Former les leaders des industries responsables. Porté par l’objectif de son dernier plan stratégique, Arts et Métiers entend s’illustrer comme une école qui contribue au soutien des filières technologiques et de la formation technique, garantes de la réindustrialisation française. Pour répondre aux besoins industriels, les Arts et Métiers poursuivent d’ailleurs leur objectif d’accueillir 50 % de diplômés de plus d’ici à 2027 sur leurs campus et nouveaux sites. Des diplômés que l’école veut outiller pour les industries responsables. De fait, le développement durable et la responsabilité sociétale sont au cœur des priorités académiques et organisationnelles de l’école et font aussi partie de ses priorités stratégiques en matière de recherche et d’innovation.
SOMMAIRE
L’interview de Laurent Champaney, directeur des Arts et Métiers
What’SUP aux Arts et Métiers ?
« Si je rejoins les Arts et Métiers à la rentrée 2026 je suis sûr de… »
Aux Arts on bosse déjà à l’usine !
« Ce qui caractérise l’ingénieur Arts et Métiers, c’est sa capacité à faire – L’interview de Laurent Champaney

Mais dans ce cadre, l’ingénieur Gadzart reste-t-il un expert technique ou doit-il se muer en manager des transitions ? Et quelle place les ingénieurs Arts et Métiers vont-ils (doivent-ils ?) occuper dans la souveraineté industrielle française ? Les réponses de Laurent Champaney, directeur des Arts et Métiers.
50 % de diplômés en plus dans vos campus : un objectif ambitieux ! Quels sont vos leviers pour y parvenir ?
Aujourd’hui les possibilités d’augmentation de nos promotions en interne restent faibles. L’apprentissage reste le principal levier de développement interne et concerne environ 25 % de nos élèves. Même si le contexte nous pousse à avancer prudemment sur le sujet, nous poursuivons notre volonté d’ouvrir des formations à l’apprentissage. Nos partenariats nationaux et internationaux s’illustrent aussi comme de vrais leviers de développement. Je pense bien sûr à notre campus à Rabat – fruit d’un partenariat porté par le ministère de l’Industrie et du Commerce marocain – ou aux diplômes Arts et Métiers opérés par l’ISTP à Saint-Etienne, autour de la spécialité Mécanique et Mécatronique. Troisième levier enfin, l’arrivée de nouvelles formations sur nos campus : l’École Supérieure de Fonderie et de Forge à Châlons-en-Champagne, le département de génie mécanique de l’IUT à Angers ou l’estp à Aix-en-Provence.
Vous voulez former des leaders des industries responsables. Est-ce à dire que le Gadzart devient plus un manager des transitions qu’un expert technique ?
La dimension technique reste évidemment très importante, mais ce qui caractérise l’ingénieur Arts et Métiers, ce n’est pas sa capacité à parler des grands enjeux de l’industrie. C’est sa capacité à faire, à réaliser des choses, à piloter des projets aboutissant à des réalisations concrètes et opérationnelles, en intégrant des sujets techniques, humains et environnementaux. Au-delà de ses compétences techniques, c’est sa capacité à passer à la réalisation qui fait la différence. Différence que nous encourageons à travers notre pédagogie qui laisse une grande place à la pratique, à travers nos Evolutive Learning Factories (ELF), notamment.
Mais alors quel rôle l’ingénieur Arts et Métiers doit-il jouer dans la souveraineté industrielle française ?
Son rôle, c’est de rendre développer, de transformer, de rendre concrets des projets industriels en prenant en compte leur environnement, au sens large du terme, pour les rendre à la fois plus performants et plus responsables. Car les projets industriels sont des projets protéiformes, forcément connectés aux questions d’aménagement des territoires, des mobilités des personnes et des marchandises, de gestion des déchets etc. Un rôle qui renvoie à cette question essentielle : pourquoi avons-nous besoin de l’industrie ? Pour continuer à répondre aux besoins vitaux de la société, pour garantir sa subsistance en préservant la biodiversité et l’environnement physique et local qui entoure les populations. Aux Arts et Métiers, nous sommes absolument convaincus de l’utilité sociale de l’industrie. Se nourrir, se loger, se soigner : tous ses besoins essentiels font écho à des process industriels. Bien sûr, l’industrie a produit et produit encore des choses qui ne répondent pas à des besoins essentiels, il faut la faire évoluer. Mais pour cela, elle a besoin de s’appuyer sur les convictions des plus jeunes et les Gadzarts ont toute leur place à prendre.
« Aux Arts et Métiers, nous sommes absolument convaincus de l’utilité sociale de l’industrie. Se nourrir, se loger, se soigner : tous ses besoins essentiels font écho à des process industriels. »
What’SUP aux Arts et Métiers ?

Impossible de former les futurs leaders des industries responsables sans innover. Formation, recherche, vie étudiante et vie de campus : panorama des dernières nouveautés annoncées par l’école cette année.
Côté formation Dispensé sur le campus d’Angers depuis 2013, le Programme Grande École en apprentissage est désormais disponible à Paris. Depuis la rentrée 2025, le campus de la capitale accueille en effet (et pour la première fois depuis 1948) des élèves de première année en apprentissage (19 apprentis). Parallèlement, Arts et Métiers développe la reconnaissance et la valorisation de l’engagement de ses étudiants. L’école veut ainsi « encourager et insuffler ses valeurs humanistes, tout au long du cursus de formation, et renforcer les compétences personnelles et professionnelles des étudiants. » De fait, le bénévolat interne ou externe à l’établissement, les projets associatifs ou la participation à la vie universitaire et citoyenne, seront valorisés dans le parcours étudiant par 3 ECTS supplémentaires et/ou l’aménagement de la scolarité.
Côté recherche & innovation. L’école est impliquée dans trois projets de recherche au cœur du développement durable et de la responsabilité sociale. L’alliance ITTAI (Innovative Territories, Technodiversity and AI for a Resilient, Inclusive and Sustainable Evolving Society) tout d’abord. Celle-ci entend développer un centre d’experts scientifiques pour proposer aux territoires des outils de prototypage numérique avancés, jumeaux numériques notamment. Le but ? « Structurer des outils efficaces et novateurs, permettant la définition de solutions soutenables, adaptées à chaque territoire, et engageant l’ensemble des acteurs socio-économiques, dans une approche centrée sur l’expérience utilisateur » précise l’école. Un projet novateur dans lequel sont impliqués sept autres partenaires académiques : l’Institut Mines Télécom, l’École Nationale des Ponts et Chaussées, l’Institut Agro, le CNRS, le Cnam, Sciences Po Paris et l’INSA Lyon. Par ailleurs, le lancement de la chaire franco-allemande GENIUS (Next Generation Industry), en août 2025 avec le Karlsruhe Institute of Technology s’inscrit dans une volonté de bâtir une industrie européenne plus durable et résiliente. Son ambition ? « Maîtriser l’ensemble du cycle de vie des produits industriels (de la conception jusqu’à la remanufacture) tout en garantissant performance, qualité et sobriété des ressources » et ainsi former « une nouvelle génération d’ingénieurs et de chercheurs capables d’imaginer des procédés de production avancés, conciliant compétitivité et responsabilité environnementale. » Last but not least, l’école est également impliquée dans le projet RéCLasSIF (Réseau de Campus Labélisés – Solutions pour l’Industrie du Futur). Piloté par les Arts et Métiers et l’IMT, ce réseau réunit 15 campus d’excellence fonctionnant comme des hubs d’innovation régionale, nationale et internationale et « qui proposent des solutions technologiques et des programmes de formation adaptés aux besoins des entreprises, des PME aux grands groupes, pour les accompagner dans leurs transitions écologiques, numérique et sociétale. »
Côté vie étudiante et vie de campus. Dans le cadre du projet Act’ Sup, porté par le CIRSES (Collectif pour l’Intégration de la Responsabilité Sociétale dans l’Enseignement Supérieur) et financé par l’ADEME, l’école s’engage dans des actions concrètes de décarbonation. Parmi les chantiers menés : la réalisation d’audits énergétiques sur les sites, le déploiement de la Gestion Technique du Bâtiment (GTB) afin d’améliorer l’efficacité énergétique et la maintenance des équipements, ou encore le raccordement du campus de Paris au réseau de chaleur urbain. À Cluny, les travaux de la nouvelle résidence étudiante ont été lancés, intégrant des exigences renforcées de performance énergétique. Par ailleurs, pour renforcer ses actions de prévention face aux addictions et aux consommations à risque, l’école a signé une convention avec la MILDECA, qui s’est engagée à financer des actions à hauteur de 40 000 euros.
« Si je rejoins les Arts et Métiers à la rentrée 2026 je suis sûr de… »
Les Arts et Métiers, ce sont leurs étudiants qui en parlent le mieux ! Depuis septembre 2025, Aminata Diawara suit la 1ère année du Programme Grande Ecole sur le campus des Arts et Métiers à Paris, en alternance. Elle nous raconte.
« Après trois années de licence je ne savais pas encore ce que je voulais faire. Mais je voyais bien que l’ingénierie faisait partie des meilleures des voies pour s’ouvrir un maximum de portes pour la suite. BTP, finance, agroalimentaire… on a besoin d’ingénieurs partout, d’autant plus de ceux qui sont diplômés d’une école généraliste comme les Arts et Métiers. J’ai commencé à faire mes recherches et j’ai tout de suite été séduite par l’alliance théorie/pratique proposée par les Arts et Métiers. C’est une formation qui nous met tout de suite dans les conditions de travail réelles d’un ingénieur, même en première année, c’est vraiment sympa. D’autant plus que je fais ma première année en alternance. J’alterne donc les cours avec mes missions d’ingénieure matériel dans une entreprise de BTP spécialisée dans le domaine des travaux maritimes et fluviaux. Un poste qui m’amène à gérer pas mal de sujets sur la transition énergétique notamment. Un choix qui me permet aussi d’être indépendante financièrement et d’être directement plongée dans la pratique et la vraie vie professionnelle. Je ne regrette pas du tout mon choix car les deux volets de ma formation sont très complémentaires : ce que je fais à l’école me sert en entreprise, et vice-versa. Alors évidemment, j’invite tout le monde de faire comme moi ! Ma meilleure amie va d’ailleurs postuler aux Arts cette année. Mes conseils pour y arriver ? D’abord, ne vous mettez pas une pression insurmontable. L’école ne prend pas en compte que vos notes, elle regarde surtout le potentiel qui vous permettra de devenir ingénieur. Je ne faisais pas partie du top de ma classe mais ma personnalité, mon parcours, ma progression, mon investissement, ma force de travail, mes activités en dehors des cours ont été pris en compte. Même si on ne sort pas d’une prépa avec 18 de moyenne, on peut trouver sa place aux Arts.Et c’est logique car c’est une école qui nous pousse à devenir des ingénieurs complets.
Aux Arts on bosse déjà à l’usine !
Lancé en 2022, le programme ELF (Evolutive Learning Factories) est une des meilleures illustrations de l’ADN de l’école : une formation scientifique et technologique basée sur la pratique et ancrée dans les territoires. Le concept des ELF ? Transformer, sur chaque campus, les plateformes technologiques d’Arts et Métiers, en usines-écoles 4.0, véritables systèmes industriels à l’échelle 1. Un dispositif unique en France, dont le déploiement s’accélère : en 2024/2025 132 nouveaux projets pédagogiques ELF ont été mis en place au sein des Campus Arts et Métiers. Mais quels sont leurs objectifs ?
D’abord, moderniser et organiser les plateformes technologiques actuelles en usines-écoles connectées, soutenables et responsables sur chaque campus et doublées d’un jumeau numérique. Mais aussi, décloisonner les activités pédagogiques et développer les compétences des étudiants au travers de mises en situation professionnelles représentatives des réalités industrielles et axées sur les enjeux de transition. Elles permettent également d’immerger les étudiants dans un environnement d’innovation pour qu’ils deviennent acteurs des transformations de demain. Mais aussi d’accompagner les personnels dans leur montée en nouvelles compétences et dans l’adaptation à des modes de travail différents. « Aujourd’hui, l’approche par compétence est primordiale. Et quoi de mieux qu’une usine-école pour mettre les étudiants face à des situations représentatives du monde industriel ? » estime Véronique Favier, DGA de l’école.
On fait quoi dans les ELF ? « 220 projets pédagogiques se sont déroulés dans le cadre des ELF depuis 2022. Aujourd’hui, l’école compte neuf ELF et trois campus déploieront des projets ELF dédiés à la décarbonation de l’énergie. Le campus de Metz – Projet FT-center (145 000 €) avec une usine pédagogique écologique sur la transition énergétique, le Campus de Paris – Projet Hydroxyde (536 000 €) avec la création d’un démonstrateur des technologies Hydrogène pour l’énergie, et le campus Aix-en-Provence – Projet Sphère (132 000 €) avec une plateforme multi-énergies innovante pour expérimenter le mix énergétique bas carbone.
La pratique avant tout De fait, les ELF sont une illustration très concrète de la pédagogie par la pratique défendue par les Arts et Métiers. « Elles incarnent aussi les enjeux de la transformation de l’industrie : électrification, automatisation, digitalisation, industrie 5.0… Aux Arts et Métiers, nous accompagnons concrètement les transformations de l’industrie en conservant des systèmes industriels à l’échelle un : c’est unique dans le paysage académique français. Au-delà des ELF, notre engagement pour l’industrie du futur s’illustre aussi à travers le projet RéCLasSIF (Réseau de Campus Labélisés – Solutions pour l’Industrie du Futur). Un projet mené avec l’IMT et des partenaires socio-économiques, qui réunit des campus d’excellence pour accompagner les transitions écologique, numérique et sociétale des entreprises » ajoute Véronique Favier

Ils en pensent quoi les étudiants ? « En prépa, les Arts sont connus et reconnus pour mettre à disposition un grand nombre de machines industrielles. Comme j’aime beaucoup la pratique, mon choix était donc vite fait ! Une fois à l’école, j’ai découvert les ELF, je trouve le concept super et j’en suis même devenu ambassadeur. Grâce à elles, les Arts peuvent moderniser, améliorer et augmenter l’arsenal de machines de chacun des campus pour être toujours plus fidèles à leur signature : celle d’une école qui forme autant par la théorie que par la pratique. D’un point de vue étudiant c’est vraiment un outil formidable. Dans le cadre de mon PJT de 2ème année, j’ai participé à la refonte des dauphins de gouttière du campus d’Aix. Et grâce aux ELF, nous avons pu voir notre professeur couler de la fonte devant nous. On avait tout l’attirail de sécurité, ça explosait de partout : ça a été une expérience vraiment impressionnante, et sans doute un de mes meilleurs souvenirs aux Arts. Ça m’a aussi confirmé que j’étais vraiment fait pour l’industrie, pas pour rester assis dans un bureau à faire de la théorie ! » – Auguste Guillot, étudiant en 2A sur le campus d’Aix.