Numeum compte parmi les premières organisations professionnelles du numérique en France. Membre de la fédération Syntec – qui constitue la deuxième branche représentative du Medef – elle rassemble plus de 2 500 entreprises du numérique adhérentes, qui réalisent 85 % du chiffre d’affaires total du secteur. Des entreprises convaincues que le numérique ce n’est pas que de la technique ! C’est aussi un puissant moteur de souveraineté et de transformation économique. Véronique Torner, présidente de Numeum, nous en dit plus.
Dans un monde marqué par de fortes tensions géopolitiques et une compétition technologique intense, la France et l’Europe ont placé la souveraineté numérique au cœur de leur agenda stratégique. Voyez-vous aujourd’hui émerger les conditions d’un vrai leadership technologique européen ?
La dépendance de nos entreprises à de nombreuses technologies extra-européennes (pour beaucoup américaines) représente un risque réel. Mais la France a tous les atouts nécessaires pour envisager son autonomie stratégique : de beaux cursus de formations technologiques, des talents de grande qualité et de très belles entreprises de toutes tailles. Leaders mondiaux, ETI championnes en Europe, startups : il y en a pour tous les goûts ! Mais aussi nécessaire et réaliste soit-elle, la mise en œuvre d’une telle souveraineté requiert du temps, des jeunes talents prêts à s’engager… et des financements ! Si nous arrivions à faire un marché européen uni des capitaux, nous pourrions rassembler des moyens très importants. C’est d’autant plus crucial que, sur l’échiquier mondial, l’Europe est la seule à s’être dotée d’un cadre règlementaire structurant (AI Act, Data Act) et à porter la voix d’un vrai numérique responsable, au service du progrès à impact positif.
Mais comment transformer cette approche règlementaire en atout stratégique face aux États-Unis et à l’Asie par exemple ?
La réglementation est un atout , elle nous permet d’affirmer nos valeurs et de protéger nos assets, et nous avons besoin de réglementation pour faire un marché commun (sinon nous aurions 27 marchés…). Cela étant, nous sommes allés trop loin : l’Europe a instauré des règles assez illisibles pour les entreprises et souvent contradictoires. C’est pourquoi la Commission européenne a décidé d’engager une démarche de simplification pour mieux accompagner les entreprises. En somme, il y’a un juste équilibre à trouver pour faire de cette approche réglementaire un atout complet.
Les évolutions engendrées par l’IA effraient autant qu’elles fascinent. Comment les jeunes peuvent-ils accompagner une dynamique de transformation positive ?
Le numérique n’est pas un objet neutre. C’est un objet politique, dans le premier sens du terme : un objet qui a un impact sur la société. D’où l’importance de ne pas dépendre de technologies issues de pays défendant une vision et des valeurs différentes des nôtres. Je vois d’ailleurs une certaine analogie entre un outil numérique et un médicament : si vous l’utilisez correctement c’est une potion qui soigne et qui soulage. Mais si vous ne respectez pas la posologie, ça devient un poison. De fait, si l’IA peut bien sûr avoir des effets néfastes, voire aliénants, elle a aussi des effets extrêmement positifs. Dans le domaine de la santé par exemple, le potentiel de l’IA est absolument extraordinaire, en matière de chirurgie ou de prévention notamment. C’est certain, l’IA et le quantique transforment et vont transformer le monde de façon irrémédiable, mais nous avons le pouvoir de les inscrire dans une dynamique responsable, de designer un monde à impact positif à travers les technologies.
Vous êtes la première femme élue à la présidence de Numeum : la preuve que le numérique peut (doit !) être plus paritaire ?
Une chose est sûre : la diversité est fondamentale pour construire un numérique qui ressemble au vrai visage de notre société, et on ne pourra pas faire de la France et de l’Europe des leaders du numérique sans les femmes. Nos entreprises en ont pris conscience et se transforment petit à petit pour mieux accueillir et accompagner les femmes dans les filières du numérique. Mais c’est un processus long qui dépasse leur seul périmètre. Les questions de diversité (et particulièrement de féminisation) de nos métiers, se posent dès l’école primaire, où encore trop de biais involontaires sont créés. Toute la chaine éducative et professionnelle doit se mobiliser pour définir des parcours attractifs pour les femmes dans les technologies et dans le numérique.
Mais le numérique était-il une évidence pour vous quand vous étiez étudiante ?
C’était plutôt un hasard : je n’avais jamais touché un ordinateur avant d’entrer en prépa ! Je n’étais pas une geek mais j’aimais les sciences et la capacité de modélisation qu’apportent les mathématiques pour représenter le monde. J’ai découvert l’informatique en prépa et tout s’est enchaîné naturellement : j’ai commencé à faire du développement, j’ai mené des projets, j’ai créé mon entreprise dans le numérique et aujourd’hui, je préside Numeum. Il n’y a pas un matin où j’ai regretté mon choix ! Car le numérique est un secteur passionnant, intellectuellement stimulant et qui participe pleinement à la compréhension et à l’analyse de la complexité du monde. Mais au-delà du numérique pur, je souhaite insister sur l’importance de se doter d’une culture scientifique solide qui apporte la rigueur et l’humilité nécessaires pour adresser la complexité de notre monde.
IA et emploi : où en est-on aujourd’hui ?
Le numérique est un secteur en très forte croissance. Pour preuve, le bilan Chiffres marché – Tendances et perspectives du marché numérique 2025 publié par Numeum en 2025 constate une reprise tangible des recrutements l’an passé et prévoit une croissance de + 4,3 % en 2026. De fait, il ne faut pas avoir peur de l’impact de l’IA sur le marché : elle ne va pas remplacer les métiers du numérique, elle va les transformer. C’est certain, dans cinq ans, on ne demandera pas la même chose à un développeur ou à un expert en cybersécurité qu’aujourd’hui. Leurs compétences vont devoir évoluer, mais on aura toujours besoin de talents humains. Alors mon message aux jeunes diplômés est clair : n’ayez pas peur de l’IA et embrassez pleinement cette filière au cœur de tous les enjeux et à la croisée de tous les métiers.
« L’Europe est un collectif qui a de vraies valeurs à défendre dans le numérique mondial. Ce collectif c’est à chacun d’entre nous, à chacun d’entre vous, de la construire et de le colorer de ses valeurs. Alors venez façonner l’avenir du numérique avec nos entreprises ! »