Vous la connaissez forcément comme celle qui a popularisé la téléréalité en France ou comme celle qui a été directrice de la Star Academy (attention on parle de la première version, celle des vrais, des puristes !). Aujourd’hui Alexia Laroche-Joubert est la patronne de Banijay en France, le plus gros acteur de production au monde. Cash, libre, cette femme qui a la flamme a souvent été violemment critiquée. Des critiques dont, de son propre aveu, « elle se fiche un peu » dès lors qu’elles émanent de gens qu’elle ne respecte pas. Des critiques qui ne l’ont jamais empêchée d’assumer tout ce qu’elle a fait, avec passion, avec détermination, avec son appétit de raconter des histoires, toujours chevillé au corps. Portrait.
Des histoires oui, mais pas n’importe lesquelles. Des histoires d’anonymes. « Je suis par nature profondément curieuse des gens. Si j’ai été élevée dans un milieu très bourgeois, le revers de fortune qu’a connu mon père pendant mon enfance, m’a amenée à être curieuse de toutes les catégories. Ce qui m’intéresse c’est l’intime, les personnes, pas les comptes en banque. » Une curiosité qu’Alexia Laroche-Joubert a également nourrie chez sa grand-mère, dans les Pyrénées, où elle a vécu enfant, un peu trop solo à son goût. « J’étais en manque d’humain, alors j’ai compensé avec les animaux… et en regardant chez nos voisins ! Aujourd’hui, je suis toujours animée par cette envie de mettre en lumière des gens que la télévision, et très probablement des milieux assez bourgeois, ont négligé. J’ai fait une première partie de ma carrière à Canal + et j’en suis partie en disant à la direction que la chaine était trop hype pour moi, que j’avais besoin de parler au plus grand nombre. J’aime profondément la télévision populaire. Être admirée dans l’underground parisien, cela m’importe peu. L’ascenseur social est une valeur importante pour moi… même si certains pourraient me rétorquer que je suis une nepo baby ! » ironise la fille de la grand-reporter Martine Laroche-Joubert.
Ombre ou lumière ?
Pro de la prod, celle qui a révolutionné la TV française dans les années 2000 avec la TV réalité, a été une des premières à mettre ce métier de l’ombre, dans la lumière. Alors qu’en télévision, le producteur se cantonne généralement en régie, Alexia Laroche-Joubert a fait le choix de passer devant les caméras, en devenant directrice de la Star Ac’ en 2001. « Pour être honnête, je n’y avais même pas pensé. C’est Etienne Mougeotte, alors patron de TF1, qui me l’a proposé. J’ai accepté, non pas par envie de montrer ma tête à la télé, mais parce que ça me permettait de pousser la machine de production encore plus loin, d’insuffler des choses directement à l’intérieur du programme. Et j’ai adoré ! D’autant qu’en étant sur le plateau pendant les primes, le programme m’échappait pour quelques heures, ce qui me permettait d’évacuer un peu de l’énorme pression liée à un tel show télé » se souvient-elle. De quoi lui donner envie de recommencer ? « Je ne dis pas que je ne le referai jamais, mais ce qui me motive vraiment aujourd’hui, c’est mon job de chef d’entreprise : mettre les projets à l’antenne et les gens dans la lumière. Un job dans lequel il faut reconnaitre que cette médiatisation me sert encore pas mal. Quand je me présente à quelqu’un, il y a de fortes chances qu’il m’ait déjà vue un samedi soir dans son salon ! C’est utile pour défendre mes programmes, convaincre des gens, ou parfois, répondre à des accusations. »
Face à la critique
Il faut dire qu’en matière d’accusations, Alexia Laroche-Joubert a eu son lot, notamment lors du lancement de Loft Story, première émission de real TV que nombre de détracteurs qualifiaient alors de trash TV. On se rappelle Ségolène Royale qui l’avait traitée de « proxénète », ou Michel Polac qui était allé jusqu’à la comparer au « diable » sur le plateau de Laurent Ruquier. A tel point que dans la série Culte qu’elle a récemment produite pour Amazon Prime, elle n’a pas cherché à faire lisser l’image du personnage inspiré de son parcours. Des critiques très violentes donc, dont elle s’est toujours préservée. « J’ai souvent été critiquée, c’est le propre des femmes qui émergent, qui plus est, dans un secteur très masculin. Mais à l’époque, j’étais tellement convaincue qu’on était dans le juste, dans un mouvement social et sociétal de fond porté par les jeunes, que les critiques des vieux ne m’atteignaient pas du tout. Je les trouvais ringards… et ça s’est confirmé d’ailleurs ! Je n’ai pas de casseroles, j’assume et je défends tout ce que je fais, je n’ai pas honte. Je ne suis sensible qu’aux critiques de mes proches et des gens que je respecte professionnellement. C’est d’ailleurs pour ça qu’aujourd’hui, je ne lis pas les commentaires sur les réseaux sociaux. »
Une combattante devenue stratège
Une liberté d’esprit et un courage qui en feraient rêver plus d’une… et même plus d’un ! « Tout le monde sait que je suis libre. J’ai quitté Endemol sans indemnité ni chômage, car je ne m’y sentais plus à ma place. Je (re)prends toujours rapidement ma liberté et je n’ai pas de mal à prendre des décisions importantes. Quant au courage, j’ai pu en faire preuve à quelques moments de ma vie personnelle. Mais je n’ai pas été courageuse de réussir ma carrière, je voulais faire et décider, ceux sont les moteurs de ma réussite. J’ai toujours considéré qu’être une femme n’est ni un atout, ni un obstacle, ce n’est pas un sujet. Mais attention, c’est une chose de ne pas y penser quand vous évoluez dans des sphères de pouvoir « modéré ». S’en est une autre, quand vous évoluez dans des sphères de pouvoir telles que celles où j’évolue aujourd’hui. Il n’y a que des hommes et vous n’avez pas tous leurs codes parce que vous n’en êtes pas un. Typiquement, je ne maîtrise pas le syndrome de la 3e mi-temps : leurs altercations sont comme un match de foot les mecs se disputent et se réconcilient en buvant un verre après le coup de sifflet final. Quand on est une femme et qu’on ne va pas au match, on ne résout pas les choses de la même façon. Personnellement, je ne suis pas dans le combat viril : j’ai été une combattante (c’est-à-dire que j’ai foncé dans le tas), mais j’ai appris à devenir une stratège, à contourner l’obstacle. »
« C’est impossible de tout faire ! »
Et quand on parle de combat, celui de trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est un combat de tous les jours pour un grand nombre de femmes qui mènent une belle carrière. Alexia Laroche-Joubert les déculpabilise en une minute chrono. « L’équilibre total, ça n’existe pas ! Je pars du principe qu’il y a quatre piliers dans la vie (la famille, les amis, le travail et les hobbies) et qu’on ne peut en opérer bien que deux à la fois. Ils peuvent évoluer au cours de sa vie bien sûr, mais il faut arrêter de faire croire aux femmes qu’elles sont capables de tout faire, ce n’est pas possible ! Alors oui, parfois j’ai eu moins d’abdos et mes copains ne me voyaient que pendant les vacances. Mais j’ai une vie très saine, j’ai la chance d’être très bien entourée de personnes qui peuvent prendre le relais (avec mes enfants notamment), et j’arrive à mettre tout ça dans une forme d’équilibre qui est la mienne. » Et quand elle a besoin d’inspiration ou d’un coup de boost pour relever un nouveau défi, Alexia Laroche-Joubert dégaine son téléphone pour consulter les quelques 200 citations qu’elle y a répertorié. « La multitude de personnes qui les ont prononcées m’aident à vivre, c’est ma colonne vertébrale. »
A son tour, elle souhaite inspirer les jeunes femmes qui doutent ou qui n’oseraient pas assumer leurs ambitions. « Le pouvoir ça se conquiert. On vous dit non ? Demandez autre chose ! Arrêtez de croire qu’un non est synonyme d’un rejet de votre personne. Croyez en vous et en vos projets : la flamme, c’est ce qu’il y a de plus fort. C’est bien d’être exigeante mais n’acceptez jamais le jugement de gens que vous ne respectez pas. Apprenez à être douces avec vous-même… mais ça ne veut pas dire « gnangnan « ! » conclut-elle dans un éclat de rire.