Défense, spatial, dissuasion : derrière ces secteurs hautement stratégiques, certaines expertises restent largement invisibles. À la tête de Nuclétudes, Thibault Cheviron (ENSTA 05) travaille justement sur la robustesse des systèmes critiques face aux environnements extrêmes. Un univers où excellence technique et souveraineté se mêlent.

Depuis 60 ans, Nuclétudes évolue dans l’ombre des grands programmes stratégiques français. Filiale d’ArianeGroup, cette PME d’une centaine de collaborateurs accompagne les acteurs de la défense, du spatial ou du nucléaire civil sur un sujet aussi discret que crucial : garantir la survie des systèmes critiques face aux environnements extrêmes. « Nous sommes les garants invisibles de cette crédibilité » résume Thibault Cheviron. Concrètement, les équipes testent, simulent et qualifient des composants électroniques et des matériaux destinés à fonctionner malgré des agressions radiatives ou électromagnétiques sévères. « On ne peut pas faire voler un missile par un iPhone » image le dirigeant. Le défi : adapter la mise en œuvre des composants civils à des systèmes stratégiques soumis à des contraintes extrêmes. Une expertise devenue encore plus sensible avec les enjeux de souveraineté technologique et les tensions autour des chaînes d’approvisionnement.
« On ne vient pas travailler dans ces univers par hasard »
Cette culture de la rigueur traverse d’ailleurs l’ensemble du parcours de Thibault Cheviron. Marine Nationale, DGA, puis Nuclétudes depuis plus de 10 ans, sa trajectoire suit en effet le même fil rouge depuis toujours : les systèmes stratégiques. Une expérience l’a particulièrement marqué : ses années sur le bâtiment d’essais Monge, chargé du suivi des missiles stratégiques. « On ne verdit pas juste des cases dans un tableau Excel : on voit le missile arriver sur sa zone terminale avec toutes ses performances ! » raconte-t-il. Cette confrontation entre excellence scientifique et impact opérationnel reste d’ailleurs son principal moteur aujourd’hui : « On ne vient pas travailler dans ces univers par hasard » rappelle-t-il. Depuis sa nomination comme PDG en 2023, il accompagne aussi un changement d’échelle important. En une décennie, les effectifs de Nuclétudes sont passés d’une cinquantaine à plus de cent collaborateurs, sans diluer le niveau d’exigence. Pour relever le défi, Nuclétudes mise autant sur la transmission de ses experts que sur un recrutement « aligné sur les valeurs cardinales de la société dont la confiance et l’engagement ». Car derrière les technologies, il faut aussi transmettre une certaine culture de l’ingénierie.
Former des ingénieurs capables de gérer l’incertitude
Pour Thibault Cheviron, cette culture trouve une partie de ses racines à l’ENSTA. Loin des clichés sur l’ingénieur purement technicien, il insiste surtout sur la capacité à évoluer dans des environnements complexes. « L’ingénieur passe sa vie à gérer l’inconnu et l’incertitude. » Ce qu’il retient particulièrement de l’école, c’est l’approche systémique de l’ingénierie. « L’ENSTA nous apprend à modéliser le risque, à comprendre l’impact d’une variable sur l’ensemble d’une architecture et à décider dans des environnements complexes. » Il garde aussi un souvenir marquant de ses années sur les bancs de l’école, où un professeur d’automatique lui a donné le goût des systèmes complexes et du traitement du signal, disciplines devenues centrales dans son parcours. Aujourd’hui encore, il évoque une « humilité scientifique » propre aux profils ENSTA et une vision globale des sujets techniques. Des qualités recherchées chez Nuclétudes, qui recrute de jeunes ingénieurs sur des expertises rares. « Cette génération veut mettre son intelligence au service de missions concrètes, utiles et souveraines : elle pourra le faire chez nous ! » conclut-il.
Être utile ou être influent : faut-il vraiment choisir ? « Je pense que l’un nourrit l’autre. Mais si je devais fixer une hiérarchie, je dirais que l’utilité doit toujours être la cause et l’influence l’effet. L’ingénieur est, par essence, profondément utile. Il sécurise des infrastructures, des systèmes critiques, il rend la souveraineté possible à travers des actes techniques très concrets. Mais dans un monde de plus en plus technologique et instable, cette utilité silencieuse ne suffit plus. L’ingénieur doit accepter d’être influent et de porter sa voix. L’ingénieur du 21ème siècle doit être un leader influent. »
Chiffres-clés : 19 millions € de CA en 2025 / 105 collaborateurs
Contact : tcheviron@nucletudes.com