L’innovation dans le domaine des EMR est foisonnante et l’on voit régulièrement naître un grand nombre de concepts intéressants qui seront appelés à contribuer dans notre mix énergétique pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

 

Pour atteindre les objectifs ambitieux fixés par les gouvernements, cette filière devra se structurer pour devenir une véritable filière industrielle, capable d’installer chaque année plusieurs centaines de MW. L’industrie parapétrolière, rompue au design de structure en milieu marin, sera essentielle pour accompagner le développement des EMR. A l’inverse, les EMR constituent une voie de diversification enrichissante et prometteuse pour les entreprises du secteur parapétrolier, pour certaines fortement impactées par la récente baisse de l’activité dans le domaine de l’offshore pétrolier. Le secteur des EMR et le secteur parapétrolier ont ainsi tous deux un fort intérêt à collaborer pour rendre effective l’émergence d’une industrie des énergies marines, dans un schéma « gagnant-gagnant ».
Si l’expérience du monde parapétrolier doit accompagner le développement des EMR, une transcription directe des méthodologies de conception du secteur parapétrolier au design des technologies EMR est impossible. Il est indispensable de prendre en compte leurs spécificités en questionnant la validité des méthodes et outils venant du monde pétrolier pour les adapter au secteur des EMR.

L’ÉOLIEN FLOTTANT

L’exemple de l’éolien flottant est à ce titre particulièrement parlant. Ce secteur bénéficie d’un fort soutien politique, notamment en France où la ressource éolienne est importante dans des zones où il y a trop de fond pour installer des éoliennes offshores fixes. La technologie des éoliennes est mature mais certains verrous technologiques subsistent dans la conception des flotteurs et des systèmes d’ancrage notamment et de nombreux concepts en développement sont directement inspirés de flotteurs éprouvés dans le secteur parapétrolier, comme le flotteur de type semi-submersible développé par la société Principle Power.
Pour dimensionner ces flotteurs et leurs ancrages, il serait dès lors tentant d’utiliser directement les méthodologies et les logiciels du secteur parapétrolier.Mais les éoliennes flottantes diffèrent des plateformes pétrolières par de nombreux aspects. Le couplage aérodynamique au niveau du rotor est ainsi primordial tandis que le vent est rarement déterminant dans le design des plateformes pétrolières. La petite taille des flotteurs d’éoliennes devant la taille des structures pétrolières résulte en une interaction avec la houle plus importante. Il est alors indispensable de définir des processus de design spécifiques aux éoliennes flottantes à partir des solutions existantes, tant en terme de méthodologie qu’en terme d’outils logiciels.
La filière émergente des EMR s’appuie ainsi sur l’expérience offshore du secteur parapétrolier, pour qui le développement des énergies marines constitue un important relais de croissance à moyen terme. Ce passage à un stade industriel des EMR entraînera dès lors un besoin en ingénieurs maîtrisant les outils classiques de la conception des structures offshores, mais disposant aussi d’une forte capacité d’innovation pour élaborer des processus de design dédiés aux EMR, à partir de l’expertise parapétrolière offshore.

Capture d’écran 2016-06-13 à 10.07.01

Par Clément Grouthier
clement.grouthier@woodgroupkenny.com
Ingénieur Senior chez Wood Group Kenny

 

Capture d’écran 2016-06-13 à 10.07.06et Olivier Doaré
olivier.doare@ensta-paristech.fr,
professeur à l’ENSTA ParisTech, coordinateur des enseignements sur les énergies marines du Mastère Spécialisé « Génie Maritime : transport, énergie, développement durable »

 

http://www.ensta-paristech.fr/fr/approfondir-sa-formation/masteres-specialises/mastere-specialisegenie- maritime-transport-energie