2020 : pas une PDG au sein du CAC 40 et on n’en compte qu’une dizaine dans le SBF 120. Et pourtant, d’après Michel Ferrary, professeur de management à l’Université de Genève, professeur-affilié à SKEMA BS et membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, les entreprises où les femmes sont mieux représentées dans les instances dirigeantes sont aussi plus performantes. Mais pourquoi ?

 

« Si vous avez investi dans le CAC 40 entre 2007 et 2019 votre portefeuille a perdu 17 %. Si vous avez investi dans les 10 entreprises du CAC 60 qui ont le plus de femmes dans leur encadrement, votre portefeuille, sur la même période, a gagné 134 % » affirme Michel Ferrary. Dans le cadre de l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises le professeur a mené en 2020 une étude sur la féminisation des instances de gouvernance et le plafond de verre des entreprises du CAC 40, qui s’intéresse à son impact sur les performances économiques et boursières.

 

Un constat sans appel

Si au 1er janvier 2019, la quasi-totalité des entreprises du CAC 40 domiciliées en France étaient au-delà du quota de 40 % de femmes dans leur CA imposé par la Loi Copé – Zimmermann, les femmes n’occupent aujourd’hui que 3.33 % des 120 postes de président et ou DG des 60 plus grandes entreprises du CAC40+20 : 0 femme PDG, 2 présidentes de CA et 2 directrices générales. Sur les 693 postes de comités de direction des 60 plus grandes entreprises françaises, elles n’en occupent que 125, soit 18.04 %. Parallèlement, elles ne représentent que 17.49 % des comités exécutifs de ces 60 entreprises alors qu’elles représentent 32.97 % de leur population cadres, vivier traditionnel de recrutements des dirigeants.

 

Plus on est mixte, plus on performe !

Et pourtant, l’Observatoire pointe du doigt dans cette étude que les entreprises qui sont le plus mixtes, sont aussi celles qui performent le mieux depuis la crise de 2008. Il se base pour cela sur deux index. Le Gender equality Index (incluant dans son calcul les 10 entreprises dont l’encadrement est le plus mixte – entre 45 et 65 % de femmes) et le Male Index (incluant dans son calcul les 10 entreprises dont l’encadrement est le moins mixte – entre 12 et 20 % de femmes). Deux index dont les performances boursières sont comparées au CAC 40. Et la conclusion est claire. Le Gender Equality Index surperforme le Male Index et le CAC40 sur le long terme et a mieux résisté à la crise financière de 2008.

 

Si la diversité contribue donc à la performance des entreprises, Michel Ferrary y voit plusieurs raisons. « Recruter des femmes et des hommes permet d’élargir la taille du marché du travail et donc d’accroitre la probabilité de recruter les ressources humaines de meilleure qualité et plus compétentes. Il ne faut pas non plus oublier que la moitié des consommateurs sont des consommatrices. Employer des femmes permet donc de mieux comprendre les attentes des client·e·s et d’améliorer la relation commerciale BtoB et BtoC. Parallèlement, la diversité des systèmes de représentations liées à la diversité des expériences et des convictions améliore le processus de décision et la créativité dans les organisations. En interne, la promotion des femmes managers constitue un facteur de motivation pour l’ensemble des femmes de l’entreprise qui aspirent à une évolution professionnelle. Enfin, la diversité est une preuve d’ouverture de l’entreprise à laquelle sont de plus en plus sensibles les parties prenantes (clients, pouvoirs publics, médias, actionnaires…) ».

 

De la vertu des quotas

Et pourtant, plafond de verre et plancher collant sont toujours d’actualité. En effet, « plusieurs études en sociologie et en management évaluent qu’il faut au moins 30 % d’une population pour influencer l’ensemble d’une organisation. Or, la France compte encore très peu d’entreprises avec plus de 30 % de femmes au sein du CoDir. » Alors quelles solutions envisager ? « Par la loi d’abord. Les quotas dans les CA ont fonctionné et le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes préconise de faire de  même dans les CoDir. La France serait alors le premier pays au monde à règlementer ce sujet. Autre levier : agir auprès des prépas et des écoles d’ingénieurs, encore trop peu féminisées (28 % en moyenne). Des quotas de femmes les pousseraient là aussi à trouver de nouvelles formations pour attirer massivement de futures ingénieures ! ».

 

l’info en +

Selon le Global Gender Gap Report 2020 du Forum Economique Mondial, la France est le 15e pays en termes d’égalité F/H (sur 153 pays évalués). Si le taux d’activité des femmes de 15 à 64 ans a progressé de 3.2 points entre 2005 et 2015 (soit 67.6 %), elles ne représentent que 14 % des membres de direction.