A L’OCCASION DE SON DOSSIER SPÉCIAL FEMMES, GRANDES ECOLES ET UNIVERSITÉS MAGAZINE A DONNÉ LA PAROLE À DEUX LYCÉENNES, RAPHAËLLE ET JEYNABE, ET À TROIS JEUNES PROFESSIONNELLES DIPLÔMÉES DE MINES PARISTECH POUR ARMANDE, ESCP EUROPE POUR MÉLANIE ET UCP POUR CHRISTELLE. 15 ANS LES SÉPARENT ET POURTANT ELLES PARTAGENT DE NOMBREUSES QUESTIONS ET ANALYSES SUR LEUR AVENIR ET LEUR PLACE DANS LA SOCIÉTÉ EN TANT QUE FEMMES. ELLES ENTENDENT BIEN DÉJOUER LES STÉRÉOTYPES QUI POURRAIENT LES FREINER DANS LEUR RÉALISATION.

© Brainpencil - Fotolia

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Eduque t-on les filles comme les garçons en 2014 ? A première vue oui, mais des réflexes inconscients liés à des stéréotypes culturels s’expriment parfois dans les mots ou intentions des parents et prescripteurs. Avoir envie de faire un métier de passion comme Raphaëlle (créatrice de mode) ou Jeynabe (chirurgienne) simplifie les interrogations liées à l’orientation. « J’ai déjà identifié l’école que je vise à Londres, confirme Raphaëlle. Je me suis beaucoup renseignée car j’ai su très tôt ce que je voulais faire. »

 

Réussir par soi-même
Cela n’empêche pas d’être réaliste comme l’explique Jeynabe qui a de nombreux médecins dans sa famille, « une de mes cousines qui était excellente au lycée a arrêté médecine. Je sais que c’est un cursus difficile. » La mode est aussi une histoire familiale chez Raphaëlle. « Mon père est photographe de mode et le premier critique de mes créations. Il m’encourage à me débrouiller toute seule, et c’est ce que je veux, percer dans le milieu sans l’aide de mes parents. » Mélanie se souvient que jeune fille elle était déterminée « à faire de bonnes études qui m’ouvriraient les portes d’un grand groupe. » Issue d’un milieu « plutôt conventionnel » ses parents l’encouragent à faire une prépa car elle est bonne élève. « Mais je ne me retrouvais pas dans ce schéma j’avais envie d’autonomie, d’aller à Paris ! » Mélanie ne perd jamais son objectif de vue et construit son projet d’études pas à pas : elle intègre d’abord l’UFR éco-gestion de la Sorbonne, rejoint Dauphine et termine son cursus à ESCP Europe. « J’ai toujours saisi les opportunités qui se présentaient et surtout je ne me suis jamais fermé de portes. »

 

Besoin d’indépendance
Armande a suivi un cursus « classique » de bonne élève : prépa et école d’ingénieurs. « J’hésitais entre médecine et ingénierie. Mon désir d’autonomie, de travailler au plus vite, de liberté, m’a poussée vers ce cursus, qui en outre mène à un large choix de métiers. » L’indépendance est aussi une aspiration de Christelle. En Terminale, elle ne sait pas trop ce qu’elle veut faire. « A deux semaines des inscriptions, un peu par défaut j’ai opté pour l’université. » Restait à déterminer quelle filière intégrer. Christelle se rend aux JPO de l’UCP et découvre le droit constitutionnel. « J’ai eu un coup de coeur ! Le fait de devoir être autonome à la fac m’a aussi beaucoup plu. »

 

Aimer ce que l’on fait
« C’est un moment angoissant de se demander ce que l’on fera de sa vie, constate Armande. Il ne faut surtout pas restreindre son horizon et ses choix. » Elle conseille de se renseigner auprès de professionnels pour confronter son idée d’un métier à une réalité. « Il ne faut jamais cesser d’être attentive à ce qui nous fait vibrer. » Christelle ajoute que l’on « passebeaucoup de son temps au travail, il faut donc aimer ce que l’on fait. C’est une question d’efficacité et d’épanouissement. »

 

Les filles sont meilleures que les garçons, oui mais
Elles ne sont pas toujours considérées pour autant comme ayant le même potentiel comme l’a ressenti Armande. « J’étais en tête de classe mais mon prof de maths m’a déconseillé d’aller en prépa car “ ce sont des fous tu ne tiendras pas “, comme s’il considérait que j’étais au maximum de mes capacités au lycée ! En prépa, c’est dur pour tout le monde, mais les professeurs ne font pas de différence. Leur objectif est que nous réussissions tous les meilleurs concours. »

 

Rôles modèles
Mélanie sait que fonder une famille induit des changements. « Je veux concilier ma vie professionnelle et ma vie personnelle. C’est une question de priorité et surtout d’organisation. Je suis dans un groupe féminisé. Voir des dirigeantes donne confiance, on se dit que c’est possible.»

 

Pas toujours une sinécure
Désireuse d’entrer dans la vie active, Christelle décide de suivre son M2 en apprentissage. « Le premier entretien de ma vie s’est bien déroulé jusqu’à ce que mon futur directeur me dise que je possédais toutes les qualités d’un bon juriste et que mon seul défaut était d’être une femme ! Je l’ai remercié de l’avoir remarqué et ai compris qu’il avait voulu me provoquer pour voir ma réaction. Il m’avait mise au défi, je voulais lui montrer que j’étais compétente et tout s’est bien passé. »

 

Management « maternel »
La manière de se tenir, d’interagir avec les autres, tout compte pour s’affirmer dans sa fonction et gagner sa légitimité professionnelle. Dans un environnement d’hommes plus âgés, Mélanie s’est attelée « à occuper le terrain tout de suite. » Armande a travaillé comme ingénieur contrôle de procédés en usine et a formé des techniciens. « J’ai abordé ma mission de manière humble car j’étais face à des personnes expérimentées. J’ai réfléchi à ce que je pouvais leur apporter et eux à moi, et ça été payant. Je pense qu’un homme se serait posé moins de questions. Chacun doit trouver son style de management, or beaucoup pensent qu’une femme manager est telle un mère, là pour s’occuper de ses collaborateurs ! » Armande se dit aussi chanceuse car elle travaille dans un groupe attentif aux femmes.

 

Dépasser les stéréotypes
Jeynabe avoue n’avoir pas réfléchi à la problématique de la relation professionnelle entre hommes et femmes. « J’ai rencontré des femmes chirurgiennes et elles ne m’ont pas parlé de cette dimension. Elles m’ont dit que le métier supposait de l’autorité, de savoir décider. Depuis que je suis petite on me dit que je suis masculine, je me dis que j’arriverai à m’imposer… » Les préjugés, Raphaëlle les entend elle aussi, « une fille ne doit pas être trop extravertie, ne pas trop se mettre en avant. Lorsqu’on est ado, on a du mal à se positionner par rapport aux autres ; et ce genre de réflexions fait réfléchir. » Pour Raphaëlle, créer des vêtements pour les femmes n’est pas neutre. « Le vêtement peut contraindre ou libérer, il accompagne l’évolution de la société. La mode n’est pas quelque chose de superficiel. Pourtant c’est difficile à faire entendre. »

 

Etre plus solidaires
Jeynabe et Raphaëlle constatent que les filles sont dures entre elles. « Alors qu’on devrait être solidaires comme le font les hommes ! confirme Armande. Les femmes ont aussi deux vies à gérer. Elles vont à l’efficacité dans le travail et ont moins le temps de faire du réseau. »

 

Prendre confiance
« A se poser trop de questions, on finit par passer à côté d’opportunités, car dans l’entreprise on ne vous propose pas 3 fois une promotion », prévient Mélanie. Christelle qui vient de changer de poste a su dépasser son manque de confiance en acceptant une mission dont elle n’était pas sûre de maîtriser tous les aspects. « Je me suis lancée en me disant que j’allais apprendre sur le tas, et c’est ce que j’ai fait ! »

 

Qui sont-elles ?
MÉLANIE DEPRET BIXIO, diplômée de ESCP Europe, de la Sorbonne en éco-gestion, et d’un DEA en économie internationale de Paris-Dauphine, est responsable administratif et financier de SNCF Voyages Italia. Elle est membre du réseau SNCF au féminin.
CHRISTELLE BORCIER, diplômée de l’Université de Cergy-Pontoise, a réalisé son M2 Collectivités territoriales et politiques publiques en apprentissage. Elle est juriste marchés à la SEM 92.
RAPHAËLLE BELLANGER, élève en 1ère L au lycée Jacques Decour à Paris, est passionnée par la mode et souhaite devenir styliste.
ARMANDE LOUIS, diplômée de Mines ParisTech, est head of risk management team chez Air Liquide Global E&C Solutions. Elle est coach auprès d’élèves de 3e année de son école.
JEYNABE SIDIBÉ, élève en 1ère S au lycée Lavoisier à Paris, ambitionne de devenir chirurgienne.

 

A. D-F