Parce qu’on ne voit plus le travail comme un facteur purement économique mais bien aussi comme une source d’engagement et d’épanouissement, l’équation travail / citoyenneté / engagement est plus que jamais cruciale pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail. Mais comment les recruteurs mettent-ils leur stratégie de marque employeur au diapason de ce triptyque fatidique ?

 

DES CHINEURS ENGAGÉS

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© Jean-François Lange

Plan de carrière, rémunération, international, RSE, conciliation vie privé / vie professionnelle… sont autant d’arguments utilisés par les recruteurs pour attirer les jeunes talents dont ils ont besoin. Une démarche qui a poussé la Chaire « Nouvelles Carrières » de NEOMA Business School à s’interroger sur ce qu’attendaient vraiment les jeunes diplômés vis à vis d’une entreprise en début de carrière. Et contrairement aux idées reçues, « ce sont des chineurs qu’on prend pour des shoppeurs ! » affirme Jean Pralong, Responsable de la Chaire. « Les entreprises pensent à tort qu’ils se comportent face à l’emploi comme un consommateur face à un magasin : avec versatilité et un degré d’engagement limité. En réalité, ce sont de vrais chineurs qui cherchent dans l’entreprise un emploi pérenne qui résonne avec leur identité. » S’ils ont une vraie volonté de s’y installer de façon durable, des débuts de carrière souvent ponctués de stages et de CDD leur apprennent plutôt à développer une forme d’engagement modéré vis à vis de leur employeur. La solution, arrêter de faire rimer marque employeur et publicité. « Ils ont besoin de faits et d’engagements, d’une description précise et concrète de leur travail quotidien et d’une vision réaliste de leur trajectoire dans l’entreprise. » Mais alors qu’en est-il de l’engagement citoyen et de la RSE qu’on dit si chers aux jeunes diplômés ? « C’est important bien sûr mais ça reste secondaire : on ne se lève pas le matin en se demandant ce que son entreprise va faire en matière de RSE mais bien en se demandant en quoi son travail va être intéressant » conclut-il.

ETUDIANT CITOYEN : UN PLUS POUR S’ÉPANOUIR, UN PLUS POUR RÉUSSIR

Parce que de plus en plus d’étudiants s’investissent dans des actions solidaires et citoyennes (notamment au travers d’associations étudiantes très actives), la question de la valorisation de leur engagement dans l’obtention de leurs diplôme est plus que jamais d’actualité. Le think tank étudiant Cartes sur Table a d’ailleurs récemment publié un rapport intitulé « L’ouverture sociale autrement. Promouvoir l’engagement citoyen étudiant » qui formule plusieurs propositions : inclure l’engagement citoyen dans le projet pédagogique des écoles et universités (à l’image des services learning allemands), le valoriser concrètement par l’obtention de crédits ECTS et mettre en place une Agence de l’engagement citoyen au niveau européen. Certaines universités poursuivent d’ailleurs déjà cet objectif. C’est notamment le cas de la Sorbonne qui a instauré la bonification des engagements citoyens et / ou solidaires, bénévoles et non culturels et de l’Université Claude Bernard Lyon 1 qui a mis en place une UE Engagement citoyen.

COMMENT AGIR EN CITOYEN DANS SON ENTREPRISE ?

Par le mécénat de solidarité ou de compétences. C’est le cas notamment du reverse mentoring de plus en plus utilisé par les entreprises dans le domaine du numérique. De jeunes collaborateurs rompus aux codes du digital initient leurs ainés (parfois même des top managers) aux TIC dans une optique intergénérationnelle de partage, d’optimisation des compétences, d’échange d’expériences et de réseau. Par le mécénat citoyen. L’entreprise propose à ses collaborateurs de participer à des actions en faveur de la lutte contre l’exclusion, de la protection de l’enfance, de l’insertion des jeunes ou des seniors, de l’inclusion des personnes en situation de handicap, de la promotion de la mixité et de la représentativité des femmes…
Par les congés solidaires. L’entreprise permet à ses salariés de participer à des missions à l’étranger pour mettre leurs compétences professionnelles et / ou personnelles au service de causes qui dépassent la sphère de leur travail. Certaines entreprises font même de cet engagement salarié et citoyen une marque de fabrique. C’est notamment le cas de SFR et de son statut de collaborateur citoyen créé en 2006 qui permet aux salariés de s’engager dans une association pendant leur temps de travail.

A L’UTC, LES ÉTUDIANTS DE 1ÈRE ANNÉE SONT TOUS UNIS POUR LA CITÉ

Projet collectif né en 2013 à l’initiative de l’UTC, des étudiants et de la ville de Compiègne, Tous Unis pour la Cité (TUC) a pour objectif de créer un lien fort et durable entre les étudiants et les habitants par la réalisation commune de chantiers citoyens sur des thématiques aussi diverses que l’environnement, la rénovation du patrimoine public, le devoir de mémoire, le handicap ou encore l’aménagement et l’entretien d’espaces verts. Pendant une journée, les étudiants bénévoles de 1ère année encadrés par leurs camarades relèvent les défis qui leur sont lancés par les entreprises, les associations et les entreprises partenaires. Une manière aussi originale que porteuse de sens de s’intégrer dans leur établissement et dans la ville. En parallèle, un village citoyen rassemblant l’ensemble des partenaires du projet est installé sur le parvis de l’UTC pour sensibiliser l’ensemble des étudiants à des questions citoyennes qui font écho à leurs activités comme le tri des déchets ou la sécurité routière par exemple.

SKEMA FOR PARIS : LE RÉFLEXE CITOYEN DES ÉTUDIANTS APRÈS LES ATTENTATS

JDE N°78 p1-112Directement touchés par les attentats du 13 novembre, les étudiants des 6 campus de SKEMA Business School se sont mobilisés dès le lendemain pour rendre hommage aux victimes. Sous la bannière « SKEMA with Paris », les actions se sont multipliées sur les campus : vente de t-shirts, lâché de colombe, vente de gâteaux… : après plusieurs semaines intensives, 6 745.89 € ont été récoltés grâce à la mobilisation des campus de Lille, Paris et Sofia Antipolis. Une somme remise avec émotion aux Pompiers de Paris en mars dernier.

VERS UN ENGAGEMENT CITOYEN OBLIGATOIRE POUR TOUS LES JEUNES ?

Suite aux récents événements, les pouvoirs publics ont montré une forte volonté de généraliser l’engagement citoyen chez les jeunes. Une volonté qui s’exprime d’abord par l’annonce de la refonte de l’Agence du Service Civique. Rebaptisée Haut-commissariat à l’Engagement, cette nouvelle institution dotée, à termes, d’un budget d’1 milliard € devrait accueillir 350 000 jeunes par an d’ici 2018. Une généralisation de l’engagement des jeunes également favorisée par la création d’un parcours citoyen proposé aux élèves du Primaire à la Terminale et par la distribution, dès la rentrée 2016, d’un « livret citoyen « permettant aux jeunes de recueillir et de valoriser les actions citoyennes qu’ils ont menées de 16 à 25 ans. L’obligation de la réalisation d’heures d’engagement citoyen pendant les études supérieures est quant à elle encore réflexion.

CITOYENNETÉ ET LAÏCITÉ

Si en France la laïcité est de mise dans tous les lieux publics, comment l’entreprise appréhende-t-elle cette question dans une période où le fait religieux déchaine plus que jamais les passions ? En effet, selon une récente enquête menée par l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise (OFRE) et Randstad, le nombre de conflits sur la laïcité a doublé en 1 an dans la sphère professionnelle et 23 % des managers traitent même régulièrement des cas liés à des questions religieuses au travail. Une remise en cause de l’entreprise comme lieu du vivre ensemble ? Une question qui se pose également dans la sphère de l’enseignement. L’existence des 1 000 ambassadeurs de la laïcité qui ont été formés pour intervenir auprès des enseignants, ne peut-elle pas être interprétée comme une certaine remise en cause des fondements de la mission républicaine des enseignants ?

CW.