Pousser vers plus de parité dans les grandes écoles est essentiel pour tendre vers plus de mixité en entreprise. Si les grandes écoles de commerce affichent une parité quasi parfaite, celle-ci n’est qu’apparente car les disparités existent, à l’entrée, comme au sein des spécialisations.

 

Nicolas Arnaud, directeur des programmes d’Audencia - © F.Sénard / Audencia

Nicolas Arnaud, directeur des programmes d’Audencia – © F.Sénard / Audencia

Une égalité de façade. 100 % des écoles de management ont des formations bachelor et master mixtes selon le baromètre 2018 sur l’égalité Femmes Hommes réalisé par la Conférence des Grandes Ecoles. Une parité au global à l’entrée confirmée par Nicolas Arnaud, directeur des Programmes d’Audencia. Toutefois, la réalité est à nuancer car au-delà des chiffres, les inégalités sont bien réelles : « Sur la filière classes préparatoires, si les candidatures étaient paritaires, 54 % de filles ont intégré l’école par cette voie. Et seuls 10 % des recrues issues de prépas littéraires étaient des garçons. En revanche, la filière Ingénieur / AST rétablit la parité. »

Des disparités que l’on retrouve au niveau du choix des spécialités avec un ratio de 60-40 : 60 % de garçons en finance et 60 % de filles en marketing. « On peut néanmoins considérer que la finance attire plus de jeunes femmes qu’il y a 10 ans. Les mouvements sociétaux actuels font qu’elles s’affirment plus qu’avant alors que les codes de la masculinité, eux, sont davantage bouleversés. »

Il n’existe pas de leadership au féminin

Pourquoi un tel écart ? Parce que le « plafond de verre » est avant tout sociétal. En 2007-2008, le directeur des Programmes d’Audencia avait ainsi constaté qu’aucune élève ne se présentait à la présidence des associations étudiantes. Certains dispositifs ont alors été mis en place. En 2015, la parité au sein des assos était atteinte !

Christine Naschberger, professeure de RH à Audencia en charge du cours « Leading a team » et spécialiste des questions de diversité et d’inclusion - © F.Sénard / Audencia

Christine Naschberger, professeure de RH à Audencia en charge du cours « Leading a team » et spécialiste des questions de diversité et d’inclusion – © F.Sénard / Audencia

Un phénomène sur lequel travaille Christine Naschberger, professeure de RH à Audencia en charge du cours « Leading a team » et spécialiste des questions de diversité et d’inclusion. « Aujourd’hui, toutes les études démontrent qu’il n’existe pas de leadership au féminin mais qu’il existe d’autres facteurs d’influence. Lorsque je demande à mes élèves de décrire le leader idéal, les stéréotypes masculins ressortent inévitablement. À la sortie de l’école, les filles vont ainsi privilégier un métier qui les passionne et porteur de sens, là où les garçons vont faire du salaire une priorité. L’influence de l’entourage et des premiers stages a un véritable impact sur leur orientation. Les femmes ont ainsi tendance à s’autocensurer et à se tourner vers des métiers dits plus ‘’féminins’’ tels que la communication ou les RH. »

 

Le rôle des écoles de management dans la mixité au sein des entreprises

Comment les écoles de management peuvent-elles aussi devenir des écoles « de la vie en entreprise » ? Selon la CGE, 60 000 étudiant.es sont diplômé.es chaque année d’une grande école. Un effet de levier qui a toute son importance pour peser en entreprise. En ce sens, il est de la responsabilité des grandes écoles en management de tendre vers l’égalité dans la vie professionnelle. Un enjeu dont Nicolas Arnaud est pleinement conscient : « Nous devons traiter les débats de société avec nos prismes et nos regards. Les grandes écoles ne doivent pas être hermétiques à ce qui se passe dans la société. »

NewGen Talent Centre

Manuelle Malot est directrice de l’EDHEC NewGen Talent Centre, un centre d’études créé à la demande des entreprises « déconcertées » par la jeune génération. « Nous nous sommes intéressés aux problématiques d’aspirations, sans pour autant penser aux différences entre les hommes et les femmes. Nous avons alors interrogé les étudiant.es qui s’apprêtaient à entrer en L3 et nous nous sommes rendu compte que les différences étaient spectaculaires. Non seulement les écarts existent encore mais on observe une réelle dichotomie entre les aspirations en marketing /culture et en finance / conseil. Les jeunes filles ont alors tendance à s’autocensurer et à envisager leur vie de famille dès leur embauche, alors qu’elles ont à peine plus de 20 ans. Si les garçons aspirent à du temps libre pour leurs activités, comme le sport, les filles en désirent pour leur famille. »

https://careers.edhec.edu/newgen

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