42 % des filles suivent l’enseignement de spécialité Mathématiques en Terminale mais elles ne représentent que 25 % des étudiants qui intègrent des formations supérieures conduisant aux métiers d’ingénieurs et du numérique. Une proportion qui stagne depuis 20 ans. Le Plan Filles & Maths entend inverser la tendance… oui mais comment ?
Une question d’autant plus cruciale que ce décrochage apparait dès le CP, où un écart se crée dès le 1er trimestre, pour se creuser ensuite tout au long de la scolarité. Un choix pénalisant pour les filles qui s’orientent, de fait, vers des métiers moins rémunérateurs. Mais aussi pénalisant pour l’économie française qui manque de 20 000 ingénieurs (selon les estimations du Syntec Ingénierie) et de 60 000 techniciens (selon les estimations de la Dares) formés chaque année en France.
Le Plan Filles & Maths, c’est quoi ?
C’est pour cela que le ministère de l’Education nationale a annoncé le lancement du Plan Filles et Maths. Avec un objectif : que les jeunes filles prennent toute leur place dans les métiers de l’ingénieur et du numérique. Outre la formation et la sensibilisation des personnels de l’Education nationale, ce plan a pour ambition de renforcer la place des filles dans les enseignements qui ouvrent vers les filières d’ingénieur et du numérique. Parmi ses mesures phares : la mise en place d’objectifs cibles dès le lycée (30 000 filles de plus qui choisissent l’enseignement de spécialité de mathématiques en classe de Première et le conservent en Terminale, soit 5 000 filles de plus par an à compter de la rentrée 2025), la création de classes à horaires aménagés en Quatrième et en Troisième en mathématiques et en sciences avec au moins 50 % de filles, et un objectif minimum de 30 % de filles à l’entrée en CPGE scientifique en 2030 (et pas moins de 20 % dès la rentrée 2026). Sans oublier la mise en place de rencontres systématiques avec des rôles modèles de la Troisième à la Terminale.
Les filières scientifiques sont attractives !
Des objectifs à mettre en miroir du ressenti des femmes face aux sciences aujourd’hui. Plus de 1 900 apprenantes et apprenants des écoles françaises d’ingénieurs ont répondu à l’enquête Gender Scan 2025 qui met en évidence deux défis majeurs : le manque d’attractivité des filières scientifiques et techniques auprès des jeunes femmes et la persistance des stéréotypes de genre qui influencent leur orientation dès le plus jeune âge. « Cette enquête nous apprend que plus de 40 % des apprenantes en école d’ingénieur·e·s déclarent avoir été dissuadées de s’orienter dans les filières STIM. En France, les femmes sont significativement plus dissuadées que les hommes d’étudier dans les domaines scientifiques et techniques. Ce n’est pas acceptable dans un tel contexte de pénurie d’ingénieurs en France, s’insurge Dominique Baillargeat, vice-présidente de la CDEFI et directrice de 3iL Ecole d’ingénieurs. Pour 56 % des apprenantes dans le numérique et 32 % d’apprenantes dans les STIM hors numérique, les motifs de découragement sont liés à leur genre. Et les enseignants ont toute leur part dans ce découragement : ils restent les prescripteurs clés pour les apprenantes, suivis des amis / pairs, ce qui confirme un maintien, voire un renforcement des biais genrés chez les plus jeunes. L’entourage familial continue aussi de jouer un rôle non négligeable, notamment à travers des discours peu valorisants. Quand un garçon réussit dans les sciences, on a coutume de le féliciter pour son talent, quand il s’agit d’une fille, on la félicite pour son travail. »
Du côté des bonnes nouvelles
Des chiffres préoccupants qui ne doivent pas faire oublier les évolutions encourageantes pointées par le Gender Scan 2025. En effet, 96 % des élèves en STIM se déclarent satisfaits de leurs études, 87 % des étudiantes du numérique considèrent l’employabilité comme un critère majeur dans leur choix d’orientation (vs 73 % en 2021), 84 % citent la rémunération comme un critère déterminant (en hausse par rapport aux 69 % relevés en 2021) et la connaissance des dispositifs contre les violences sexistes et sexuelles a fortement progressé. Si en 2021, seules 20 % des étudiantes en STIM et 27 % dans le numérique les connaissaient, elles sont respectivement 76 et 78 % en 2025 à en avoir entendu parler. D’autant plus que ces inégalités femme-homme dans les sciences sont loin d’être une fatalité. « Dans de nombreux pays, les professions scientifiques et techniques jouissent d’un vrai prestige social. Elles sont synonymes d’ascenseur social et de carrières stables et prometteuses. De fait, les bases et les formations scientifiques y sont considérées comme indispensables dès le plus jeune âge » rappelle Dominique Baillargeat.
Action, réaction
Face à ces constats, la CDEFI propose des actions concrètes pour favoriser une plus grande inclusion des femmes dans les écoles d’ingénieurs. Parmi elles : l’intensification des actions de sensibilisation dès l’enseignement primaire et secondaire pour promouvoir la culture scientifique et technique auprès des jeunes filles. Mais aussi, le renforcement des actions de formation et d’information auprès des prescripteurs principaux et la lutte contre les stéréotypes de genre et les violences sexistes et sexuelles, en poursuivant les efforts engagés au sein des établissements d’enseignement supérieur. Sans oublier la mise en place de campagnes de promotion des métiers d’ingénieur·e·s, visant à présenter et déconstruire les idées reçues sur ces carrières. « Le titre d’ingénieur renvoie à un très grand nombre de métiers, souvent méconnus ou peu valorisés dans la sphère publique. Une catégorisation des métiers liée au genre subsiste encore aujourd’hui et empêche les jeunes femmes de s’imaginer travailler dans le génie civil, le numérique ou la mécanique par exemple. Dans l’imaginaire collectif, un ingénieur c’est un homme : mais ces croyances ne reposent sur rien et font beaucoup de mal à nos formations ! Le Gender Scan le dit : ces stéréotypes sont véhiculés dans l’environnement scolaire et familial, mais il se manifeste aussi au niveau culturel. Il y a encore une différenciation importante dans les jouets, les livres, les jeux vidéo, les activités sportives ou même les manuels scolaires. Dans les livres de maths ou de physique qui est toujours dans une voiture de sport ou en train de négocier un prêt à la banque ? C’est toujours un homme. En revanche, quand ça se passe dans une cuisine avec des ingrédients à peser, c’est pour les femmes ! » regrette la vice-présidente de la CDEFI. Or, pour attirer plus de femmes vers les sciences et en écoles d’ingénieurs, l’exemplarité et la vertu des rôles modèles sont diablement efficaces. « Il faut faire connaitre la contribution des femmes aux progrès scientifiques et technologiques. Par exemple, on oublie trop souvent de rappeler que l’informatique est née grâce aux femmes. Evidemment, dès que c’est devenu une science indispensable à la grandeur des Nations, les hommes se les sont attribués » ajoute-t-elle.
Alors usons et abusons du story-telling en montrant la réalité des femmes ingénieures ! « Les ingénieures sont des femmes épanouies dans des métiers intéressants et des carrières offrant de grandes marges de progression et des salaires attractifs qui leur permettent d’être autonomes et de ne dépendre de personne. Alors oui, c’est plus que pertinent pour une jeune fille de poursuivre dans les sciences. Certes, il y a encore du chemin à faire mais les annonces du plan Filles et Maths devraient augmenter le vivier à l’entrée de nos écoles d’ingénieurs et croyez-moi, si on a le vivier les choses vont changer ! Car à la CDEFI, nous en sommes certains : nos étudiantes réussissent et ont des carrières fabuleuses ! » conclut-elle.
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