La Chine est devenue une place professionnelle presque comme les autres. Les diplômés de grandes écoles y exercent dans les mêmes entreprises et le même type de fonctions que dans tout autre pays. Le marché du travail chinois est aussi très différent par sa culture. Son accès est remis en question par un durcissement de la loi sur l’attribution des visas de travail.

 

Etudiants internationaux Centrale Paris

Etudiants internationaux Centrale Paris

 

 

Les opportunités professionnelles en Chine sont concentrées à Pékin, Shanghai et Hongkong ; ce qui n’exclut pas que des Français travaillent dans d’autres régions. Les sociétés internationales ont plutôt leurs sièges à Shanghai, les banques à Hongkong. Wuhan, métropole industrielle, fait figure d’exception, elle abrite les sièges de plusieurs groupes Français. Shenzhen est aussi un pôle industriel dynamique.

 

Miser sur le Guanxi
Le réseau des alumni de Sciences Po en Chine compte 500 diplômés dont 300 Chinois. Ils travaillent dans des domaines divers : entreprises et organismes publics français et chinois, ou au sein de sociétés chinoises et internationales dans les grandes fonctions de l’entreprise. « La notion de réseau – Guanxi – est traditionnelle en Chine et de plus en plus importante, prévient Francis Vérillaud, directeur des affaires internationales et des échanges. Avoir des diplômés Chinois et Français à des fonctions clés est donc essentiel pour notre établissement et ses anciens. Le réseau ouvre des portes et doit être entretenu. »

 

Recrutés par les grands noms internationaux
Séverine Jeulin (X 98), directrice du département chimie du centre de recherche chinois de l’Oréal co-anime la communauté polytechnicienne en Chine. Elle y recense 137 X dont 35 Chinois. « Quand je suis arrivée en Chine il y a 6 ans, il n’y avait que des diplômés Français ! Les débouchés des X en Chine sont similaires à ceux dans les autres pays, plutôt dans de grands groupes. Ils sont nombreux à investir le marché chinois et employer des X comme l’Oréal, Saint Gobain, Carrefour, Faurecia, Veolia, Orange, EDF… Les X de Hongkong exercent majoritairement chez les grands noms de la banque présents sur cette place financière de premier plan. » Une vingtaine de polytechniciens réalise un stage de recherche de 3e année en Chine par an, notamment au sein de centres de R&D d’industriels.

 

Une expérience très valorisante
ESCP Europe a recensé environ 100 diplômés en Chine et note que le marché du travail se caractérise par une forte mobilité. « Ils sont recherchés pour tous types de métiers, constate Léon Laulusa, directeur académique adjoint en charge de l’international : de la direction financière d’une usine à la gestion d’un projet, du business développement pour ceux qui parlent chinois. On les trouve dans la distribution et la grande consommation, le luxe, la pharmacie, notamment dans le marketing, la finance, le management. Des entreprises comme Pernod Ricard ou JC Decaux s’y développement rapidement. Si les salaires peuvent paraitre bas en début de carrière, ils évoluent chaque année d’un taux à deux chiffres. C’est une expérience très valorisante et que ne peut plus ignorer celui qui veut faire un parcours international. Pour partir deux clés : avoir de l’audace et très bien se préparer ! Il faut oser apprendre de la Chine. »

 

Une demande forte pour des doubles diplômés
Près de 300 centraliens travaillent en Chine, principalement dans de grands groupes comme Safran, Alstom, BNP Paribas, LVMH, l’Oréal, PSA Peugeot-Citroën ; mais aussi chinois comme TCL. L’an dernier, une dizaine d’étudiants a réalisé son stage ingénieur en Chine. Concernant les 3 promotions de diplômés Chinois de l’Ecole Centrale Pékin, un tiers travaille dans une entreprise chinoise, un tiers une entreprise française ou internationale, et un tiers a poursuivi en thèse. « Plus généralement 40 à 50 % de nos doubles diplômés travaillent dans des entreprises internationales, ajoute Christopher Cripps, directeur des relations internationales. C’est leur profil international qui est valorisé. »
L’ESSEC note que ses anciens travaillent surtout dans les métiers de la finance, du marketing et du conseil. Les écoles Centrale et l’ESSEC organisent (avec Supélec) depuis 2009 en octobre un Alumni Career Forum à Shanghai. Il est destiné aux Français et Chinois des doubles diplômes avec un partenaire chinois. 15 à 20 entreprises reçoivent 150 à 200 visiteurs. « C’est d’ailleurs pour répondre à la difficulté évoquée par les recruteurs d’identifier nos double-diplômés dont ils sont très friands, que nous avons créé le forum », raconte Christopher Cripps.
Le nombre d’HEC travaillant en Chine croît rapidement. Ils sont actuellement 500. « Sans surprise, les Français sont plutôt dans des filiales de groupes français ou internationaux, indique François Collin, directeur international. Ils sont patrons d’unité, de pays, consultants. Cela dit, de plus en plus de groupes chinois sont à la recherche de profils internationaux sur ce marché compétitif où les talents sont difficiles à fidéliser. »

 

LES CONSEILS DE SÉVERINE JEULIN (X 98, DOCTEUR EN CHIMIE), ELLE VIT EN CHINE DEPUIS 6 ANS
« La seule façon de connaître la Chine, c’est de venir ! J’incite les jeunes qui veulent y travailler à y étudier ou à venir sur place évaluer les opportunités d’emploi. Il ne faut pas hésiter à faire jouer les réseaux d’anciens, chambre de commerce, cibler les entreprises qui nous intéressent. Il faut surtout avoir une démarche volontaire car la concurrence est rude sur un marché de l’emploi attractif. Dernière chose, parler chinois est un énorme atout pour se différencier et s’intégrer. Il ne faut pas non plus sous-estimer la dimension culturelle, s’expatrier en Chine demande de réelles capacités d’adaptation et d’ouverture d’esprit. »

 

JOSEPH SARTRE (ESCP EUROPE 2011) TRAVAILLE CHEZ DANONE À SHANGHAI
« J’avais vécu et réalisé des stages à l’étranger et voulais poursuivre dans cette voie pour me forger un profil international. J’ai trouvé une annonce pour un VIE à Shanghai sur manageurs.com. La curiosité intellectuelle pour un nouveau pays, l’attractivité du poste (business controller pour les eaux importées pour la Chine et la Corée) et du groupe Danone m’ont convaincu. J’ai passé mes entretiens par conf call et vidéo et j’ai pu rencontrer au siège français les gens avec qui j’allais travailler, découvrir le groupe, visiter une usine. Je suis parti dans des conditions très confortables. Pour s’adapter en Chine, il faut plus qu’ailleurs être ouvert, souple. Les Chinois ont une approche du raisonnement, du détail, de la manière de mener les choses très différente de nous ; il faut être humble et persévérant. J’ai aussi décidé d’apprendre le chinois. Suite à un mouvement dans l’équipe, on m’a proposé de rester après mon VIE pour prendre la responsabilité du contrôle de gestion pour l’Asie sur les eaux importées (Evian, Volvic et Badoit). J’ai accepté car j’ai encore beaucoup à apprendre en Chine ! »

 

LA LOI SUR LES VISAS DE TRAVAIL A CHANGÉ
Depuis janvier 2014, la loi durcit les conditions d’obtention d’un visa de travail pour les étrangers en Chine. Elle va compliquer la tache des entreprises qui veulent recruter de jeunes Français. En effet, elle concerne tant les visas pour les stages, les VIE que les emplois. Pour les stages, la loi réduit la durée de 6 à 3 mois. Il faut aussi justifier de 2 ans d’expérience professionnelle pour prétendre à ce visa. Le club des entreprises françaises en Chine est en train d’examiner cette loi. Un double diplôme franco-chinois s’avère plus que jamais un atout pour accéder au marché du travail. « Mon conseil est de combiner études et stages en Chine, indique Christopher Cripps de l’ECP, afin de bénéficier de son inscription en université chinoise pour obtenir le visa. » Bon à savoir : la loi ne s’applique pas à Hongkong.