Retour au bureau, les absents ont-ils vraiment toujours tort ?
Retour au bureau, les absents ont-ils vraiment toujours tort ? ©AdobeStock

Retour au bureau, les absents ont-ils vraiment toujours tort ?

Pourquoi aller au bureau ? S’il y a 10 ans on ne se serait jamais posé la question, c’est aujourd’hui le retour au bureau qui interroge. Le développement fulgurant du travail hybride et la transformation massive des pratiques de travail qui en découle, poussent en effet à reconsidérer la valeur du lieu de travail. Voici toutes les bonnes raisons d’aller retrouver vos collègues au bureau… ou plutôt en visio !

Partir au bureau tous les matins. Pourquoi et comment une pratique qui nous paraissait si naturelle est-elle devenue aussi épidermique ?

Spoiler alert : on s’adapte à tout !

La réponse tient en deux mots : plasticité organisationnelle. « On parle généralement de plasticité cérébrale. Lorsque le cerveau subit un accident grave, il réoriente très vite ses capacités et ses ressources et stimule des zones jusqu’alors inexplorées, pour rester en vie. Un phénomène que l’on pourrait comparer à ce qui s’est passé, au niveau des entreprises, lors du Covid. Elles avaient déjà des outils pour travailler à distance (outils de visioconférence notamment), mais sans utilité réelle. Pour survivre au grand choc du distanciel absolu et imposé par le confinement, elles se sont réorganisées et, petit à petit, leurs salariés ont réussi à trouver un nouvel équilibre. Ils ont fait émerger des pratiques de vie, de travail et de collaboration, qui ne s’inscrivaient pas dans une logique de travail dégradé, mais dans une logique de substitution spatiale du travail, où chacun avait ses repères. Finalement cet état de choc engendré par une « alerte survie », a activé des zones en dormance et un phénomène de recristallisation des habitudes » analyse Delphine Minchella, enseignante-chercheure à l’EM Normandie et co-autrice (avec Sébastien Bourdin et Nicolas Cochard), de Retour au bureau – Les absents ont-ils vraiment toujours tort (Ed. EMS, octobre 2026)

En télétravail, on contrôle mieux sa disponibilité

Pour autant, de nombreuses entreprises (sans doute inspirées par les annonces faites par les GAFAM) incitent aujourd’hui – avec plus ou moins d’insistance – leurs collaborateurs à faire leur retour au bureau. Alors même que beaucoup de salariés considèrent travailler mieux chez eux, car ils n’y sont pas interrompus dans leurs tâches. « Cela renvoie au sujet de la spatialité. D’un côté, les entreprises ont vu dans le télétravail un facteur de gains immédiats (moins de salariés au bureau = moins de m² nécessaires et donc, une économie immobilière). De l’autre, les télétravailleurs ont eu le sentiment de mieux contrôler leur disponibilité et donc, d’être plus performants. Logiquement, un retour au bureau dans un espace densifié et plus contraint, pousse les collaborateurs à se demander pourquoi leur entreprise veut les mettre dans une situation où ils sont moins performants » explique Delphine Minchella

Rien de mieux que le bureau pour la cohésion d’équipe !

Pour autant, le full remote a loin d’avoir la cote. Le rythme idéal plébiscité par les salariés ? Trois jours en présentiel et deux jours en télétravail, ou inversement. « Le bureau reste important pour faire corps, pour la cohésion des équipes. Pour que la performance ne s’estime pas qu’à l’aune de la performance individuelle. Pour avoir conscience que son travail n’est pas qu’une suite de tâche désincarnée, mais qu’il contribue à un collectif. Le bureau est aussi primordial pour maintenir cette culture organisationnelle qui ne peut exister que par mimétisme et transmission. Car pour pouvoir imiter quelqu’un, il faut être présent ! » insiste-t-elle.

Le retour forcé n’est pas forcément une bonne idée

Mais être au bureau, ça doit être confortable ! « Ce lieu ne doit pas mettre difficulté dans l’accomplissement de ses tâches. Or, la compression des espaces allant souvent de pair avec une organisation en flex office, tous les collaborateurs ne se retrouvent pas forcément avec un endroit « confortable » pour travailler au bureau. Ils se retrouvent alors confrontés à l’absurdité de se dire « j’ai fait l’effort de venir mais je vais finalement y travailler moins bien que chez moi ». Ce qui les amène à se demander si ce retour au bureau ne traduit pas en réalité la suspicion ou un renforcement du rapport de subordination de la part de leur employeur. Or, revenir au bureau par souci de contrôle de son entreprise est toujours vécu comme un signe d’autorité et jamais comme un signe de management. De fait, un retour forcé au bureau est à même d’engendrer des stratégies de présentéisme chez des collaborateurs, qui finissent par théâtraliser leur travail : arriver tôt, marcher vite, avoir l’air affairé. Mais une fois de plus, c’est la performance qui en pâti » explique l’enseignante.

Avez-vous prévu votre « hygiène de télétravail » ?

Pour autant, le télétravail ne s’illustre pas non plus une solution parfaite. Il peut même engendrer un certain cercle vicieux. Oui être chez soi ça peut être confortable. « Mais chez soi, on ne voit pas les heures passer et on peut vite se faire envahir par son travail. Il est donc indispensable de s’instaurer une hygiène de télétravail, de s’astreindre à des horaires et des moments de pause, des mini-promenades idéalement, pour éviter la sédentarité » préconise Delphine Minchella.

Travail réel vs travail prescrit

Autre élément fondamental à considérer : les notions de travail réel et de travail prescrit. « En télétravail, on revient à l’os de notre contrat de travail, au travail prescrit (autrement dit, les tâche pour lesquelles on est payé). Et on y laisse forcément un peu de côté le travail réel, c’est-à-dire les micro-taches que l’on décide de faire pour rendre son travail plus en accord avec ses valeurs profondes (parler à un collègue qui ne va pas bien, donner un coup de main à un autre service, etc.). Alors que c’est justement ce travail réel qui construit la qualité de notre travail » rappelle-t-elle.

Vous l’avez compris, la clé de la performance collective et du bien-être au travail se cache sans aucun doute dans le travail hybride, sans stigmatisation du travail à domicile ou du travail au bureau. Mais attention à ne pas oublier que « les salariés sont contents d’aller au bureau si et seulement si, ils comprennent les raisons pour lesquelles ils y vont » conclut Delphine Minchella. A méditer !

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