Essayiste, économiste, homme d’influence, témoin de l’évolution des dirigeants politiques ou d’entreprise qu’il conseille ou entoure, Alain Minc est un témoin privilégié du leadership contemporain. Dans son interview, Alain Minc partage son regard sur leur comportement face à la crise Covid.

 

Est-ce vraiment en temps de crise qu’on reconnaît les meilleurs leaders ?

Oui à l’évidence. Gérer en continu est une affaire de procédures et pas une affaire de réaction, d’anticipation ou d’adaptation. Au début de cette crise, il a fallu à la fois comprendre ce qui arrivait et réagir très vite face à cela, mais aussi, simultanément, commencer à anticiper ses conséquences à long terme.

 

Qu’est-ce que cette crise mondiale nous apprend de nos dirigeants ?

Les dirigeants mondiaux, c’est à dire les politiques et les banquiers centraux, ont formidablement fait leur travail en réagissant très vite, avec une gigantesque création monétaire et en dépensant « quoi qu’il en coûte ». Et même quand certains gouvernements ont été médiocres les banquiers centraux ont fait le travail. Si la crise de 1930 avait été gérée de la même façon, il n’y aurait sans doute pas eu l’enchainement dramatique d’événements qui a provoqué la montée au pouvoir du fascisme.

 

Un leader peut-il exister sans homme (ou femme !) d’influence ?

Il y a toujours des partenaires autour des celles et ceux qui dirigent. Ce qui importe pour un leader c’est sa capacité à avoir des contacts, des fils, vers l’environnement ou la société qui ne relèvent pas simplement de ce qui remonte de ses collaborateurs. Il faut être entouré de palpeurs, de contrepoids, de gens qui pensent de manière orthogonale. Pour l’un ce sera un banquier, pour l’autre un avocat, une personnalité ou son confesseur : ce qui importe c’est d’avoir des contacts et des dialogues hors des seuls dialogues que le système hiérarchique produit.

 

Les dirigeants d’entreprises français sont-ils prêts à affronter ce changement profond de l’économie et de la société mondiales ?

Certainement. Car le niveau des patrons français est, à mon sens, très supérieur à celui des patrons allemands ou américains, hors de la sphère particulière des nouvelles technologies bien sûr. Dans les métiers « classiques », les managers français sont exceptionnels car ils mêlent aujourd’hui excellente formation et internationalisation. Cette alliance de l’élitisme intellectuel à la française et d’une vraie insertion dans le monde international aboutit à des dirigeants de premier ordre.

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Vous qui êtes quotidiennement à leurs côtés, quels conseils leur donneriez-vous pour transformer cette épreuve du feu, en force ?

D’être optimistes !  Car il y a deux aspects face à une crise. La réaction instantanée d’abord, qu’ils ont tous eu dans l’ensemble, avec une capacité d’adaptation très rapide. Mais la question suivante est celle de se préparer au monde de l’après crise. Et la seule manière de le faire c’est d’abord de ne pas avoir peur.

 

Quel rôle les jeunes diplômés ont-ils à jouer dès maintenant en ce sens ?

C’est un moment difficile pour les jeunes diplômés et le marché de l’emploi se réduit temporairement bien sûr. Mais il ne faut pas lâcher prise et avoir, chevillée au corps, la conviction que ça va aller très vite mieux. Nous devrions effacer cette cicatrice économique en deux ans. Lorsque nous ressentirons les effets massifs du vaccin, le rebond sera incroyablement fort. Cette attente du rebond est en chacun de nous et il suffit d’un déclencheur pour qu’il se concrétise.

 

Pourquoi doivent-ils continuer à avoir confiance en l’avenir ?

Au printemps, on savait qu’une immense recherche était lancée sur le vaccin mais nous ignorions si nous nous dirigions vers une situation semblable à celle du sida, marquée par des progrès sur les traitements mais sans vaccin. Aujourd’hui, la réponse forte et multiple de vaccination contre le Covid, approuvée par les autorités sanitaires du meilleur niveau dans le monde est très rassurante.