interview Valérie Valton
Dolphinesse - Splendeur Nature

Valérie Valton : de la tech aux dauphins, itinéraire d’une reconversion engagée

Un MBA en poche, une carrière dans les startups à l’international : une trajectoire toute tracée… Jusqu’au jour où Valérie Valton a tout quitté pour retrouver ses aspirations profondes. Aujourd’hui éthologue et fondatrice de Dolphinesse, elle œuvre à la préservation des cétacés et à la sensibilisation du public au tourisme animalier responsable. Portrait.

Pendant plus de dix ans, Valérie Valton a évolué dans l’univers effervescent des startups high-tech. Diplômée de Sup de Co Rennes, elle complète son parcours par un MBA en business international en Australie, avant d’embrasser une carrière prometteuse dans des structures innovantes à l’international. « J’aimais particulièrement l’énergie du développement, le côté pionnier des startups » se souvient-elle. Mais après une décennie à gravir les échelons dans un monde ultra-compétitif, un vide s’installe. « Aller plus haut ne m’intéressait plus. J’avais fait mes preuves, mais je ne me sentais plus alignée. » Valérie quitte son poste et prend le temps de réfléchir à ce qu’elle souhaite réellement apporter au monde. « Quand on évolue dans le milieu des cadres parisiens, on est pris dans un tourbillon. J’avais besoin de me recentrer, de comprendre qui j’étais, ce que je voulais vraiment. » Elle replonge alors dans ses souvenirs d’adolescente. Une fascination intacte pour les animaux, une passion pour la nature, et un rêve d’enfant : devenir la nouvelle Nicolas Hulot. Le déclic surgit en remontant le fil de ses voyages. Elle repense à un moment marquant : une sortie en mer en Australie où, après avoir visité un delphinarium, elle croise le lendemain des dauphins sauvages. « Ce contraste m’a bouleversée. » Quelques années plus tard, elle s’envole pour Hawaï, où un dauphin vient spontanément jouer avec elle dans l’océan. « J’étais fascinée, ce lien avec un animal sauvage m’a profondément transformée. »

(Re)naissance d’une vocation

De cette rencontre naît une vocation. Pendant dix ans, Valérie parcourt le globe pour mieux comprendre les interactions possibles entre humains et animaux sauvages. Elle observe, apprend, documente. Et découvre aussi l’envers du décor : un tourisme animalier souvent mal encadré, trop intrusif, parfois violent. « Beaucoup de voyageurs sont de bonne foi mais mal informés. Il faut lever le voile sur les pratiques nuisibles, sensibiliser, former. » Elle crée en 2015 Splendeur Nature, une association dédiée à la défense d’un tourisme animalier éthique. En parallèle, elle retourne sur les bancs de la fac pour devenir éthologue, à l’université Paris-Descartes. Son objectif : ancrer ses actions dans une vraie démarche scientifique. Progressivement, elle fonde Dolphinesse, une entreprise à impact qui organise des expéditions responsables pour partir à la rencontre des mammifères marins. « Ce sont des vacances, oui, mais des vacances engagées. L’idée est de provoquer l’émerveillement, puis d’amener à la prise de conscience. » Dans certains séjours, les participants sont formés à l’éco-volontariat et contribuent à la collecte de données de terrain.

Préserver Sataya, et bien plus encore

Le site de Sataya, au sud de l’Égypte, est devenu l’un des terrains d’action majeurs de Valérie. Un lieu exceptionnel, riche d’une colonie de grands dauphins, mais mis à mal par le tourisme de masse. « J’y vais chaque année. J’ai vu les dérives, les pressions. » Depuis sept ans, elle y mène un projet de préservation ambitieux. L’enjeu : mettre en place des règles durables avec les autorités locales pour protéger les cétacés tout en permettant une activité touristique encadrée. « On vient tout juste d’ouvrir le dialogue avec le gouvernement. Il faudra encore plusieurs années pour aboutir, mais c’est un combat essentiel. » Dans ce parcours de reconversion hors normes, Valérie a su réconcilier ses compétences en gestion, acquises dans sa « première vie », avec ses aspirations profondes. « J’ai créé ma propre case, car elle n’existait pas ! Et aujourd’hui, je suis enfin à ma place. » D’où son conseil à celles et ceux qui s’interrogent sur leur avenir : « allez au bout de vous-même, mais pas n’importe comment. Capitalisez sur vos expériences, osez sortir des cadres. Le monde de demain a besoin d’initiatives hybrides, de profils atypiques. »