Si l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoit que la crise du Covid-19 pourrait engendrer une chute des visites touristiques de 20 à 30 % et une baisse de 272 à 480 milliards € des rentrées touristiques mondiales en 2020, l’industrie du tourisme française ne s’avoue pas pour autant vaincue. Le point sur la situation et les pistes pour redresser la barre.

 

Un petit bout de ciel bleu. Selon une étude BVA menée début juin pour l’organisation interprofessionnelle Les Entreprises du voyage, 59 % des Français comptent partir cet été contre 55 % les années précédentes. Ceux qui ont le plus d’envie d’ailleurs ? Les moins de 35 ans, les foyers avec enfants, les Franciliens et les ménages aisés. Leur destination de rêve ? La France ! Près de neuf voyageurs sur dix feront le choix de l’Hexagone en 2020 (contre deux sur trois habituellement). Direction le littoral bien sûr, mais aussi la montagne (qui a laissé un goût de trop peu aux fans de poudreuse fin mars) et les zones vertes.

Une situation hétérogène

Mais quelle que soit la destination choisie, les professionnels du tourisme attendent les voyageurs avec impatience, même s’ils ont été et sont encore inégalement touchés par la crise. « Si l’évènementiel (festivals, mariages, rencontres sportives, business travels…) est complètement à l’arrêt et ne peut pas encore évaluer une date de reprise, les parcs de loisirs, la restauration et l’hôtellerie commencent à rouvrir à la veille d’une saison estivale encore incertaine, malgré le «plan Marshall» de près d’1,5 milliard d’euros promis pour faire face à la crise du coronavirus. Si le moral reste bon chez ces professionnels du service passionnés, des structures sont en grande difficultés, notamment parce que le secteur est majoritairement porté par des PME et TPE » introduit Véronique Béclié, directrice de l’Ecole supérieure de tourisme de Troyes.

Le management de la destination : le nouveau Graal du pro du tourisme – Crédit Unsplash

Cap sur le management de la destination

Une crise qui pourrait aussi marquer le grand retour du tourisme de proximité. Si le ralentissement des liaisons aériennes internationales risque de diminuer le nombre de touristes étrangers en France cet été, il s’avère aussi être une opportunité de taille pour pousser les vacanciers français à un retour aux sources. Et pour tirer son épingle du jeu, quoi de mieux que de miser sur le management de la destination ? « Faire connaitre sa destination en tant que marque : un enjeu de taille pour les territoires. En contrepied de ce surtourisme, de cette massification ininterrompue du tourisme que l’on a pu connaitre ces dernières années, le contexte actuel où les gens sont sensibilisés au slow tourism est un moment privilégié pour certaines destinations (notamment les zones vertes loin du littoral) de se faire connaitre » ajoute Luc Béal, Directeur de l’Institut du Management du Tourisme d’Excelia Group.

Digital et environnement : deux billets destination reprise

Mais pour remonter dans le train de la croissance, les professionnels du tourisme devront prendre deux virages incontournables : l’environnement et le digital. « Si les 35h ont marqué un tournant dans le tourisme en permettant le fractionnement des séjours, la crise actuelle engendre une nouvelle mutation, celle du retour aux valeurs du territoire. De plus en plus, les consommateurs remettent en question la mondialisation, pensent à leur empreinte carbone avant de réserver un billet d’avion, partent moins loin et consomment local »  indique Véronique Béclié.

Un retour aux sources qui n’oublie pas pour autant de s’ancrer dans le 21e siècle avec une digitalisation croissante du tourisme, un secteur où l’acculturation aux outils numériques n’est pas encore la norme pour bon nombre d’acteurs. Et pour faire face à des mastodontes professionnels du « colonialisme digital », l’heure est à la réflexion sur la logique de la chaine de valeur. « 20 % de la valeur d’un produit touristique consommé est capté par des intermédiaires, des plateformes participatives ou de réservation. Des références technologiques mondiales mais qui pourraient être affectées par une remise à plat de la distribution de la marge sur la chaine de valeur en lien avec la crise » ajoute Luc Béal.

Et si vous optiez pour l’œnotourisme ?

Qu’on l’appelle œnotourisme, vititourisme, vinitourisme, tourisme viticole ou encore tourisme vinicole, le « tourisme du vin » attire près de 10 millions de personnes chaque année, dont 40 % d’internationaux. Parmi leurs destinations privilégiées : le Bordelais, la Champagne et l’Alsace.

Un tourisme  Made In France qui pourrait tirer son épingle du jeu en cette période post-Covid. « Partout en France, à moins de 100 km de chez nous, se trouvent des petits domaines proposant des offres de proximité, des expériences uniques, permettant de faire redécouvrir des régions comme la nôtre sous un autre regard » indique Coralie Haller, Responsable de la spécialisation International Wine Management & Tourism du Master Grande Ecole d’EM Strasbourg. C’est d’ailleurs pour cela que la profession n’hésite pas à se mettre en marche : mise en place de collectifs entre vignerons, nouveau business models incluant une offre de restauration, drives fermiers… 

Un tourisme humain, authentique et basé sur l’expérience. Une expérience à vivre IRL, mais aussi en digital, en surfant sur la vague du virtual wine tourism, très en vogue en Californie par exemple. « Même si le virage numérique n’est pas forcément l’apanage des vignerons, un business model est à créer autour d’une vraie complémentarité entre réel et virtuel. Ils savent faire du très bon vin et le digital peut être un véritable atout pour le faire savoir. Dans ce secteur très atomisé, une approche collective et mutualisée pourrait accélérer ce virage digital » ajoute la spécialiste.

Avis aux jeunes dip : ayez confiance !

Des perspectives à même de rassurer les futurs professionnels du secteur ? « Le tourisme est un des secteurs les plus important au monde. Ce n’est pas la première crise qu’il traverse, il sait face aux aléas et s’adapter. La reprise va mettre du temps, la charge financière va se faire sentir jusqu’en 2021/22 mais je crois qu’une réelle énergie va se soulever : les professionnels du tourisme sont réputés pour ça ! » appelle de ses vœux la directrice de l’Ecole supérieure de tourisme de Troyes.

« Nous sommes désormais inscrits dans une civilisation du temps libre, avec une vraie aspiration au tourisme : je suis très optimiste sur le besoin de tourisme. Les prochaines années seront sans doute marquées par des changements de comportements face au surtourisme et des opportunités vont s’ouvrir pour des destinations nouvelles » ajoute Luc Béal.

Et côté compétences ? Si le marketing et la stratégie restent fondamentaux, la maîtrise de la data s’avère aussi centrale. « Le capital d’une destination ne se résume pas qu’à sa marque, son climat et ses plages, il réside aussi dans la connaissance fine de sa clientèle qui vient et qui revient. Demain ouvrira également de superbes opportunités pour les jeunes qui s’orientent vers la conception de produits d’hébergement » conclut-il.