TROIS ENSEIGNANTS-CHERCHEURS ONT PARTAGÉ AVEC NOUS LES CLÉS DE LEUR ASCENSION INTERNATIONALE. ILS ONT D’ABORD L’AMBITION D’ÊTRE UTILES ET DE FAIRE PROGRESSER LE SAVOIR.

« Il existe une stratégie pour donner une dimension internationale à ses travaux ! »

 

FLORENT MONTACLAIR, ENSEIGNANTCHERCHEUR EN LITTÉRATURE À L’UNIVERSITÉ DE FRANCHE-COMTÉ est le premier Français à recevoir la médaille d’or de Philologie. Décernée tous les 5 ans, cette récompense est la plus haute distinction universitaire mondiale dans le domaine des lettres. Le professeur Montaclair est un spécialiste de la littérature fantastique du 19e siècle.

La première clé pour s’internationaliser relève du bon sens : s’ouvrir et apprendre l’anglais ?
Oui, mais cela n’est pas si évident en littérature. Les scientifiques partagent un langage universel. Dans nos disciplines, les frontières sont moins poreuses. Il faut aller vers l’autre lors de colloques internationaux, s’efforcer de comprendre le corpus de ses méthodes. Apprendre l’anglais est nécessaire pour échanger mais aussi pour publier dans des revues internationales.

La philologie est l’étude des textes, comment fonctionne la société internationale ?
La société de philologie regroupe 200 universités dans le monde. Elle définit deux secteurs : la grammaire des langues (recherche sur la structure des langues) et la critique littéraire structurale (mon domaine) qui étudie comment se construit l’oeuvre et s’élabore un style chez un auteur. Elle remet tous les 5 ans un prix en alternance sur l’un de ces domaines. Les candidats postulent eux-mêmes (52 cette année). Je l’ai fait sans vraiment y croire, et en fournissant un dossier de 6 000 pages ! Le produit de nos recherches est volumineux, car nous émettons une théorie puis démontrons son application dans plusieurs champs.

« Pour être intégré dans la recherche mondiale, il faut faire un pas vers elle !»

Comment avez-vous concrètement donné une dimension internationale à vos travaux ?
Les choses ont commencé en 1998, lorsque j’ai organisé un colloque international en Normandie. Depuis 5 ans, j’ai commencé à écrire dans des ouvrages multilingues et accéléré mes communications dans la langue de Mark Twain dans l’optique de me confronter à des chercheurs étrangers. J’ai diffusé mes recherches à l’international au cours de colloques. Il faut surtout avoir une production qui évoque quelque chose aux autres chercheurs.

Comment intéresser d’autres chercheurs ?
J’ai la grande chance de notamment travailler sur Jules Verne, l’un des auteurs les plus lus au monde. Je travaille aussi sur la grammaire des vampires, un thème en fort développement mondial depuis 2000. Mes recherches peuvent donc susciter l’intérêt d’autres chercheurs. Ils peuvent à leur tour les valider, les explorer, les développer ou les transposer. Or, c’est ainsi que l’on est vu, cité, invité, reconnu.

« Au-delà de la reconnaissance internationale, l’utilité d’un chercheur est d’abord sociale et économique »

ALAIN FAYOLLE, PROFESSEUR À EMLYON BUSINESS SCHOOL se consacre à l’étude de l’entrepreneuriat. Son ambition est triple : former, produire des connaissances, et les vulgariser afin d’être utile au développement économique et social. Ses travaux et son engagement lui confèrent une reconnaissance internationale de ses pairs, des institutions européennes et internationales, et d’Etats qui le sollicitent pour former des jeunes à l’entrepreneuriat et accompagner des entreprises.

Alain Fayolle a d’abord été un entrepreneur avant de s’intéresser à la discipline. « Ingénieur de formation, j’ai vite découvert que ce qui m’animait était un besoin de liberté et d’autonomie, et la passion de la création d’entreprise. » Il qualifie de « chance d’avoir choisi (ou été choisi ?) par l’entrepreneuriat », et d’avoir été « appelé par le milieu académique ». Partenaire d’emlyon en tant qu’entrepreneur, on lui demande en 1987 de créer un programme d’appui aux créateurs. L’école abritait un Centre des entrepreneurs depuis 1984. « Nous retirons aujourd’hui les fruits d’une intuition pionnière en entrepreneuriat. » Après avoir codirigé ce Centre, Alain Fayolle créera les formations en entrepreneuriat de l’école (du MBA au PGE).

Il fait une étape à Grenoble INP pour se consacrer à la recherche. « Le champ de l’entrepreneuriat sous l’angle de l’enseignement et de l’accompagnement d’entrepreneurs est très spécialisé. A ce moment je suis entré dans un mouvement international : colloques, réseaux, publications. »

Le chercheur bénéficie d’une vaste reconnaissance internationale : il est le premier Français nommé Chairman de la division entrepreneurship de l’association américaine Academy of management, il est sollicité par des gouvernements pour travailler sur l’éducation à l’entrepreneuriat, il a créé le réseau européen sur ce thème (ESU), il est expert à l’OCDE, il pilote l’enquête internationale du Global Entrepreneurship Monitor, il a reçu le European Entrepreneurship Education Award de l’université de Lund, il a été nommé Lead for white fellow de l’International Council for Small Business, etc…

« Arriver à impacter la communauté des chercheurs internationaux demande beaucoup de travail. Cela consiste à faire et faire savoir. »

« Au-delà de la reconnaissance, il est d’abord primordial pour moi d’avoir une utilité économique et sociale en aidant les entrepreneurs, ceux qui les accompagnent et les pouvoirs publics. » C’est dans cette optique de vulgarisation qu’Alain Fayolle a créé le journal Entreprendre et Innover en 2009.

Des étudiants d’HEC Paris font évoluer les règles de transparence de l’UE

© Patricia Merino

ALBERTO ALEMANNO, PROFESSEUR DE DROIT À HEC PARIS, titulaire de la chaire Jean Monnet de droit européen et régulation du risque, a créé et dirige la clinique de droit européen d’HEC avec la New York University school of law. Diplômé de la Harvard school of law et docteur de la Bocconi, il a été avocat à New York avant de rejoindre la cour de justice de l’UE puis HEC. La reconnaissance du rédacteur en chef du European Journal of Risk Regulation est internationale : il fournit des avis à des organisations mondiales et vient d’être nommé pour 6 ans Young Global Leader par le World Economic Forum de Davos. Avec ses élèves, il est en passe de faire évoluer les règles de transparence sur certains documents de l’UE.

Quel est le sujet de vos recherches ?
Je travaille sur la qualité des process de décision en Europe, avec en ligne de mire le rôle de l’expert et de la société civile. Je suis persuadé que les décisions publiques sont meilleures lorsque ces parties prenantes sont impliquées. C’est ce que j’explique dans mon prochain livre, Lobbying for good.

Comment donnez-vous une visibilité internationale à vos travaux ?
D’abord je travaille dans une dimension européenne. Mais surtout je fais une recherche très ouverte alors que nous sommes plutôt incités à rester entre initiés. J’utilise les réseaux sociaux pour faire circuler mes idées. Elles sont reprises par des médias, des décideurs.

« La clé est de savoir présenter ses recherches de manière utile »

Que font vos étudiants au sein de la clinique de droit ?
Ils servent des ONG comme WWF, Amnesty International, Transparency International. Ils travaillent pro bono et font du lobbying qui va dans le bon sens en plaçant leur expertise au service d’un objectif de justice sociale. Grâce à eux, la parole et les intérêts des citoyens, des ONG, d’entités locales, sont mieux représentés auprès des autorités européennes.

« Mon ambition est de former la première génération d’activistes européens pour la société civile »

Ils ont remporté une belle victoire auprès du Parlement européen, de quoi s’agit-il ?
3 étudiants ont travaillé avec l’ONG Access-Info Europe qui oeuvre en faveur de la transparence, principe clé du fonctionnement des institutions européennes. Suite au refus d’accéder aux avis sur les candidats juges à la Cour de justice européenne, ils ont déposé une plainte auprès du Médiateur de l’UE. Cette plainte a conduit à un grand débat au sein des instances européennes qui s’interroge désormais aussi sur l’accès à d’autres catégories de documents !

A. D-F