Givaudan, l’héritage en action – L’interview de Hallvard Bremnes

Rejoindre un leader qui encapsule les parfums en veillant à l’approvisionnement durable de ses 11 000 matières premières, c’est l’invitation d’Hallvard Bremnes (Centrale Lyon 00), Global Head of Sustainability de Givaudan.

Vous avez déclaré à un média suisse : « C’est parce que les entreprises peuvent agir qu’elles doivent agir. » Comment le groupe Givaudan agit-il à son niveau ?

Interview Hallvard Bremnes Givaudan
©Loris Von Siebenthal

Oui, je trouve cette phrase percutante et pertinente. Elle s’inspire du mot responsibility, qui en anglais combine la réponse (response) et la capacité (ability). En la matière, Givaudan agit sur trois niveaux. Au sein de nos 77 usines d’abord, nous avons décidé suite aux Accords de Paris de réduire de moitié nos émissions de CO2 en dix ans. Pari relevé ! Prochain objectif : -70 % d’ici 2030 et zéro émission en 2040. On en est capable, donc on doit le faire ! Ensuite, nous avons lancé une démarche d’approvisionnement responsable auprès de nos fournisseurs, afin que l’intégralité de nos 11 000 matières premières soient soumises à vérifications d’ici 2030. A date, nous en sommes déjà à 69 %. Enfin, en tant que leader, nous affichons clairement notre stratégie de croissance durable, afin de montrer l’exemple à notre industrie.

Quelle est la tendance RSE que vous avez su saisir avant tout le monde ?

Au-delà de la performance des produits, nous nous intéressons depuis très longtemps à leur performance environnementale. Nous avons notamment été pionniers dans les « technologies d’encapsulation biodégradables », qui permettent d’encapsuler les molécules olfactives et d’éviter que le parfum d’une lessive parte avec l’eau de rinçage. Notre solution Scentaurus™ PolyDoux permet aussi aux molécules de parfum de « s’accrocher » aux textiles et de s’activer au fil des jours au contact de l’oxygène, par exemple pour des vêtements de sport ou des draps de lit. Ces innovations sont désormais répandues dans le monde, mais comme précurseur nous avons su garder un temps d’avance : nos capsules biodégradables sont déjà sur le marché depuis 5 ans, alors que la réglementation n’interdira les micro-plastiques que dans deux ans.

Impact et équilibre sont les maitre-mots de la GenZ. En quoi Givaudan remplit-il le cahier des charges ?

Face à des jeunes en recherche de sens mais aussi de loyauté, nous nous appuyons sur nos 250 ans d’héritage pour nous réinventer, en misant sur notre vitesse d’innovation et notre focus RSE. Les jeunes diplômés peuvent voir ce qu’on fait de concret dans notre rapport de performance RSE, c’est une attente légitime et normale. Mais ils découvrent ensuite, en nous rejoignant, ce que signifie au quotidien d’être « human by nature ».

A la tête d’une équipe RSE de 33 collaborateurs, dans quel domaine spécifique avez-vous besoin de renfort ?

Dès le début, nous avons fait le choix d’internaliser nos compétences RSE. Notre équipe est donc très large, composée de généralistes et de spécialistes, d’ingénieurs et d’universitaires, basés aux quatre coins du monde. Les nouvelles expertises dont nous aurons besoin dans le futur sont liées à notre engagement pour une croissance durable. En élargissant les sources d’approvisionnement d’ingrédients naturels, nous sommes confrontés aux enjeux de droits humains, de traçabilité, de décarbonation, de biodiversité et de déforestation. Prenez un champ de patchouli en Indonésie : chaque matière première a une saisonnalité et une méthode de récolte dont il faut tenir compte, afin de ne pas épuiser les ressources et de respecter la fragilité des écosystèmes.

Comment passe-t-on du CEA à Givaudan ?

Le fil rouge de ma carrière, c’est de relever des grands défis. J’ai commencé dans les codes de calcul pour la sécurité nucléaire, puis je me suis intéressé à la R&D, où j’ai contribué aux prémices de l’aluminium zéro carbone, qui deviendra la norme. Mais c’est en travaillant dans l’industrie minière en Australie que j’ai conscientisé la finitude des ressources sur notre Planète. D’où l’idée de bifurquer là où je pouvais réellement faire la différence. Comme intrapreneur, j’ai eu l’opportunité de bâtir patiemment la direction développement durable de Givaudan, pour l’engager dans une trajectoire de responsabilité et de performance.

Le petit truc en plus des diplômés de Centrale ?

L’humilité face aux défis et l’envie de bien faire les choses.

L’ingénieur idéal de 2026 : spécialiste affûté ou touche-à-tout assumé ?

Touche-à-tout assumé… et engagé ! Je vois beaucoup d’engagement autour de moi, ce qui me rend fier et optimiste pour le futur.

Contact : hallvard.bremnes@givaudan.com www.givaudan.com/careers