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SpaceSense : la responsabilité sociétale de l’entrepreneur

Sami Yacoubi, cofondateur de SpaceSense, inaugure le partenariat entre le centre d’entrepreneuriat de l’Ecole polytechnique et Monde des Grandes Ecoles et Universités avec sa tribune sur le rôle de l’entrepreneur comme un générateur de valeur mais aussi, un acteur du développement de la société.

 

SpaceSense entrepreneur
Sami Yacoubi, cofondateur de SpaceSense

Il y a deux ans, avec mon associée Jyotsna Budideti, nous avons lancé SpaceSense. L’idée était simple et séduisante : combiner des images satellites avec de l’intelligence artificielle et en extraire des informations pour des industries comme l’agriculture, l’assurance ou la gestion environnementale. Nous voulions lancer ce projet car nous y voyions un potentiel économique. Mais c’était aussi pour nous un moyen d’avoir un levier d’action sur le changement climatique. Ces deux technologies étaient majoritairement utilisées dans les industries militaires et pétrolières alors que les acteurs qui pourraient avoir besoin d’utiliser l’imagerie pour un impact environnemental n’en ont pas les moyens.

Démocratiser l’accès aux informations issues d’images satellites nous paraissait un bon moyen d’apporter notre contribution. En créant SpaceSense, nous avons donc infusé cette mission au sein de l’ADN de l’entreprise, avec pour ambition qu’elle guide toujours notre stratégie. Et ce n’est pas toujours simple.

L’entrepreneur : un acteur sociétal

Les premières années d’une entreprise sont toujours chaotiques. Les efforts de leurs créateurs sont entièrement dédiés à l’atteinte d’un business model stable et pérenne, souvent sans grande considération pour les impacts extra-financiers de ce qu’ils sont en train de construire. Dans cette culture actuelle de glorification de l’entrepreneur, il est facile de se concentrer sur les levées de fonds, les exits et les success stories plutôt qu’essayer de comprendre quel effet la solution développée aura sur son environnement. Dès lors, cela réduit l’entrepreneur au rôle de « générateur de valeur », occultant alors son rôle le plus important : celui d’un « façonneur de société ».

 C’est pourquoi je suis convaincu que toute startup devrait essayer d’aligner ses enjeux financiers avec des enjeux sociaux ou environnementaux le plus tôt possible et faire apparaître cela dans la roadmap de l’entreprise. Avec une confiance dans les institutions publiques basse (comparée à nos voisins européens), l’entrepreneuriat est une formidable opportunité alternative comme vecteur de changement. C’est également une responsabilité. Les enjeux sont propres à chaque entreprise, mais leur inclusion dans la roadmap devrait se faire le plus rapidement possible dans tous les cas.

L’impact global de sa démarche entrepreneuriale comme ADN

Certains d’entre vous pourraient ici voir une définition de l’Economie Sociale et Solidaire (E.S.S.), mais c’est plus large que ça. L’objectif n’est pas de limiter la croissance des entreprises ou d’avoir uniquement une finalité d’intérêt général. Il s’agit d’avoir un véritable impact sociétal en plus d’un développement commercial. Il y a évidemment une proximité avec les préceptes de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) que développent les grands groupes. Mais, en tant qu’entrepreneurs, nous avons l’opportunité d’introduire ces enjeux au cœur de l’ADN de l’entreprise, et ainsi éviter cet effet « greenwashing » qu’on peut voir chez beaucoup d’entreprises plus matures.

L’impact sociétal est un concept fluide sans définition fixe, mais on peut identifier les grands axes qui lui sont intrinsèques. Ils sont pour moi bien encapsulés dans les piliers du Mouvement Impact France, un (super) groupement d’entrepreneurs et dirigeants qui « encouragent un nouveau type d’entreprises qui se développent en préservant le capital social et écologique de l’humanité ». Leurs axes sont:

  • Impact social : En interne avec ses salariés mais aussi en externe avec toutes ses parties prenantes.
  • Impact écologique : En menant une véritable réflexion sur l’empreinte écologique de l’entreprise, et des actions à mettre en place.
  • Partage de la valeur : Au travers de démarches d’ouverture de la valeur aux employés, avec des pratiques financières équitables.
  • Partage du pouvoir : À l’aide d’une gouvernance éthique, transparente et paritaire.

Il est complexe pour une jeune entreprise de s’attaquer à ces quatre axes en même temps. Je suis cependant convaincu qu’inclure un de ces axes dans son développement est non seulement nécessaire, mais bénéfique.

Porter et apporter de la valeur

La question qui suit naturellement pour chaque entrepreneur est : quelle valeur cela va apporter ?

Tout d’abord, on ne peut négliger la portée morale et psychologique d’un tel engagement. Il est satisfaisant de se dire que notre objectif professionnel peut avoir un impact positif sur le monde. L’alignement de notre vision entrepreneuriale et de nos valeurs personnelles permet alors de donner un sens profond à notre motivation.

De façon plus concrète, cela a un impact fort sur les recrutements, la qualité de vie au travail et parfois aussi sur les clients. Je ne vais pas rentrer dans le détail car ce sujet a déjà été abordé de nombreuses fois, mais il est logique qu’un employé en accord avec les valeurs et la mission de l’entreprise va être plus investi, plus efficace et plus fidèle à l’entreprise.

Cela peut même avoir un intérêt pour les financements. Le nombre de fonds d’investissement « à impact » a explosé ces dernières années, et ces sujets sont souvent d’actualité, ce qui permet d’avoir plus de couverture médiatique. Les initiatives de financement public à destination des entreprises « vertueuses » sont aussi en forte augmentation.

Un exemple francophone que j’apprécie tout particulièrement est celui d’Alan. La startup d’assurance a mis en place une méthode innovante de gestion des congés, basée sur la responsabilisation du salarié. Ce ne sont ni les premiers, ni les plus avancés, mais la création de ce genre d’initiatives au sein d’une startup en forte croissance est la preuve qu’on peut innover sur des enjeux sociaux tout en ayant un développement commercial fort.

>>> A lire aussi : étudiants-entrepeneurs, ils ont créé leur job

ADN et impact quotidien de l’entrepreneur

Au quotidien, c’est bien évidemment un précepte difficile à appliquer, surtout quand on a des urgences opérationnelles ou la pression d’investisseurs. Mais, c’est d’autant plus une raison pour le mettre en place dès le début, et le faire entrer dans l’ADN de la structure. Cela devient naturel pour les employés, et ça permet aux fondateurs de ne pas avoir à porter tout le poids du sujet.

Chez SpaceSense, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, mais nous avons pu mettre en place plusieurs démarches dont nous sommes fiers. Grâce à notre recrutement, nous avons une équipe très diverse et des valeurs environnementales communes fortes. Nous avons pu transformer ça en démarches concrètes vers l’externe, comme une librairie Open Source, et également en interne, où certains axes de développement stratégiques sont pilotés par les employés. Notre mission n’a pas changé. Nous sommes en bonne voie pour faire de l’imagerie satellite une technologie plus accessible, une étape cruciale pour mieux comprendre et agir contre le changement climatique.

La bonne nouvelle, c’est que cette vision est de plus en plus partagée par les jeunes entrepreneurs. J’espère donc que dans les prochaines années nous allons voir l’apparition de plus en plus de jeunes entreprises pour qui développement économique va main dans la main avec développement sociétal.

 

En partenariat avec le centre d’entrepreneuriat de l’Ecole polytechnique, Monde des Grandes Ecoles et Universités donne la parole à des entrepreneur.e.s qui ont bénéficié de leurs programmes. Ces femmes et ces hommes, dont vous découvrirez les entreprises dans les prochains mois, auront carte blanche pour évoquer un sujet qu’ils souhaitent mettre en avant.

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