Vous le connaissez comme l’ancien patron du Medef et le PDG de Radiall : Pierre Gattaz est un entrepreneur engagé depuis plus de 30 ans dans la défense et le développement de l’entreprise en France et en Europe. Observateur avisé des évolutions et des enjeux du leadership, il se présente aussi comme un « fervent défenseur de l’optimisme, de l’action et de l’audace ». Avec son ouvrage Gagnez plus, c’est maintenant (Fayard, 2025) co-écrit avec Michel de Rose, Maxime Aiach et Xavier Fontanet, il formule 30 propositions économiques avec un défi en ligne de mire : augmenter le pouvoir d’achat des Français de 30 % sous dix ans. Il nous explique comment.
« Même si la France va mal, tout ne va pas mal » affirmez-vous au début de votre ouvrage. Les Français ont donc, heureusement, encore des raisons d’espérer ! Expliquez-nous pourquoi.
Quand on est entrepreneur ou patron de boite, on sait que la croissance infinie n’existe pas, qu’il y a toujours des crises à gérer… et qu’on s’en sort ! Pour un pays, c’est pareil : les crises font partie des choses à gérer. Mais cela requiert un dosage subtil entre lucidité, courage, optimisme et enthousiasme. Et en France, nous avons beaucoup de raisons de rester enthousiastes et optimistes : économie, histoire, technologies, grands projets… nous cochons des cases incroyables que peu de pays peuvent cocher aussi bien. Et parce que notre pays a des atouts considérables, il ne mérite pas le traitement politique qu’il subit aujourd’hui. Je pense évidemment à la dissolution. Cette nouvelle assemblée à trois tiers nous a plongés dans des discussions de sourds, une opposition systématique et des débats qui atteignent souvent le niveau zéro de la culture économique.
Dans ce contexte, qui est à même d’impulser des solutions et des décisions nouvelles ?
Aujourd’hui, l’élastique fiscal est tendu à bloc et nous avons besoin de faire des économies. Alors que nous sommes un des pays les plus taxés au monde, certains rêvent encore de taxer les 100 familles les plus riches de France. Le fait est qu’on continue à faire couler l’eau dans une baignoire percée, qu’on ne colmate pas les brèches d’une France qui fuit. Alors arrêtons avec cette image de patrons qui se goinfrent de dividendes ou d’aides de l’Etat ! Les chefs d’entreprises font vivre des familles, ils veulent former et donner de bons salaires à leurs collaborateurs, ils incarnent des communautés humaines. Je ne connais pas de gouvernement ou de pays qui ait réussi sans entreprise ou contre les patrons. Pour réussir, il faut travailler avec les fourmis, ceux qui bossent et qui créent de l’emploi, pas les cigales.
Mais mobiliser les seuls chefs d’entreprise, ça ne suffit pas. Il faut mobiliser l’ensemble des forces vives de la Nation. Ces quatre millions de patrons, ces 21 millions de salariés et cette grande partie de fonctionnaires qui expriment un ras-le-bol fiscal, qui en ont marre de voir que les problèmes ne se règlent pas. L’Institut des Solutions va d’ailleurs en ce sens. Ce think-tank que j’ai fondé en 2023 est dédié à la recherche de réponses concrètes aux grands défis économiques et sociaux. Pour nourrir ses réflexions, nous avons mis en place une plateforme numérique de consultation populaire, dont nous tirerons cette année un rapport recensant 20 priorités fondamentales. Ce afin de nourrir les partis politiques qui le souhaitent, de réflexions profondes venant de la base, en perspective de la présidentielle de 2027.
Votre travail mérite d’être bien payé, indique le sous-titre de votre ouvrage. Oui, mais comment faire ?
Quand j’étais président du Medef, il y a 10 ans, les Français s’inquiétaient du chômage. Aujourd’hui, leurs plus grandes inquiétudes sont le pouvoir d’achat et la sécurité. Pour répondre aux enjeux liés au pouvoir d’achat, il faut regarder comment fonctionnent les pays les plus performants : ils travaillent (un peu) plus que nous, ils ont un modèle social managé et géré et ils travaillent avec une sphère publique beaucoup moins importante. De fait, notre pays doit absolument être plus compétitif. Dans ce livre co-écrit avec trois autres entrepreneurs français, nous proposons 30 réformes économiques qui devraient permettre de faire près de 450 milliards d’économie, au bénéfice, en trois tiers, du salaire net des Français, de la réduction du déficit annuel et des investissements pour l’avenir.
Gagnez plus, c’est maintenant : c’est tentant ! Quelles mesures recommandez-vous pour y parvenir ?
Nous avons classé nos mesures en quatre grands blocs. D’abord, gagner plus en travaillant plus. Travailler plus augmente les revenus, ce qui renforce le pouvoir d’achat, stimule la demande, encourage les investissements, génère plus de croissance et donc, plus de richesses. Je rappelle que passer de 37h en moyenne à 40h de travail hebdomadaire (soit 35 minutes de plus par jour), permettrait de gagner 8 % de salaire net.
Second bloc de mesures : gagner plus en optimisant notre modèle social. Autrement dit, augmenter le salaire net des Français en améliorant notre modèle social par la réduction des dépenses et des charges, ce qui permet aussi de réduire le coût du travail. Depuis des années, nous voulons faire perdurer un modèle social formidable et extrêmement généreux, mais qui coûte une fortune et pèse sur le salaire net des Français. Ces mesures renvoient évidemment au débat sur l’âge de départ à la retraite : chaque année supplémentaire représente quand même 20 milliards d’économies.
Troisième bloc de mesures : gagner plus par la croissance. Nous sommes convaincus qu’augmenter les libertés nourrit la croissance, ce qui enrichit la Nation et les Français. Cela passe notamment par une réindustrialisation du pays, le développement de la R&D (la France y consacre 2.19 % de son PIB vs 3.3 % pour le Japon, 3.5 % pour les Etats-Unis et 4.9 % pour la Corée du sud) et le déploiement de filières d’excellence dans cinq domaines stratégiques (défense, IA, quantique, santé, agriculture, smart & safe city etc.).
Il s’agit enfin de gagner plus par l’optimisation de la sphère publique. Réduire le périmètre d’intervention de l’Etat diminue les dépenses publiques (et donc, les impôts) et augmente la croissance, ce qui redonne du pouvoir d’achat. L’an dernier, le secteur public représentait 58 % du PIB et la sphère privée 42 %. La sphère publique était donc 1.38 fois plus importante que la sphère privée. Soit l’inverse de la moyenne des pays développés, où la sphère publique représente 42 % du PIB, soit 0.69 fois la sphère privée. Autrement dit, notre sphère publique est deux fois plus lourde que celle de la moyenne des autres pays comparables. Mais attention, il ne s’agit pas de détruire l’Etat ou les administrations, mais bien de les recentrer sur les missions pour lesquelles ils ne peuvent pas être remplacés par la société civile, les entreprises ou les citoyens, et réduire « l’administration de l’administration ».
Mais cela reviendrait à « manager », à « gérer » l’Etat comme une entreprise ?
La France n’est pas une entreprise mais oui, elle peut être managée comme une entreprise. Des recettes, du cash, des dépenses maîtrisées, un management optimisé, des équipes motivées : c’est la base d’une entreprise… et c’est la base de tout ! Mais aujourd’hui l’Etat manque de vision et de bottom-up. Arrêtons de croire que l’élite parisienne sait tout, laissons tomber l’intellectualisme idéologique et revenons au terrain, au back to basic. Et le back to basic c’est l’entreprise !
Quel rôle peut avoir la Gen Z dans cette dynamique ?
Je l’invite à construire et non à subir. A proposer des solutions, à construire ensemble avec enthousiasme et optimisme autour de la règle des 3P : Prosperity, People, Planet, en précisant que le 1er (prosperity) est essentiel pour développer les 2 autres P. Trois notions qu’on a tendance à opposer, à politiser, alors qu’il est vital de concilier économie, humanité et planète de façon intelligente et vertueuse. Alors, rejoignez nos entreprises, ce sont des communautés humaines formidables qui ont besoin de vous pour redresser le pays !
En résumé ?
Oui gagner plus, c’est possible. Oui, redonner de l’espoir, c’est possible. Oui, redonner de la fierté, c’est possible. Ce ne sera pas facile. Mais c’est vital. Et d’autres pays l’ont fait, avec des résultats spectaculaires. Alors pourquoi pas nous ?