interview Aude Jourdan-Fraysse SNCF Voyageurs
Train TER Auvergne Rhône-Alpes en gare © SNCF Voyageurs

SNCF Voyageurs : derrière chaque train, une mécanique de précision – L’interview de Aude Jourdan-Fraysse

À la tête du Technicentre TER Auvergne-Rhône-Alpes de SNCF Voyageurs, Aude Jourdan-Fraysse (Toulouse INP-ENSIACET 01) pilote 11 sites de production et près de 900 collaborateurs. Dans un monde ferroviaire en pleine transformation, maintenance, anticipation et transmission sont devenues des enjeux stratégiques.

interview Aude Jourdan-Fraysse SNCF Voyageurs
© SNCF Voyageurs

Hausse du trafic, nouvelles rames, exigences de ponctualité, ouverture à la concurrence… Le ferroviaire traverse une période de transformation accélérée. Et derrière chaque train à l’heure, tout un système doit continuer à avancer sans jamais s’arrêter. « Il n’y a pas d’exploitation de trains sans maintenance associée » rappelle Aude Jourdan-Fraysse, Directrice du Technicentre TER Auvergne-Rhône-Alpes chez SNCF Voyageurs. Avec 340 matériels roulants et 11 sites de production, le Technicentre AURA fonctionne d’ailleurs à très grande échelle. D’autant que les équipes doivent gérer près de 15 technologies différentes, tout en adaptant les ateliers à l’arrivée de nouveaux trains. À Clermont-Ferrand comme à Saint-Étienne, de nouveaux ateliers sont actuellement en construction. « Ça vous donne une idée de la complexité qu’il y a à conduire des travaux de grande ampleur dans un site qui continue à produire de la maintenance tous les jours, afin de permettre aux trains de continuer à circuler. » Car plus les trains roulent, plus les opérations de maintenance s’enchaînent. Et plus la pression monte sur les ateliers, les compétences et les organisations.

Anticiper, décider… et garder les trains en mouvement

Dans un technicentre, une décision prise le matin peut avoir des conséquences immédiates sur l’exploitation quelques heures plus tard. « Nous avons la responsabilité de la qualité de production et de la qualité de service que nous produisons tous les jours pour nos clients » explique la dirigeante. Il faut aussi préparer l’avenir. Construire un atelier ou préparer l’arrivée de nouvelles rames se joue plusieurs années à l’avance. « Il y a toujours le temps du débat. Puis vient le temps de la décision ! » confie-t-elle. Pour Aude Jourdan-Fraysse, un manager doit, de fait, savoir garder « les pieds bien ancrés sur terre » tout en prenant suffisamment de recul pour préparer les transformations à venir. Dans cette industrie où la performance immédiate compte autant que la robustesse sur le long terme, le doute fait aussi partie du métier. « Tant qu’on n’a pas bouclé le retour d’expérience et conclu à la pertinence de la décision, il y a toujours un doute » insiste-t-elle.

« La légitimité passe très souvent par la technicité »

Dans les technicentres, la légitimité se construit souvent sur le terrain. Après 25 années passées chez SNCF dans les métiers du matériel, Aude Jourdan-Fraysse a tiré une conviction forte : « la légitimité passe quand même très souvent par la technicité. » Pour elle, la crédibilité se construit d’abord au quotidien, au contact des opérateurs et des managers. Mais la technique ne suffit pas. Au fil des années, la dirigeante a aussi appris l’importance de la parole et du leadership. « Le choix des mots est extrêmement important pour traduire finalement les convictions et le leadership que doit porter le chef d’établissement. » Elle insiste aussi sur un point encore rarement assumé dans l’industrie : le droit à l’erreur. « La plus grande des erreurs serait de ne pas se jeter à l’eau sur un poste à plus forte responsabilité » indique-t-elle d’ailleurs. D’autant que dans l’entreprise, la transmission passe par le parrainage, le partage d’expérience et le travail en binôme entre managers expérimentés et jeunes recrues. Une manière de transmettre les codes du terrain aux nouvelles générations.

Être utile ou être influent : faut-il vraiment choisir ? « Notre première utilité, c’est de faire tourner une boutique et d’être au rendez-vous de nos clients. La seconde, c’est de permettre à nos collaborateurs de grandir et de s’épanouir. Et la troisième, c’est d’apporter une vision qui contribue à la transformation de l’entreprise et de la branche ferroviaire. À ces trois niveaux, il y a forcément besoin de développer une forme d’influence. Ce sont des formes d’influence différentes, mais nécessaires pour nourrir la performance du système et garantir notre utilité au quotidien. »

Chiffres-clés : 430 rames / 900 agents / 11 sites

Contact : aude.jourdan-fraysse@sncf.frdamien.devillers@sncf.fr