Le numérique a envahi nos vies et est érigé en enjeu majeur pour les entreprises. Dans ce contexte, le DSI est le promoteur et le maître d’œuvre de la transformation digitale des organisations. Garant de l’existant, stratège des achats informatiques, il imagine une intégration optimale des nouvelles technologies et accompagne les métiers et personnes dans leur appropriation. Par Ariane Despierres-Féry

 

Si la taille et le secteur des entreprises ont un impact sur le caractère stratégique accordé au rôle du DSI, l’hétérogénéité des situations tend à s’harmoniser. « La transformation numérique conduit à investir dans la perspective d’en retirer des bénéfices aujourd’hui identifiés » explique Pierre Delort, président de l’association Nationale des Directeurs de Systèmes d’Information (ANDSI), spécialiste du big data enseignant à Mines ParisTech et à Télécom ParisTech.

S’appuyer sur le DSI pour prendre de l’avance

Baisse des coûts, davantage de qualité, temps de cycles plus courts, nouveaux services, le rôle du DSI et son expertise du numérique sont de plus en plus souvent considérés comme stratégiques. « Il permet aux entreprises de prendre une avance précieuse ! La multiplication des objets connectés et les données massives associées, la formation de l’industrie 4.0, sont autant de sujets que le DSI doit porter si les entreprises veulent tirer profit de la transformation numérique » insiste Pierre Delort.

Stratège des achats

Le numérique est d’abord un enjeu technologique. A la source de la transformation il y a les TIC, l’informatique, les services associés. « Gérer ces technologies et leurs fournisseurs est le cœur de métier du DSI » rappelle Pierre Delort. Il établit la stratégie d’achat des technologies, de l’internalisation ou de l’externalisation des services informatiques. Il gère son budget et ses fournisseurs. « Acheter oui, encore faut-il bien acheter ! Car on parle ici d’une ressource précieuse et stratégique dont il faut assurer la fiabilité et la sécurité ».

Une fonction hautement communicante

« Le nerf de la guerre pour le DSI : c’est la communication ! » affirme Jacky Galicher, membre du comité de pilotage de l’Agora des DSI (150 DSI d’entreprises +500 salariés), et DSI de l’Académie de Versailles (100 000 salariés, 1,2 M d’élèves). Le DSI est aux premières loges dès lors qu’il y a un dysfonctionnement ou un nouveau système à intégrer. « Gérer les problèmes comme le changement, surtout dans un domaine que tout le monde ne comprend pas, cela demande une forte capacité à communiquer. »

Instaurer une relation de confiance avec ses clients, qu’ils soient internes ou externes, est le corollaire du déploiement de toute technologie, notamment pour en gérer l’impact sur les usages, pratiques et organisations. « Pour cela le DSI doit posséder de fortes qualités de communication, être capable de rassurer, de s’excuser lorsque nécessaire, de guider, analyse Jacky Galicher. La DSI n’est pas une boîte noire insondable peuplée de techniciens coupés des autres services ! » « Le changement c’est important, mais il ne faut pas oublier que le rôle de gestion de l’installation existante du DSI reste sa première compétence », ajoute Julien Daval, VP du Club Decision DSI.

Accompagner l’adoption de nouvelles habitudes

Autre défi de taille pour le DSI : accompagner les usages des technologies dans son entreprise. « Ce que permettent ou transforment les technologies dans les entreprises implique une démarche d’accompagnement du changement, un travail sur l’acceptation de nouveaux usages et pratiques. Cette dimension humaine est cruciale pour réussir la transition numérique, car qui dit transformation dit abandon d’habitude pour en adopter d’autres » préconise Pierre Delort. Le numérique accroit aussi la polyvalence des personnes, avec un impact fort sur le management.

Mariant approche transverse et technologique, les DSI sont aussi les garants de la sécurité des données et de leur usage éthique. « Ils ont un rôle de veille et de respect des lois à jouer, note Julien Daval. La digitalisation va de pair avec un contrôle plus important des clients, des usagers, la traçabilité est totale ; or la loi encadre cela. »

« Le DSI a vocation à stimuler la croissance en convertissant l’informatique traditionnelle en numérique et ses nouvelles applications, ses outils, résume Julien Daval. Cela vaut à la fois pour les acteurs de l’entreprise et leurs clients. » La transition numérique comme tout changement s’accompagne. A ce titre, le VP ajoute : « tout commence par l’interne ! » Le DSI doit ainsi d’abord s’attacher à déterminer comment les salariés veulent travailler, avec quels outils, comprendre leurs habitudes et attentes pour espérer réussir la transformation numérique.

Stratège ou éleveur de serveurs ?

« La fonction de DSI est de plus en plus stratégique en tant que porteuse de la transformation digitale, insiste Jacky Galicher, il doit être intégré au Comex ». La partie n’est pour autant pas gagnée. Dans leurs associations les DSI évoquent souvent un manque de valorisation de leur rôle. Nombre d’entreprises et administrations les considèrent encore selon Jacky Galicher comme « des éleveurs de serveurs ! Or, notre rôle est d’abord de délivrer des services à nos collaborateurs ou à nos clients, de leur proposer des innovations. »

Intégrer le Comex et/ou le Codir est également une priorité pour Julien Daval. « Car c’est un espace de dialogue avec les autres responsables métier. Il faut à la fois communiquer et prendre la température lorsqu’on mène un changement stratégique ». Un défaut de communication et surtout de coordination de la stratégie de digitalisation expose au risque de voir se développer un shadow IT dans l’entreprise, vulnérable. « Chacun dans son service télécharge et installe des logiciels, des outils, sans tenir compte des SI globaux ».

Le DSI est un acteur profondément transverse de l’entreprise. Sa présence au Codir lui donne la latitude et les moyens de capter toute l’attention sur ses enjeux, « et de proposer le mix de technologies et d’usages qui permettent de faire progresser l’entreprise, explique le président de l’ANDSI. Le DSI apporte des idées de nouvelles technologies, nouvelles pratiques, nouveaux business model ; et conduit les projets de transformation. »

Stratège ou mort !

Le DSI doit maîtriser la dimension conceptuelle de l’informatique tout en endossant un rôle très opérationnel. « Il nous faut marier ces deux compétences pour proposer les meilleures technologies et pour les mettre en œuvre. Si nous nous contentons d’aborder le numérique uniquement par l’aspect technique, nous sommes morts ! Elle peut s’externaliser à l‘inverse d’une contribution stratégique totalement dédiée à notre organisation » conclut Jacky Galicher.

 

Partager les bonnes pratiques : Au sein de l’ANDSI (association sans sponsor, gérée par ses membres), les membres apprennent de l’expérience de leurs collègues, échangent leurs bonnes pratiques, vont découvrir in situ comment d’autres entreprises mènent leurs projets. Le Club Décision DSI a été imaginé sur le concept de l’Ambassade organisant des évènements pour ses 1 250 membres. L’objectif est de permettre l’échange des usages et bonnes pratiques. Il entend également mettre en avant ceux qui permettent la mutation digitale, les DSI, et valoriser leur rôle.« Partager nos méthodes et pratiques, c’est s’aider entre pairs et s’enrichir mutuellement à un moment où nos enjeux et nos problèmes sont complexes » ajoute Jacky Galicher de l’Agora des DSI, qui en tant que DSI partage aussi es pratiques, projets, questions avec ses confrères de l’Education Nationale, du secteur public en général.