Et si votre premier métier n’était que le début de l’histoire ? Marie Bonnaffé (Université Paris Dauphine-PSL 18), en est la preuve. Du contrôle de gestion, aux RH puis à l’engagement social, elle a su réinventer son parcours dans cette Maison iconique. Entre détours, et prises de risque, elle recommande aux jeunes talents d’oser sortir du cadre pour trouver leur propre voie.
Vous rêviez de décoration. Comment avez-vous atterri dans le contrôle de gestion ?
À l’origine, je voulais même créer ma propre entreprise. Mes parents m’ont conseillé une école de commerce pour « sécuriser » mon parcours. J’ai donc quitté Bordeaux pour Paris et j’ai choisi le contrôle de gestion presque par dépit ! Puis j’ai découvert l’univers industriel : les matières, les couleurs, les process, mais surtout les personnes. J’ai passé quinze ans comme contrôleur de gestion pour un site produisant la maroquinerie pour Chanel.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de changer de voie ?
J’ai fait un bilan de compétences et une coach m’a dit : « vous avez une bonne écoute, avez-vous pensé aux RH ? » Ça a été un déclic. J’avais aussi besoin de retourner à l’école, d’apprendre autre chose. J’ai intégré le CELSA en master RH et communication interne, puis j’ai rejoint Chanel au développement des talents. Pendant quinze ans, j’ai piloté des sujets sur l’intégration, la mobilité interne et les systèmes d’information RH. J’ai aimé faire travailler les gens ensemble, les accompagner et j’ai développé mon réseau en interne. En 2011, j’ai intégré le conseil d’administration de la Fondation CHANEL. J’y ai découvert la philanthropie, le monde associatif…et j’ai à nouveau repris mes études !
C’est là que vous faites le grand saut vers l’engagement social ?
Effectivement, j’ai intégré Dauphine. Et à la fin de mon master en Développement Durable, j’ai appris qu’une personne réfléchissait au lancement du Social Commitment chez Chanel et j’ai postulé. Aujourd’hui, je dirige ce département pour la France. Nous travaillons avec une trentaine d’associations, comme Article 1, Sport dans la Ville, Rura ou Arpejeh. Nous identifions leurs besoins et construisons ensemble des missions de mécénat de compétences que nous proposons en interne via une plateforme. Chaque collaborateur dispose de deux jours par an pour s’engager sous forme de mentorat, d’animation d’ateliers, de présentation métiers, de journées d’intelligence collective… Nous avons créé des missions de 30 ou 45 minutes pour lever le frein du « je n’ai pas le temps ». On peut s’engager individuellement ou en équipe, par exemple lors de team building solidaire. L’an dernier, nous avons comptabilisé plus de 4 000 participations.
Une initiative qui vous a particulièrement marquée ?
L’année dernière, nous avons organisé Il était une fois Chanel et Vous : 150 jeunes ont découvert la Maison pendant deux demi-journées, accompagnés par 60 collaborateurs. Ils ont pris conscience de la diversité de nos métiers et compris que derrière Chanel, il y a avant tout des personnes avec des parcours très différents…comme le mien.
Vos conseils aux jeunes qui débutent leur carrière ?
Ne cherchez pas à construire un parcours linéaire. Chez Chanel, aucune carrière n’est formatée. Il faut être curieux, proposer, challenger, créer son réseau et croire en son projet. Les nouvelles générations ont beaucoup à apporter : un regard différent, de nouvelles idées et l’envie de faire bouger les lignes. Si je pouvais parler à la Marie qui a changé de voie, je lui dirais : ne crains pas les détours, la vie professionnelle réserve plein de surprises et même les échecs peuvent devenir des tremplins si on les apprivoise.
Université Paris Dauphine-PSL Mon master m’a fait l’effet d’une claque. J’ai passé 18 mois dans un environnement très exigeant et découvert le développement durable et son lot de mauvaises nouvelles… Face à l’éco-anxiété, j’ai compris qu’il fallait passer à l’action plutôt que de subir. J’ai changé mes modes de consommation et ma façon de vivre. J’ai eu la chance de transformer cette prise de conscience en projet professionnel. Aujourd’hui, je suis pleinement là où je dois être. Mes deux piliers : l’humain et l’impact positif sur la société.