Cette année, on compte plus d’1.2 million d’ingénieurs, dont plus d’un million en activité (Observatoire IESF 2025). Parmi eux, 47 400 nouveaux ingénieurs diplômés en 2024. Et cette année encore, c’est le quasi plein emploi pour les ingénieurs et scientifiques, avec un taux de chômage de 3.2 %, bien inférieur à la moyenne nationale. Mais dans un tel contexte, qu’est-ce qui fait vibrer le cœur de ces ingénieurs aujourd’hui ?
Intéressons-nous d’abord à leurs secteurs d’activités. Si l’industrie rassemble encore 44 % des ingénieurs, l’enquête d’IESF constate que parmi les ingénieurs des deux dernières promotions, seuls 38 % ont fait le choix de ce secteur, pourtant éminemment stratégique. La faute sans doute à des salaires d’entrée un peu moins attractifs et à une méconnaissance des métiers de l’industrie, mais aussi à un transfert vers d’autres secteurs, plus en phase avec les attentes des jeunes générations. Les secteurs de l’énergie, de l’eau et de l’environnement ont notamment connu un accroissement considérable des candidatures ingénieurs. Sans oublier l’attractivité des cabinets de conseil, qui ne cesse de se confirmer au fil des années (9 % en 2024 vs 6 % en 2023). Mais comme tenaient à la rappeler les responsables de l’enquête d’IESF lors de sa parution : « quand on est ingénieur, c’est bien de commencer sa carrière dans le conseil… et de la finir dans l’industrie ! »
Ce que les ingés aiment dans leur métier
Mais bonne nouvelle : quel que soit leur secteur d’activité, les ingénieurs se disent majoritairement satisfaits ou très satisfaits de leur travail (69 %). Ils apprécient avant tout l’autonomie que leur confère leur profession, mais aussi, la sécurité de l’emploi, la reconnaissance du travail par leurs pairs, l’intérêt des missions, l’ambiance et la valeur de leur travail. Enfin, une grande majorité (79 %) reconnait le rôle déterminant des ingénieurs et scientifiques dans les transformations de la société.
Ingénieurs et ingénieurEs
Des transformations qui devront être menées à la fois par des ingénieurs et des ingénieurEs. Car en 2026, la question de la féminisation de la profession d’ingénieur reste un sujet central. L’enquête de l’Observatoire d’IESF rappelle en effet qu’on ne compte que 23 % de femmes ingénieures, un chiffre qui monte timidement à 28 % au sein de la promo 2024. Au-delà de l’orientation, ces chiffres amènent à se questionner sur leurs motivations. L’étude sociologique S’imaginer ingénieur ou être ingénieur (Institut Gaston Berger / Groupe INSA – novembre 2025) nous éclaire d’ailleurs à ce sujet. Elle constate en effet qu’hommes et femmes ingénieur.es partagent les mêmes motivations (bien gagner sa vie, être utile à la société et résoudre des problèmes techniques). Pour autant, les étudiantes se distinguent par un intérêt marqué pour la diversité des débouchés et l’international. Pour certaines, devenir ingénieure représente également une affirmation de soi (fierté sociale d’être la première de la famille). Plus étonnant : si l’innovation est un moteur d’orientation pour les étudiants (40 % vs 27 % pour les étudiantes), ce rapport s’inverse une fois en poste (45 % pour les hommes vs 29 % pour les femmes). Signe que les hommes privilégient les postes hiérarchiques, l’entrepreneuriat ou le statut.
Et si les écoles d’ingés devenaient les meilleures écoles du leadership ?
Cette notion de diversité est d’autant plus importante que c’est sans doute au sein de la communauté des ingénieurs que se joue l’avenir du leadership. Car le leadership moderne ce n’est pas une posture, c’est une capacité à comprendre la complexité : une mission sur-mesure pour ces hommes et ces femmes rompus à la technique, à la compréhension des systèmes complexes. Leur formation et leur orientation solution en font des dirigeant.es qui n’ont pas (seulement) appris le pouvoir, mais des dirigeant.es qui ont appris à construire le pouvoir. C’est un fait : l’ingénieur-manager a un profil taillé pour appréhender les crises. Pour lui gérer, c’est résoudre. Son leadership n’est plus (seulement) charismatique, il est crédible. Moins de posture, plus de compétences : dans un monde instable comme le nôtre, on n’a plus besoin de solvers que de storytellers. Et si les écoles d’ingénieurs étaient devenues les meilleures écoles du leadership ?