Mesurer, anticiper et piloter le risque dans un environnement financier de plus en plus complexe. Pour Pascal Marnay (Centrale Lyon 02), Head of Risk & Performance chez Groupama Asset Management, le risk manager n’est plus seulement une fonction de contrôle : c’est désormais un véritable partenaire de la décision d’investissement, au cœur des transformations de la gestion d’actifs. Il vous explique pourquoi.
Comment mesure-t-on concrètement le risque dans un portefeuille d’investissement, et comment ces analyses influencent-elles les décisions de gestion ?
Le mot risque recouvre en réalité de nombreuses dimensions : marché, liquidité, crédit, contrepartie. Si une grande partie de notre travail consiste à produire des analyses quantitatives très poussées, la vraie valeur de notre métier ne réside pas seulement dans les calculs : elle se situe dans leur interprétation. Notre rôle est de partager nos analyses et une vision à 360° des risques avec les gérants, pour enrichir et éclairer leurs décisions d’investissement.
Comment l’intégration des critères ESG influence-t-elle aujourd’hui la gestion des risques chez Groupama Asset Management ?
Le défi consiste à porter de vraies convictions ESG tout en restant cohérent avec des processus d’investissement qui ont fait leurs preuves. Sur le plan du contrôle des risques, le suivi des limites ESG est évidemment très strict. La difficulté porte plutôt sur la mesure quantitative de ces risques, notamment climatiques. Les normes sont encore en construction, mais les travaux avancent. Nous menons par exemple un partenariat de recherche avec HEC sur l’intégration du risque climatique dans le risk management d’une société de gestion.
Quel impact l’intelligence artificielle peut-elle avoir sur les métiers du risque ?
Pour moi, c’est clairement une opportunité. L’IA permet en effet d’automatiser des tâches répétitives et de consacrer davantage de temps à l’analyse. Les cas d’usage sont nombreux : détection d’anomalies dans les données, automatisation de reportings ou aide à la rédaction de synthèses. J’ai par exemple développé une application capable d’extraire automatiquement les limites d’investissement présentes dans les documents juridiques de fonds. De fait, une tâche qui mobilisait plusieurs heures de travail est aujourd’hui réalisée quasi instantanément.
Quels profils recherchez-vous aujourd’hui pour vos équipes risk & performance ?
Ces dernières années, les attentes ont beaucoup évolué. Nous cherchions auparavant des profils très financiers avec une forte expertise quantitative. Aujourd’hui, nous recrutons plutôt des profils capables de combiner une solide base quantitative avec une vraie compréhension des enjeux liés à la data et à l’intelligence artificielle. L’idée n’est pas de recruter des développeurs purs, mais des profils capables de s’approprier des outils, de construire des solutions et de dialoguer avec des systèmes de données complexes.
Qu’est-ce qui fait des Ecoles Centrale un vivier de professionnels du risque ?
Centrale forme des ingénieurs capables de s’adapter à des environnements qu’ils n’ont pas encore rencontrés. Pour moi, c’est vraiment le cœur du modèle centralien… et c’est exactement ce dont nous avons besoin en risk management : appréhender un système complexe, identifier les interdépendances, modéliser des scénarios de stress et prendre des décisions. Ma formation m’a appris à ne pas me laisser déborder par la complexité, mais à la décomposer pour la rendre actionnable. Centrale ne nous prépare pas à un métier en particulier, elle nous prépare à apprendre rapidement et dans n’importe quel environnement. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si l’adaptabilité et la transversalité ont rythmé mon parcours !
L’ingénieur idéal de 2026 : spécialiste affûté ou touche-à-tout assumé ? Un touche-à-tout asssumé ! Nous évoluons dans un monde où les marchés, la réglementation et la technologie changent en permanence. Un spécialiste qui ne sait faire qu’une seule chose, même très bien, reste structurellement fragile. Chez Groupama Asset Management, côté risque, nous sommes plutôt des généralistes qui se spécialisent par l’expérience. Nous construisons des expertises profondes tout en gardant la curiosité de comprendre de nouveaux sujets.
Chiffres-clés : 3 domaines d’expertise / Environ 500 portefeuilles sous surveillance / Un peu plus de 100 milliards € d’actifs
Contact : PMarnay@groupama-am.fr