Quand on parle santé, les jeunes qui veulent s’orienter voient en premier lieu les soignants qui sont les plus visibles : médecins, pharmaciens, infirmiers, et même vétérinaires. Les ingénieurs sont dans l’ombre, forçats créatifs au service de la production pharmaceutique et du diagnostic.

 

La pandémie actuelle nous démontre qu’ils ont beaucoup à faire, que les métiers du « care » sont indispensables, et que les jeunes nés depuis l’an 2000 ne sont pas « nés trop tard, dans un monde trop vieux ». ParcourSup attend donc ceux qui veulent guérir le monde. Il y a deux voies. Celle de la lumière, celle de l’ombre. Les deux voies sont les deux facettes d’une même pièce d’or, celle de notre santé, de notre longévité, de notre qualité de vie.

Au pays de la santé, les soignants sont la lumière et les ingénieurs l’ombre

La France applaudit les soignants depuis le 18 mars dernier à 20h. Médecins, pharmacien.ne.s, infirmier.e.s, et même vétérinaires sont devenus les emblèmes de la lutte contre une pandémie virale.

La France a pensé à applaudir les autres professions impliquées pour nous permettre de supporter le confinement que depuis quelques jours. On a ajouté aux soignants, les enseignants, ce qui a fait, soi-dit en passant, très plaisir à mon corps professoral, les caissiers et caissières, les éboueurs, et tous ceux qui travaillent pour maintenir un brin de fonctionnalité dans un pays qui compte maintenant 8 millions de télétravailleurs, 7 millions de chômeurs partiels et des travailleurs actifs dans les sites de production et de distribution.

Les ingénieurs et avec eux les ouvriers et employés des usines sont restés dans l’ombre.

On a vu les personnes visibles au quotidien, et oublié ceux qui leur permettent de rayonner

En ce mois de mars, la France n’a pas pensé aux ingénieurs, pourtant au front avec leurs ouvriers et employés, dans les usines, fabriquant nos produits alimentaires de première nécessité, produisant les médicaments qui pourraient manquer, changeant les productions de parfums pour fabriquer du gel hydroalcoolique, se débattant avec une logistique chaotique pour trouver des matières premières et distribuer les produits, veillant à la qualité sanitaire des produits, inventant des tests de recherche des virus en surface des produits, déployant en urgence les plateformes de télémédecine pour que les médecins de ville puissent continuer leurs consultations pour nous traiter sans nous exposer au danger, imaginant enfin, comme on l’apprend dans les cours de conception et de design industriel, le détournement de masques de plongée pour réussir en un temps record à bricoler les respirateurs tant attendus, ou encore l’impression 3D de masques de protection « à faire chez soi ».

Les ingénieurs sont les écuyers des chevaliers de la santé

Nous avons oublié les ingénieurs car on occulte l’usine. On oublie que chaque produit, fusse-t-il de santé, a été conçu en équipe, à l’écoute des soignants, et des patients, puis ingénieusement et patiemment fabriqué, en intégrant les contraintes technico-économiques. Des outils de microchirurgie, si ergonomiques, à la thérapie génique, de l’antiviral au vaccin, chercheurs, soignants et ingénieurs sont main dans la main.

Dans les coulisses du développement de formes pharmaceutiques acceptables, pour lesquelles l’Ecole de Biologie Industrielle a reçu le prix de l’Académie de Pharmacie en 2019, de méthodes de diagnostic non invasif, de dispositifs médicaux pour nous aider à vivre, même en ayant perdu quelques facultés, d’implants de reconstruction tissulaire ou osseuses, de l’analyse des modes d’action des médicaments, et des traitements de l’air et de l’eau pour nous permettre de vivre l’hôpital sans maladies nosocomiales, il y a l’ingénieur. Ou l’ingénieure, le plus souvent, puisque 60 à 80% des ingénieurs des secteurs de la santé sont des femmes. Des femmes qui choisissent de s’engager car leur métier fait sens.

Quand un jeune est attiré par le secteur de la santé, il se voit avant tout guérir le monde

Depuis 15 ans, chaque nouvelle promotion de l’Ecole de Biologie Industrielle doit répondre à un questionnaire. Il se termine par une question, celle du génie qui fait réussir sa vie professionnelle . Un génie à un seul vœu : guérir le monde, nourrir le monde, être le premier, découvrir, rendre le monde beau, intelligent, ou juste, connecter les personnes, ne rien changer… Invariablement, nos jeunes, depuis 15 ans proclament leur génie. Et nous faisons le décompte dans les top 3 des moteurs : nourrir, guérir, combattre l’injustice. A chaque futur ingénieur son objectif, à chaque promotion son moteur dominant. L’ancrage dans les valeurs aide à commencer des études longues et permet de faire briller une étoile dans son ciel de carrière.

Les secteurs de la santé permettent de lier quête du sens et quête de sous

Vouloir mettre du sens dans sa vie, et la gagner correctement. Est-ce possible ? C’est un dilemme d’aujourd’hui et un dilemme d’étudiant de toujours. Tous les jeunes entendent que choisir c’est renoncer, que le monde industriel n’est pas un monde de bisounours, et que les études sont un paradis doré qu’on ne retrouvera qu’à la retraite, après 45 années d’une carrière difficile, pleine d’embûches, qui vous emmènera peut-être dans les fossés de l’oubli de vos valeurs.

Au cœur du secteur de la santé, si varié, si facétieux, si plein de personnalités diverses, du chercheur au chirurgien, du céramiste au prothésiste, du mécanicien au kinésithérapeute, du chercheur au laborantin, de l’informaticien au téléconsultant, du galéniste au pharmacien, du biologiste moléculaire au génopole, l’ingénieur tient, dans l’ombre de l’opéra, la baguette du chef d’orchestre.

Alors on l’applaudit.

A la fin de l’œuvre, quand on s’en va, guéri et enchanté, quittant la salle de spectacle comme on déconfine.

Demain à 20h, pensez aussi dans votre cœur… aux ingénieurs !

 

Auteure

Florence Dufour : Directrice fondatrice de l’EBI, membre du bureau de la CTI et présidente de la commission formation et société, VP du concours Puissance Alpha © EBI

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Florence DUFOUR

Directrice générale et fondatrice de l’Ecole de Biologie Industrielle

Chevalier de la Légion d’Honneur