Développer l’agriculture biologique dans un esprit d’équité et de coopération : voilà l’objectif que poursuit Biocoop depuis 40 ans. A la tête de son fonds de dotation, Dalila Habbas (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 07, IAE Paris Sorbonne BS 15) a pour rôle de prolonger l’engagement historique de la coopérative en soutenant des initiatives de terrain contribuant à transformer durablement notre système alimentaire. Rencontre.
Biocoop défend l’idée d’une alternative sociétale « plus résiliente, solidaire et juste ». Mais comment faire dans un contexte économique contraint ?
C’est précisément dans les périodes de crise que la solidité de nos engagements est mise à l’épreuve. La crise du marché de la bio entre 2021 et 2023 en est une illustration très concrète dans un contexte marqué par l’inflation, les tensions sur le pouvoir d’achat et le recul de la consommation. Notre modèle coopératif nous a permis d’organiser la solidarité entre les différents acteurs de notre écosystème. Préserver cet écosystème, c’est aussi préserver les conditions d’une agriculture biologique, paysanne et équitable, et démontrer concrètement la force de notre modèle coopératif. Car oui, il est possible de concilier performance économique, coopération et responsabilité sociale et environnementale, sans perdre de vue notre projet collectif d’origine. Et l’engagement ne doit pas devenir une variable d’ajustement que l’on sacrifie dès que la situation économique se dégrade.
Le fonds de dotation Biocoop a pour ambition d’impulser une transition sociétale radicale. Ça veut dire quoi concrètement ?
Ces trois mots traduisent une ambition et une manière d’agir. Transition pour accompagner le passage vers un autre modèle de société en faisant évoluer durablement nos manières de produire, de consommer et de vivre ensemble. Sociétale, pour penser ensemble les enjeux écologiques, économiques et sociaux avec une conviction forte : la transition écologique ne peut se construire sans justice sociale. Et radicale, pour agir à la racine des problèmes en questionnant les mécanismes qui produisent les inégalités sociales et les déséquilibres environnementaux, plutôt que de se limiter à en corriger les conséquences. Nous n’avons pas la prétention de transformer seuls la société. Notre rôle, c’est d’être un catalyseur du changement.
Transformer l’indignation en action c’est un bon résumé du mindset de Biocoop et de son fonds de dotation ?
Oui… à condition de ne pas s’arrêter à l’indignation ! L’indignation peut être un formidable moteur. Mais à elle seule, ça ne transforme rien. Ce qui m’intéresse, c’est ce que nous décidons d’en faire. Comment passer d’une prise de conscience à une mobilisation collective ? Comment transformer une conviction en projet concret ? Comment accompagner les acteurs de terrain pour que leurs initiatives produisent des changements durables ? J’ajouterais une dimension essentielle à votre formule : transformer l’indignation en action collective. Car l’indignation nous met en mouvement, mais c’est la coopération qui nous permet d’aller plus loin.
C’est aussi un leitmotiv qui matche avec votre formation et votre parcours !
Mon fil conducteur pourrait se résumer à une interrogation : comment mettre les compétences, les organisations et les ressources au service de l’intérêt général ? J’ai d’abord suivi un premier cycle de droit à Paris 1 qui m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de nos institutions, les règles qui organisent notre société et les rapports entre les différents acteurs. Je me suis ensuite orientée vers la gestion de projets culturels, où j’ai découvert le mécénat et la philanthropie et la manière dont ils pouvaient mobiliser des ressources et créer des passerelles entre différents acteurs au service de projets d’intérêt général. Ma formation en management à l’IAE m’a quant à elle permis d’élargir cette réflexion à la responsabilité des organisations et à leur contribution aux grands enjeux sociaux et environnementaux. Dans mes fonctions, je suis constamment amenée à articuler différentes logiques, à construire des partenariats et à rechercher des solutions collectives. Paris 1 m’a appris à penser le monde dans sa complexité et mon parcours professionnel m’a ensuite permis de chercher comment agir concrètement et collectivement pour contribuer à sa transformation. Il m’a aussi appris que l’engagement ne se résume pas à une intention. Il nécessite des compétences, de la méthode, des moyens et une véritable capacité à travailler avec les autres. Je crois d’ailleurs profondément à la force du collectif : je n’ai jamais cherché à changer le monde toute seule, je cherche à contribuer, avec d’autres, à faire évoluer ce qui peut et doit l’être.
Contact : d.habbas@biocoop.fr