Construire n’a jamais été aussi complexe. Entre tensions économiques, exigences environnementales et attentes toujours plus fortes, l’immobilier avance sur une ligne de crête. Jean-François Léopold (ESTP 01), Directeur Général Adjoint & Grands Comptes Nationaux chez Demathieu Bard Immobilier, est au cœur de cette transformation.
Le pôle immobilier de Demathieu Bard s’inscrit dans un groupe historiquement ancré dans la construction. Comment cette activité s’est-elle imposée ?

Nous avons structuré cette activité à partir de 2012, avec une toute petite équipe dédiée dont j’ai fait partie. Très vite, nous avons gagné la confiance du groupe en développant une véritable activité de promotion, en assumant un positionnement de promoteur à part entière. Cela nous a permis de nous différencier progressivement et de construire notre légitimité tant auprès de nos confrères que des collectivités. Aujourd’hui, l’immobilier représente près de 20 % du chiffre d’affaires du groupe et joue un rôle clé en termes d’image et de lien avec les territoires, notamment via une relation plus directe avec les habitants.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est le plus difficile à faire aboutir dans un projet immobilier ?
Chaque étape est décisive : maîtriser le foncier, convaincre de la programmation, obtenir un permis définitif, financer et commercialiser. Rien n’est jamais acquis tant que le chantier n’est pas lancé. Dans le contexte actuel, la commercialisation est devenue une préoccupation centrale, avec des clients plus contraints financièrement. Cela nous oblige à être extrêmement vigilants sur l’équilibre économique des opérations et à adapter en permanence notre approche. La crise du logement est bien réelle et touche tous les segments. Mais il n’existe pas de solution unique : il faut construire du neuf, réhabiliter l’existant, transformer des immeubles de bureaux…
Le métier de promoteur est-il en train d’évoluer ?
Oui, notamment avec l’intégration très rapide des enjeux environnementaux. Le sujet du carbone, par exemple, a profondément transformé notre manière de concevoir les projets en quelques années. Mais tout est une question d’équilibre : il faut concilier performance environnementale, exigences des collectivités, attentes de nos clients et viabilité économique. Et enfin j’ajouterais que les promoteurs ont appris à construire la ville plutôt que de simplement produire des bâtiments.
Après plus de 13 ans dans le groupe, qu’est-ce qui a le plus fait évoluer votre manière d’aborder les projets ?
Nous avons structuré nos méthodes, intégré de nouvelles contraintes, mais surtout appris à nous réinventer en permanence. Il n’y a pas de routine dans ce métier : chaque projet est unique, chaque territoire a ses spécificités. Et malgré l’émergence de nouveaux outils, y compris l’IA, cela reste un métier profondément humain, fondé sur la compréhension fine des besoins et des attentes.
L’immobilier, un secteur qui recrute
Notre secteur est très ouvert : ingénieurs, profils business, juristes… tous peuvent y trouver leur place. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à sortir de sa zone de confort et à aller au-delà de sa formation initiale. Un ingénieur devra comprendre les enjeux juridiques ou financiers, un juriste les contraintes techniques. On cherche des profils très polyvalents, capables de comprendre un projet dans sa globalité, de s’adapter à des environnements complexes et d’échanger avec des interlocuteurs très différents. C’est un secteur exigeant, mais aussi très concret, où l’on construit des lieux de vie durables.
Faut-il recruter pour un poste… ou pour un potentiel ? Dans notre métier, recruter uniquement pour un poste est réducteur. Les projets immobiliers s’inscrivent dans le temps long, sont complexes, et soumis à de nombreux aléas : réglementaires, économiques ou politiques. Dans ce contexte, un collaborateur ne peut pas rester figé dans un périmètre strict : il doit évoluer avec le projet, s’adapter et apprendre en permanence. Le socle de compétences reste évidemment essentiel. Mais ce qui fait réellement la différence sur la durée, c’est le savoir-être : curiosité, capacité d’adaptation, engagement, agilité face à l’incertitude. Plus que des profils parfaitement calibrés, ce sont des personnalités capables de progresser, de comprendre des environnements variés et de s’inscrire dans des projets complexes qui font la réussite.
Chiffres-clés : 220 collaborateurs dans le pôle immobilier / 18 agences en France et au Luxembourg / 1 500 logements construits chaque année
Contact : jean-francois.leopold@demathieu-bard.fr