Hydrogène vert, acier décarboné, innovation de rupture, et si votre premier job d’ingénieur changeait réellement la donne ? Michel Boyer (Arts et Métiers Aix-en-Provence 82), Senior V.P Business Development chez John Cockerill, trace la voie pour une génération prête à relever les défis industriels et énergétiques.
Face aux tensions géopolitiques et aux enjeux énergétiques, comment adaptez-vous votre stratégie de développement ?

John Cockerill a deux objectifs : augmenter la rentabilité de ses activités historiques pour qu’elles soient capables d’auto-financer leur développement, et assurer au nouveau Business Hydrogen un rythme de croissance en phase avec les énormes attentes dans le monde entier avec des partenaires industriels et financiers. J’ai contribué à initier deux projets majeurs en collaboration avec ArcelorMittal. D’une part le JVD (Jet Vapor Deposition) une solution de pointe pour galvaniser sous vide des bandes d’acier métalliques. De l’autre Volteron™ une nouvelle façon de produire du fer par électrolyse à froid sans émission de carbone. Deux illustrations concrètes de ce qu’est le green steel. Par ailleurs, nous venons d’ouvrir un deuxième bureau pour l’activité Metals en Chine, qui représente encore 50 % de la production d’acier mondiale pour supporter nos nouvelles commandes, et John Cockerill Metals International a établi son siège social à Bombay depuis le 1er janvier.
L’entreprise investit beaucoup dans l’hydrogène. Quels sont ses projets les plus prometteurs ?
John Cockerill a repris l’an dernier les actifs clés de McPhy pour accélérer le développement de sa nouvelle génération d’électrolyseurs alcalins pressurisés. Le marché de l’hydrogène se recompose. Alors que les deux premiers stacks ont déjà été livrés sur le site construit avec BESIX, les deux autres de 6,5 MW sont en cours d’assemblage dans nos ateliers de Seraing. Cette technologie, 100 % européenne, permettra la production de 3 700 tonnes d’hydrogène vert et contribuera à éviter l’émission annuelle de 25 000 tonnes de CO2. Par ailleurs John Cockerill a fourni mondialement 1 500 électrolyseurs (200 de plus de 5 MW dont 100 en cours de livraison en Inde).
Par où commencer pour réussir dans l’industrie en mutation ?
Le JVD et VolteronTM sont un terrain de jeu formidable. Après un Covid sévère et une hospitalisation de quasi un an, j’ai réfléchi sur mon métier et souhaité contribuer à porter ces nouvelles solutions et à convaincre de leur pertinence dans un monde assez conformiste. John Cockerill m’a donné cette chance. J’encourage donc les jeunes à nous rejoindre et à oser proposer leurs idées. Quand j’ai commencé ma carrière, il était indispensable de maîtriser les automatismes. Maintenant, il est crucial de maîtriser la transition énergétique, la décarbonation industrielle, l’économie circulaire, le calcul quantique et, bien entendu, la robotique, l’automatisation avec une juste dose d’IA. C’est pourquoi je leur conseille de commencer dans la technique/R&D avant de passer à la gestion de projet ou le commercial s’ils le souhaitent.
Justement, quelle est la compétence qui fera la différence demain ?
L’industrie c’est comprendre des systèmes complexes, lever des verrous technologiques et transformer des idées en projets. La curiosité est donc essentielle, car elle entraine une remise en question des supposés acquis. J’ai eu l’occasion, dès le début de ma carrière, de déposer des brevets qui ont donné lieu à des solutions appliquées encore aujourd’hui. Quand on copie on n’évolue pas, il faut sans cesse innover. C’est un état d’esprit qui challenge le quotidien.
Votre parcours mêle technique, business et international. Est-ce indispensable pour évoluer dans l’industrie ?
J’en suis convaincu. Une bonne connaissance technique est clé pour convaincre de la pertinence de nos offres. Et la connaissance de l’international est essentielle dans le monde où nous vivons (j’ai d’ailleurs été une centaine de fois en Chine et plusieurs dizaines de fois en Inde pour des missions de courtes durées). Nous sommes présents dans 28 pays et nous proposons régulièrement des postes d’expatriés à nos collaborateurs.
L’ingénieur idéal de 2026 : spécialiste affûté ou touche-à-tout assumé ? La formation doit donner à chacun les moyens de trouver sa voie en fonction de ses aspirations ou de ses choix de vie. L’annuaire des A&M l’illustre bien : on y trouve autant de spécialistes pointus que de touche-à-tout.
En quoi les Arts ont-ils influencé votre manière d’aborder les enjeux industriels ?
Cette formation généraliste m’a permis d’évoluer dans des métiers techniques, commerciaux et de management. J’ai trouvé dans l’école une grande solidarité et un réseau qu’il faut savoir utiliser à bon escient, y compris quand on ne s’y attend pas. C’est aux Arts et Métiers que l’on m’a conseillé un bon avocat pour défendre et protéger nos brevets !
Contact : michel.boyer@johncockerill.com