Née d’un pari fou en 1995 – celui de faire de la prévision sur l’ensemble des océans du globe, avec des moyens techniques qui n’existaient pas à l’époque – la société Mercator Océan, s’est imposée comme référence en matière d’océanographie opérationnelle. Pierre Bahurel (X 89, ENTSA 94), son DG revient sur ce rêve devenu réalité.

Pierre Bahurel (X 89, ENTSA 94), DG de Mercator Océan © Mercator Océan

Pierre Bahurel (X 89, ENTSA 94), DG de Mercator Océan © Mercator Océan

Comment définiriez-vous l’ADN de Mercator Océan ?
A l’origine du projet, nous n’étions qu’une poignée de chercheurs et d’ingénieurs, mus par la même ambition, celle de rendre possible, l’impossible. C’est ce constant déséquilibre vers l’avant qui nous a permis d’innover, en imaginant les méthodes et les outils numériques nécessaires à la prévision et à l’analyse des données océanographiques. Innovation réalisable grâce à l’existence de moyens d’observation et de calcul, d’une forte expertise, et à l’engagement des établissements qui ont financé le projet : Météo-France, le CNRS, le CNES, l’Ifremer, l’IRD, et le SHOM. Nous sommes nés d’un partenariat réussi. J’ai souhaité ensuite affirmer la notion d’ouverture de Mercator Océan en prenant le parti de publier nos prévisions dès le début en accès libre et gratuit sur internet. Depuis nous avons parcouru un long chemin, la société a grandi, mais son code génétique reste basé sur ces trois principes fondateurs : ambition, engagement et ouverture.

 

Pourriez-vous donner des exemples concrets d’application du ‘‘Système Mercator’’ ?
Il existe quatre grands domaines d’application : les opérations en mer, la surveillance de l’environnement proche des côtes et du littoral, la biodiversité, et enfin le climat. Dans chacune de ces catégories, nos abonnés appartiennent aussi bien au public qu’au privé, au civil qu’au militaire, au domaine opérationnel ou à la recherche. Si l’on prend l’exemple des opérations en mer, on retrouve aisément la large cartographie des utilisateurs. Une petite PME sur un marché de niche, qui fait du soutien à une plateforme pétrolière, l’Agence européenne pour la sécurité maritime, un établissement public comme le SHOM qui oeuvre pour la marine nationale, la grande entreprise du transport maritime qui a besoin d’expertise pointue en courantologie, des équipes de recherche qui étudient l’interaction entre le courant et les vagues ou encore un individu qui relève le défi de traverser l’Atlantique à la rame. Un public hétéroclite qui s’intéresse pourtant aux mêmes données : les courants, la température de l’eau en temps réel, ce qui se passe plutôt en surface et à courte échéance. Dans d’autres domaines, nos abonnés souhaiteront plutôt des données en profondeur, de la biogéochimie et des séries continues sur plusieurs dizaines d’années : nous mettons un point d’honneur à apporter à chacun un service de qualité sur mesure. Notre credo : chaque utilisateur a la même importance.

 

« Notre activité a évolué, mais ses
forces motrices – ambition, engagement, et ouverture – sont restées intactes »

Depuis le début de l’année vous avez pris en charge le programme européen de surveillance des océans ‘‘ Copernicus ‘‘. Quel est l’impact pour la société ?
Il y a cinq ans, nous avons réuni dans un réseau inédit (60 partenaires, 28 nationalités) tous les acteurs qui travaillaient en Europe sur la surveillance des océans et nous avons inventé ensemble un service d’intérêt général (MyOcean) pour la prévision océanique. Plutôt que de nous concurrencer, nous avons mis en commun tous nos savoir faire, réalisé des économies d’échelle et constitué un système unique. Convaincue, L’UE nous a délégué aujourd’hui la conduite de la phase opérationnelle de ce service. L’impact pour Mercator Océan réside dans son internationalisation, le sens du partage qu’elle a encore une fois développé, et la satisfaction d’oeuvrer pour la planète dans un cadre européen. C’est une énorme reconnaissance. Aujourd’hui la prise en charge du Copernicus Marine Environment Monitoring Service ne représente pas le simple gain d’un marché, mais la reconnaissance par la Commission Européenne et la communauté internationale de notre travail depuis le début de l’aventure Mercator.

 

Instant RH
Plus de la moitié de nos effectifs se compose de scientifiques et d’ingénieurs. Mercator Océan reste une structure en amélioration constante, en relation avec toute la communauté scientifique. Chez les jeunes talents que nous recrutons, je recherche cette passion pour l’innovation, cette capacité à s’engager, et à avoir l’ambition de l’impossible, qui, 20 ans plus tôt, nous a stimulé et permis d’en arriver là aujourd’hui.

 

AM.

 

Contact : pierre.bahurel@mercator-ocean.fr