Comment faire des acteurs de l’économie des contributeurs à la paix sociale et au mieux vivre ensemble grâce à des entreprises humaines, performantes et durables ? Voilà l’équation posée par la paix économique. Mais quel est le rôle des top managers dans la diffusion de cet autre regard sur le monde du business ?

 

« L’entreprise est à la fois créatrice de biens et de richesses et un acteur social majeur. Elle joue un rôle déterminant dans l’équilibre et l’épanouissement de chacun au sein de la société. Elle peut être le point d’articulation d’une évolution sociétale, permettant de cheminer vers l’épanouissement de toutes les parties prenantes » telle est la conviction de la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix Economique de Grenoble Ecole de Management.

 

Et quel meilleur point de départ pour rebattre les cartes du monde économique si ce n’est la crise sanitaire sans précédent que nous traversons aujourd’hui ? « Il serait plus juste d’évoquer l’enchainement des crises que nous vivons depuis 20 ans. Et paradoxalement, on peut parler de « chance », car cela nous oblige aujourd’hui à cogner à des besoins humains, environnementaux et sociaux qui n’ont pas été pris en compte depuis des centaines d’années » introduit Dominique Steiler, titulaire de la chaire.

 

50 nuances de gris

Une chance aussi d’en finir avec un schéma de pensée occidental « très binaire au sens premier et au sens accusateur du terme. A cette grande incapacité à saisir le paradoxe, la nuance, à regarder « l’entre » et à accepter que cela fasse partie de nos vies. Et pour changer tout ça, une crise ne suffit pas. C’est bien la répétition des crises qui nous oblige à voir qu’il y a d’autres moyens de s’en sortir. » Mais ce n’est pas pour autant qu’un monde tout noir deviendrait subitement tout blanc. « Le risque, c’est l’émergence d’une frustration importante face à une attente inconsidérée d’un changement absolu et qui ne surviendra pas. La position de paix économique c’est que la vie oscille continuellement entre ce qui concorde et ce qui discorde. Mais attention, il ne s’agit pas d’une pensée grise qui ne se positionne pas mais bien d’une position médiane, équilibrée. Il n’y a pas d’inconsistance à vouloir dans un même temps bouleverser les choses et être mesuré. On peut créer une insurrection sans être un insurgé qui s’oppose à tout ! » insiste Dominique Steiler.

 

Change leaders !

Et pour que demain, tout ce qui détruit puisse fonctionner différemment, la chaire de GEM est convaincue qu’il faut changer la façon de former les leaders. Et pour cela, la recherche joue un rôle central. « En tant que chercheur, il nous appartient, non pas de proposer une « recherche recette » qui dirait ce qu’il faut faire, mais une recherche qui propose d’opérer en amont des changements de pensée et de représentations pour que de nouvelles idées fassent leur chemin. » Des changements qui passent aussi par une recherche pluridisciplinaire, promue plus particulièrement cette année à GEM. « Il est également nécessaire de proposer un cadre de transformation à partir duquel les acteurs d’un territoire pourront reconstruire, ensemble, les règles, les méthodes et les outils nécessaires à la prospérité mutuelle. »

 

Ou comment « réapprendre à vivre et à construire ensemble ce dont on a besoin sur un territoire à partir des trois grands fondements de la paix économique : respect de la vie sous toutes ses formes, respect de la dignité humaine, réduction des inégalités, épanouissement des personnes et création d’entreprises dont l’objet est le développement du bien commun. » Une philosophie qui commence d’ailleurs à se distiller chez d’autres acteurs de l’enseignement supérieur, ce dont se réjouit Dominique Steiler.

Tableau d’honneur, ces entreprises qui participent à l’effort national

Qu’elles aident le personnel soignant, qu’elles accompagnent leurs collaborateurs ou qu’elles mettent en place des actions de solidarité entre pairs, les entreprises françaises ont fait face avec honneur à la crise sans précédent que nous traversons aujourd’hui. Du CAC 40 aux fablabs en passant par les PME, l’innovation a fusé et les bonnes pratiques se sont multipliées.

 

Parmi les grands noms qui se sont distingués : EDF avec sa prolongation de la trêve hivernale pour éviter les coupures en cas d’impayés et son fonds d’urgence et de solidarité de 2 millions € pour le personnel soignant et les personnes démunies, Total avec ses 50 millions € de bons d’essence alloués au personnel soignant, Danone avec la sécurisation des contrats de travail de ses 100 000 salariés et le soutien de 250 millions € à la trésorerie des 15 000 TPE de son écosystème mondial, LVMH, Kering et Chanel avec la mobilisation de leurs équipes pour produire des masques et des blouses, L’Oréal avec la mobilisation de ses usines pour fabriquer du gel hydro alcoolique…