Gadzarts de la promotion 73, Alain Monié dirige aujourd’hui le groupe leader mondial de la distribution informatique, réalisant un CA de 46,5 milliards de dollars. Fort de son expérience dans le business développement, le PDG fait bouger les lignes chez Ingram Micro en insufflant un vent d’innovation dans la stratégie de la société.

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Quels choix fondateurs ont modelé votre carrière ?

Me destinant au management plus qu’à un métier de technicien, j’ai intégré l’Institut Supérieur des Affaires (aujourd’hui rattaché à HEC) après les Arts&Métiers. J’ai passé 7 ans à Paris chez Sogitec, une petite société d’édition électronique et de simulation aéronautique. Ayant vécu une grande partie de mon enfance au Mexique et à Cuba, j’ai ressenti le besoin de m’expatrier à nouveau, poussé par le désir de découvrir un champ d’opportunités plus vaste. C’est à ce moment là que j’ai été muté en Californie pour redresser une filiale qui battait de l’aile. Séduit par la mentalité américaine, qui s’intéresse plus à ce que vous faites, que ce que vous êtes, je n’ai pas éprouvé l’envie de rentrer en France. J’ai rejoint la société Allied Signal, qui m’a très vite donné la possibilité de partir en Asie, une région à l’époque en plein boom, qui m’attirait pour son effervescence. Ayant signé un contrat de 3 ans et démarrant dans un petit bureau à Tokyo, j’y suis finalement resté 12 ans afin de développer le business de l’aéronautique dans toute la region Asie. Fin 1999, nos 3 fils ayant terminé leurs études secondaires et partis du giron familial, j’ai accepté de retourner aux US, à Miami, pour accompagner la fusion d’Allied Signal et Honeywell en Amérique Latine. En 2002, l’occasion de changer de domaine après 18 ans dans l’aéronautique, s’est présentée, lorsque l’on m’a lancé le défi de redresser le business d’Ingram Micro en Asie (basé à Singapour). Enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau secteur, un autre business model, je me suis jeté à l’eau. Grâce aux acquisitions que j’ai initiées, la région a plus que doublé est devenue l’une des plus profitables du groupe en moins de 4 ans ! C’est ainsi que j’ai pu accéder au poste de DG (COO), puis de PDG (CEO), ici à Irvine en Californie.

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Qu’est-ce qui caractérise Ingram Micro ?

J’ai rejoint un schéma industriel très différent de ce que je connaissais. En aéronautique, on dépense des milliards de dollars pour développer un produit que l’on rentabilise ensuite sur 15 à 20 ans. En distribution informatique, nous ne fabriquons pas, mais achetons des produits technologiques, pour lesquels nous devons trouver des revendeurs sous 30 jours maximum, avant qu’ils ne deviennent obsolètes ! Ingram Micro, présent sur tous les continents avec un effectif de 27 000 collaborateurs, se reposait sur un succès qui lui assurait la place de leader mondial. Impulsant de l’innovation dans sa stratégie, nous sommes parvenus à augmenter le chiffre d’Affaires de 8,7 milliards de dollars entre 2012 et aujourd’hui.

« Pour avancer, il est impératif de prendre des risques très tôt dans sa carrière. On apprend en bougeant, en commettant des erreurs. »

 

Quels axes stratégiques vous ont permis de faire fructifier la société ?

Nous nous sommes appuyés sur 2 leviers pour développer le coeur de métier, investissant d’une part dans l’ingénierie de solutions complexes afin d’accompagner nos clients sur la mise en oeuvre de data centers et de logiciels intégrés et d’autre part dans le rachat de sociétés en Asie, en Afrique, en Turquie etc… afin d’étendre notre empreinte géographique. Aujourd’hui nous sommes présents où 80 % des dépenses informatiques mondiales se font ! Par ailleurs, nous avons défini 3 nouveaux axes de développement autour de notre activité principale : le premier consiste à proposer des services à forte valeur ajoutée, comme la réparation ou l’échange de téléphones mobiles, des programmes d’assurance, du recyclage de matériel informatique, accompagnant ainsi le produit tout au long de sa vie. Le second concerne l’explosion du Cloud, à laquelle nous participons en proposant une plateforme informatique réunissant toutes les solutions intégrées. Le troisième réside dans la mise à disposition de notre infrastructure logistique et e-commerce aux entreprises se développant dans le commerce en ligne leur évitant ainsi d’avoir à faire des investissements lourds et en leur permettant d’être opérationnels immédiatement.

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En quoi l’esprit Gadzarts vous a-t-il aidé dans la construction de votre carrière ?

Arts et Métiers ParisTech délivre un enseignement solide, polyvalent et concret, formant des ingénieurs pragmatiques. Bien que très bien classée elle ne figure pas assez haut sur la liste des grandes écoles françaises. Ce qui de mon point de vue fait également l’une de ses forces. Je ne suis pas un fervent défenseur de l’élitisme à la française, qui a tendance à porter aux nues l’excellence d’une formation et des étudiants qui en sortent, établissant des voies royales toutes tracées parfois trop ambitieuses pour des jeunes qui manquent d’expérience. En école, on forme les étudiants à un état d’esprit plus qu’à des connaissances. Ce qui vient ensuite n’est pas dû. C’est à eux de construire leur carrière ! Tout peut être réalisé avec du travail, de l’envie et surtout de l’humilité. Lorsque je recrute dans ma propre entreprise ou que je promeus des talents, je le fais en fonction de ce qu’ils ont accompli et non pas de là d’où ils viennent, ni de l’école dont ils sont diplômés. J’aime les caractères curieux, ouverts sur le monde, qui prennent des risques, osant s’aventurer en terre inconnue, avec l’ambition de construire des choses nouvelles.

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Quelles opportunités s’offrent aux jeunes diplômés chez Ingram Micro ?

La puissance et la présence internationale d’Ingram Micro, en font un groupe au large panel de possibilités, aussi bien sur le plan géographique que fonctionnel. Travaillant sur des solutions informatiques complexes, nous proposons de nombreux métiers techniques susceptibles d’intéresser des ingénieurs. Les domaines comme le commerce, la logistique prennent également une place primordiale dans un business qui expédie une centaine de produits… chaque seconde… à travers le monde ! Gérant à tout moment près de 10 milliards d’inventaire et de crédit aux clients nos chefs de produits et services financiers ne dorment pas sur leurs deux oreilles !

SOUVENIR des Arts et Métiers ParisTech :

En arrivant à l’école, nous avons vécu 2 mois intenses d’intégration, appelés Traditions ! Un épisode m’a particulièrement marqué. Pendant que certains anciens nous occupaient en amphithéâtre par un laïus sans queue ni tête, les autres avaient entrepris de vider nos chambres, meubles compris, pour en faire un immense tas au milieu de la cour de 10m de haut par 20m de diamètre. Nous nous sommes retrouvés devant ce capharnaüm, avec la nuit pour tout remettre en ordre. Dans ce genre de moment, on identifie très rapidement ceux qui paniquent et ceux qui prennent la farce avec humour et philosophie, ceux qui se précipitent pour retrouver leurs affaires, et ceux qui ont l’intelligence d’organiser une chaîne, pour tout démêler et trier.

 

Instant RH :

Chez Ingram Micro – et je pense que c’est le cas dans toute société d’envergure internationale – ceux qui occupent aujourd’hui de hautes responsabilités dans le top management, ont auparavant passé une partie de leur carrière à l’étranger. Pour moi c’est un vrai plus sur un CV. Je conseillerais également aux jeunes d’aller chercher les opportunités, plutôt que d’attendre qu’elles se présentent à eux. Je suis convaincu également d’une chose : pour avancer, il est impératif de prendre des risques très tôt dans sa carrière. On apprend en bougeant, en commettant des erreurs. Enfin, avant de rejoindre un poste ou une société, il faut rejoindre des femmes et des hommes que l’on respecte, et qui sauront vous faire grandir.

 

AM.

Contact : alain.monie@ingrammicro.com