Avec plus de 30 ans d’expérience, Luc Steens (UCLouvain 92), Chief Operating Officer & Chief of staff – Global Markets chez BNP Paribas Fortis, incarne la mémoire des marchés financiers et pose un regard tourné vers l’avenir. En vrai passionné, il invite les jeunes diplômés à cultiver l’humilité, la curiosité et l’endurance.
En tant que COO & Chief of Staff de Global Markets, quels sont vos principaux défis ?

Global Markets est un environnement intégré : nos activités en Belgique sont connectées à BNP Paribas, leader européen et parmi les dix plus grands acteurs mondiaux des marchés financiers. À Bruxelles, nous avons des activités locales, pour répondre aux clients belges et des activités plus globales, notamment de trading et de vente. Mon rôle transversal consiste à faire le lien entre les équipes de front office et les départements transverses (IT, compliance, RH, finance, Risk, Operations) pour fluidifier les processus. Notre mission ? Permettre aux vendeurs, traders et structureurs de produits financiers d’avoir tous les outils nécessaires pour répondre aux besoins des clients en termes de financement, de couverture et d’investissement. Un vendeur doit se concentrer sur sa relation client et ne pas perdre du temps sur des questions administratives ou techniques : à nous de lui apporter ce soutien.
Quelles opportunités offrez-vous aux jeunes diplômés dès leur arrivée dans l’entreprise ?
Nous cherchons une diversité de profils : ingénieurs, économistes, mathématiciens financiers, quants, data scientists. Mais au-delà du diplôme, ce qui fait la différence, ce sont la motivation et l’engagement. Nous avons récemment recruté une diplômée d’une école peu connue, mais son énergie et sa passion étaient communicatives. Dans ce métier, ce n’est pas l’étiquette qui prime, mais la volonté et l’attitude. Nous recrutons des stagiaires et des VIE qui peuvent ensuite accéder à nos Graduates Programmes en contrat à durée indéterminé. Ce parcours leur offre la possibilité d’évoluer sur différents desks durant près d’un an, puis de décider s’ils souhaitent devenir trader, vendeur ou structureur.
Les soft skills gagnants ?
Il faut avant tout une réelle passion pour les marchés financiers qui se traduit par une grande capacité d’apprentissage. Nous proposons des modules de formation en ligne et un programme structuré, mais l’essentiel de l’apprentissage chez Global Markets BNP Paribas Fortis, se fait directement « on the desk » ! À Bruxelles, j’encadre les Graduates et j’adore ce rôle ! J’essaie d’être le plus accessible possible. Les jeunes recrues savent qu’elles peuvent venir me voir ou m’interrompre à tout moment. C’est ma manière très informelle de fonctionner – et ça marche.
Vous avez été trader. Ressentez-vous une certaine nostalgie de ce métier ?
Quand j’étais trader, j’étais connecté aux cœurs des marchés, dans l’action et la prise de décision immédiate. C’était mon ADN, et ma dose d’adrénaline était quotidienne. Aujourd’hui, mon rôle est différent : je travaille davantage sur la gouvernance, le reporting réglementaire, la stratégie locale et globale ainsi que l’encadrement. C’est tout aussi passionnant car cela me donne une vision d’ensemble, plus stratégique et panoramique. Une carrière se construit en trois temps : l’apprentissage, la production puis l’encadrement et la transmission. J’en suis à ce troisième temps, et j’y trouve une grande source de satisfaction.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent travailler sur les marchés financiers ?
Je leur donnerais trois conseils : restez humbles, soyez curieux et gardez l’envie d’apprendre. L’humilité est essentielle : prétendre « tout savoir » est une erreur fatale. En interview, je pose souvent cette question : « que faites-vous si vous prenez une décision et que vous vous êtes trompé ? ». Certains me répondent : « je ne me trompe jamais », ce que je considère comme un signe d’arrogance. Tout le monde peut se tromper, l’important est de savoir le reconnaître et de prendre des actions correctives. La curiosité, elle, doit vous pousser en permanence à explorer de nouveaux sujets, à lire et à se former en continu. La volonté d’apprendre est le moteur le plus puissant. Aujourd’hui, avec la force des outils digitaux et l’intelligence artificielle, le vrai risque est de perdre son esprit critique. C’est pourquoi, en début de carrière, je demande souvent aux jeunes de réécrire les modèles mathématiques et de les comprendre pour qu’ils saisissent l’intuition de la valeur et ne se reposent pas sur des systèmes automatisés. Car sans compréhension intuitive, vous perdez votre esprit critique.
Vous avez plus de 30 ans d’expérience sur les marchés financiers. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
J’ai débuté ma carrière au milieu des années 1990, à une époque où les marchés financiers en étaient encore à leurs balbutiements en matière d’approches quantitatives et analytiques. Après des débuts chez Citi, Indosuez puis Dresdner Bank à Francfort j’ai rejoint la Générale de Banque, devenue Fortis banque. Quand BNP Paribas a repris Fortis en 2008, j’étais responsable du trading et j’ai participé à l’intégration de Fortis au sein du groupe BNP Paribas. En gardant un esprit ouvert, positif et flexible, j’ai su transformer ce bouleversement en une opportunité de carrière. J’ai même eu l’opportunité de partir cinq ans en Afrique du Sud avec BNP Paribas pour y développer nos activités de marchés. C’est ainsi que je me suis pleinement inscrit dans l’histoire du groupe. Depuis plus de trois décennies, je vis et respire les marchés financiers de l’intérieur. J’ai connu l’explosion et la complexification des produits dérivés, puis les secousses de la crise financière et enfin la montée en puissance des réglementations. Avec le recul, je me sens privilégié d’avoir traversé toutes ces étapes. Chaque crise a été une source d’apprentissage et de résilience. S’il y a une qualité essentielle qu’un jeune doit cultiver, et que j’ai moi-même développée, c’est l’adaptation. Le changement est souvent redouté, mais je l’ai toujours abordé comme une opportunité.
Vous êtes passionné de montagne et d’ultra-trail. Ce sport nourrit-il votre vie professionnelle ?
Je pratique au minimum dix heures de sport par semaine. J’ai commencé par la course à pied, puis les marathons avant de me lancer dans les ultra-trails, des courses de longue distance comme celle que j’ai faite en juillet dernier au Colorado de 170 km. L’ultra trail, c’est la vie en très concentré. Tout comme le travail, il faut visualiser sa course et la fragmenter par étapes. De même, on sait que l’on va rencontrer des difficultés, mais on ne sait pas lesquelles. La force du mental est extraordinaire car il aide à gérer le physique et la privation de sommeil. Le corps est une enveloppe au service de l’esprit. La clé est de rester concentré et de ne jamais abandonner. Dans la finance aussi, on visualise le but, on se prépare, mais il faut surtout s’adapter aux imprévus.
UCLouvain J’y ai appris l’organisation, la discipline, la curiosité et l’ouverture d’esprit. Je répète souvent aux jeunes : « fais de la discipline ton amie et tu auras une belle vie ». J’y ai aussi expérimenté la force du réseau : les amitiés d’études, la camaraderie, la capacité à entretenir ces relations dans la durée. C’est une richesse que je recommande de cultiver. Nos diplômés du Graduate Program que nous accueillons en septembre vivent la même expérience. Lors des premières semaines à Londres, je leur conseille de se faire des amis parmi les autres participants. Ce réseau deviendra un atout majeur dans leur parcours, qu’ils restent à Bruxelles ou partent ensuite vers d’autres places financières comme New York, Singapour, Paris ou Lisbonne. La camaraderie, même dans un environnement sérieux, est une force extraordinaire.
Contact : luc.steens@bnpparibasfortis.com