre rôle ?

Je suis l’un des trois principaux sous-chefs d’état-major de la Marine. Je pilote une enveloppe de trois milliards d’euros et tout ce qui permet à la Marine de fonctionner : entretien des navires et aéronefs, ravitaillement, infrastructures portuaires, munitions… Mon rôle est à la croisée de la technique, du management, de la finance et de la stratégie. C’est une fonction qui combine en permanence le court et le long terme et où les problématiques sont passionnantes : organiser une réparation complexe à l’étranger, anticiper une technologie, innover… On ne s’ennuie jamais !

Un argument choc pour séduire les jeunes talents ?

Les opportunités sont nombreuses car les ingénieurs sont très vite confrontés à des responsabilités. Deux grandes voies existent : ceux qui souhaitent s’orienter vers la technique, l’entretien et l’exploitation des systèmes, et ceux qui sont davantage attirés par les opérations. La Marine propose aussi différents formats d’engagement. Le recrutement sur titre permet à ceux qui veulent construire une carrière longue l’intégration dans une promotion de l’École navale. Pour ceux qui veulent découvrir l’institution sans forcément s’y engager pour toute leur carrière, des contrats de cinq à huit ans sont possibles. On peut même se limiter à une année de découverte, comme volontaire officier aspirant ou au travers du nouveau service national.

Quelles qualités faut-il pour réussir ?

La première est l’humilité. Il faut connaître ses compétences, ne pas avoir peur de les mettre en œuvre, mais aussi apprendre des autres. Pendant mes deux premiers mois sur sous-marin, j’ai été formé par des matelots. Il faut aussi rester curieux. La technologie évolue sans cesse et la Marine doit intégrer l’IA, les systèmes autonomes, les drones, les capteurs quantiques ou encore les nouvelles technologies liées à la transition énergétique. Nous sommes constamment en veille sur ce qui se passe dans le monde industriel. Enfin, il est essentiel d’avoir le sens du collectif. À bord d’un navire, chacun dépend du travail des autres. Avoir « l’esprit d’équipage » est essentiel.

Votre message aux jeunes qui hésiteraient encore à se lancer ?

Au sein de la Marine nationale, on vit des expériences que l’on ne trouve nulle part ailleurs. On travaille sur des technologies de pointe, on manage très jeune et on découvre d’autres cultures. J’ai déménagé seize fois au cours de ma carrière, dont huit fois avec ma famille. Pour un ingénieur qui cherche une vie originale, tout en servant son pays, c’est une voie passionnante.

CentraleSupélec. « C’est là que ma vie a commencé après mes deux années de prépa. On y bénéficie d’un enseignement technique de grande qualité et d’une ouverture d’esprit incroyable. On y découvre de nombreuses disciplines, on peut rencontrer des chercheurs, partir à l’étranger ou rejoindre le réseau des Anciens. La formation de CentraleSupélec m’a donné une vraie force technique pour entrer dans la Marine. Électricité, mécanique, chimie, informatique, radiofréquences… un navire mobilise presque toutes les sciences de l’ingénieur. »

Contact : laurent.bechler@intradef.gouv.fr