La Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal a annoncé le 4 juin 2019 le lancement d’une mission visant à améliorer la diversité sociale dans les grandes écoles. Une annonce officialisée à l’occasion de l’Assemblée Générale de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) et qui n’a pas manqué de faire réagir son bureau, fraichement élu.

 

38 % de boursiers dans les grandes écoles mais seulement 19 % à l ‘ENS et 11 % à Polytechnique. Face à ce constat, le Gouvernement, par la voix de la ministre a envoyé une lettre de mission aux directeurs des Ecoles Normales Supérieures, de Polytechnique, d’HEC Paris, de l’ESSEC Business School et d’ESCP Europe pour s’engager sur le sujet. Une lettre de mission assortie d’une obligation de résultat avec des premières propositions attendues dès la mi-juillet. « Il faut faire en sorte que l’ensemble de l’enseignement supérieur se mette en configuration de travailler à accueillir l’ensemble de notre jeunesse telle qu’elle est. Le sujet de la diversité sociale et de l’égalité des chances doit irriguer l’ensemble de nos établissements, même les plus prestigieux », insiste Frédérique Vidal.

L’arbre qui cache la forêt 

Si comme en témoigne la création de sa Commission Diversité dès 2005, la CGE est déjà très engagée sur le sujet, Anne-Lucie Wack sa présidente, s’interroge sur la méthode préconisée par la ministre. « A trop focaliser le débat sur quelques écoles de tête prestigieuses, on risque de biaiser la représentation de la diversité dans les grandes écoles. Nous avons beaucoup travaillé avec les écoles présentes sur tous les territoires pour mettre en place des dispositifs d’accompagnement, de diversification des voies d’accès, d’apprentissage… C’est sans doute plutôt sur cela qu’il faudrait insister. »

Sélectivité et équité : même combat ?

Cette question de l’ouverture se pose d’ailleurs bien en amont des grandes écoles. « Quand nos élèves arrivent dans nos établissements, le mal a déjà été fait en terme de stéréotypes », ajoute Sophie Commereuc, directrice de Sigma Clermont. Quid alors de la sélectivité ? Un sujet éminemment épineux, pointé du doigt par Frédérique Vidal, qui « souhaite que la réflexion qui s’ouvre soit sans tabous. Et en particulier vis-à-vis du concours, trop souvent vu comme l’alpha et l’oméga de l’entrée dans vos écoles. En la matière, il me semble essentiel de pouvoir s’interroger sur le recours à des voies d’admission dédiées. »

Un pavé dans la mare, alors même que les écoles avouent ne pas pouvoir  « changer de modèle drastiquement car on nous demande de l’équité. Donner plus de poids aux oraux, c’est s’assurer de faire face à de plus en plus de recours », insiste Laurent Champaney, DG des Arts et Métiers ParisTech. Alors que faire ? Abandonner le papier / crayon pour une admission 100 % basée sur une mise en situation des candidats à l’oral ? Mieux mêler écrit et oral ? Et quid du coût pour les candidats ?

Stop aux clichés !

La vraie question ne serait-elle pas en réalité celle de l’information ? C’est en tout cas ce que pense la CGE qui renforce ses actions pour médiatiser l’ouverture des grandes écoles. « Propager l’idée que le monde des grandes écoles est fermé, c’est enclencher un cercle vicieux. Nous mettons tout en œuvre pour contrer ce blocage culturel et montrer aux collégiens et lycéens, de tous les quartiers, que la prépa et les grandes écoles, c’est aussi pour eux (Cordées de la réussite, programme Une grande école pourquoi pas moi, diversification des voies d’accès, apprentissage…). A nous de communiquer pour arrêter d’entretenir l’idée fausse qu’on ne fait pas d’ouverture sociale », martèle Florence Darmon.

Un Observatoire de l’ouverture sociale paraitra d’ailleurs à l’automne 2019. Au programme : un baromètre chiffré et un panorama de toutes les initiatives prises par les établissements en matière d’ouverture sociale. « Un chantier de longue date initié lors de la dernière présidentielle…et aujourd’hui sur le haut de la pile. La CGE est combative ! », conclut Anne-Lucie Wack.