Interview Xavier Montazel CNIM Systèmes Industriels
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Les ingénieurs généralistes, tête de pont de CNIM Systèmes Industriels -L’interview de Xavier Montazel

Concevoir, fabriquer et voir son système déployé sur le terrain : CNIM Systèmes Industriels offre aux jeunes diplômés un parcours accéléré au cœur de projets souverains. Xavier Montazel (CentraleSupélec 91), son Directeur Général, partage sa vision d’une ingénierie engagée au service de la France et de ses alliés.

Quels projets concentrent le noyau dur de votre puissance d’ingénierie ?

Notre cœur de métier est l’électromécanique de précision de grande dimension dans des environnements complexes. Dans le nucléaire, nous concevons des systèmes de manutention sécurisée pour manipuler du combustible ou des déchets irradiés. Ce sont des équipements extrêmement robustes, capables d’évoluer en environnement radioactif tout en protégeant les opérateurs. Dans la défense, nous sommes positionnés sur des niches stratégiques. Côté naval, nous fournissons depuis cinquante ans les systèmes de lancement de missiles des sous-marins nucléaires français. Pour le génie militaire, nous développons des solutions de franchissement, de déminage ou d’aménagement du terrain.

Des exemples d’innovations récentes ?

Notre Pont Flottant Motorisé (PFM) de troisième génération permet de faire traverser des véhicules militaires lourds. Il intègre de profondes innovations, comme le soudage par friction qui préserve les caractéristiques des matériaux. Nous avons aussi développé ROCUS, le premier système de déminage téléopéré à base de robots (déjà exporté en Ukraine) et l’AUROCH, un véhicule blindé d’aménagement du terrain capables de fournir un appui à la manœuvre aux unités de mêlées. Sur 450 collaborateurs, 140 travaillent en ingénierie, dont une quinzaine en R&D pure. Nos cycles sont longs : développer un produit comme le pont flottant de troisième génération prend quatre ans, et les discussions commerciales dans la défense s’inscrivent souvent sur la même durée.

En quoi le marché SYFRALL attribué par la DGA est-il une formidable opportunité pour les ingénieurs ?

Il s’agit de rééquiper la France en systèmes modernes de franchissement sur dix ans. Nous livrons un système complet – modules flottants, rampes, véhicules – avec des adaptations spécifiques aux besoins français. Nous recrutons en permanence car notre croissance se poursuit. Nos besoins couvrent la conception mécanique, l’ingénierie système, l’hydraulique, le contrôle-commande, l’industrialisation et le soutien logistique intégré. Un jeune ingénieur peut démarrer en conception ou en industrialisation, avant de devenir responsable technique, coordonner une équipe, puis évoluer vers le management de projet. Notre force est de fabriquer en interne. Voir naître, produire puis livrer un système que l’on a conçu est une expérience extrêmement forte.

Quelles qualités non techniques sont essentielles ?

Nos métiers sont pluridisciplinaires et passionnants. Ils demandent d’oser sortir de sa zone de confort et de s’adapter. Attendre d’avoir 100 % des informations peut être contre-productif, il faut savoir décider au bon moment. Sans oublier la capacité de synthèse et de communication : un ingénieur doit savoir convaincre.

La défense, c’est le fil rouge de votre carrière ?

J’ai toujours été passionné par ce secteur. Après ma formation initiale à CentraleSupélec et une thèse financée par l’industrie, j’ai débuté dans le calcul numérique. J’ai évolué vers la gestion de grands contrats export, chez MBDA notamment, puis vers le pilotage de business units chez Thales. J’ai changé plusieurs fois d’entreprise pour me challenger, mais toujours dans la défense. Les relations y sont profondes et les systèmes livrés sont utilisés pendant vingt ou trente ans. Servir la France et ses alliés donne du sens.

L’ingénieur idéal de 2026 : spécialiste affûté ou touche-à-tout assumé ?

Dans notre univers de systèmes complexes, le touche-à-tout garde une longueur d’avance. La complexité croissante des équipements impose une compréhension globale des enjeux techniques. Sa force ? Sa capacité d’adaptation.

CentraleSupélec J’ai aimé la diversité des cours, notamment ceux qui n’étaient pas des sciences dures comme l’économie et la géopolitique. J’étais membre du bureau des élèves, en charge des relations internationales, alors que l’école venait tout juste de rendre obligatoires les stages à l’étranger. C’est d’ailleurs durant mon stage en Espagne que j’ai rencontré ma femme !

Contact : xavier.montazel@cnim.com