Le parcours à priori tracé d’Anne Lalou dans la banque d’affaires et le développement d’entreprises, prend un nouveau visage lorsqu’elle s’intéresse au numérique. Elle crée en 2012 la Web School Factory, y appliquant l’ambition qui l’a toujours guidée : prendre le pouvoir sur ses choix et sa vie professionnelle.

 

Anne Lalou © Olivier Ezratty

Anne Lalou © Olivier Ezratty

 

 

Le goût de la liberté
Son Bac S en poche, la future directrice opte pour une prépa-HEC « pour me laisser le choix le plus large et aussi car pour mon père diplomate, c’était une grande école sinon rien ! » Anne Lalou intègre l’ESSEC major féminine de sa promotion. Reçue au concours à 17 ans et 7 mois, elle prend une année sabbatique pour voyager. « J’ai beaucoup grandi durant cette expérience et le goût de la liberté ne m’a plus quitté depuis ! »

 

Entrer dans la réalité des entreprises
Diplômée à 21 ans, elle suit les conseils de son maître de stage en banque, et part à Londres. Elle se présente au culot, sans rendez-vous, chez Lazard pour solliciter un stage non rémunéré. Intégrée en juillet, la banque la recrute dès septembre. Anne Lalou passera 3 ans à Londres et 4 ans à Paris chez Lazard. « Très jeune, on a accès à des interlocuteurs de haut niveau. Le travail est très enrichissant et prenant. » Devenue n°2 des opérations, elle regrette d’être « déconnectée des enjeux stratégiques, économiques et RH des entreprises. » Elle quitte la banque pour rejoindre Havas comme directrice stratégie et prospective. Un de ses collaborateurs lui parle d’une évolution majeure à venir par le digital. Elle s’y intéresse, se passionne et engage Havas dans le multimédia. « Ça a été un coup de chance de s’intéresser si tôt à ce qui allait devenir une révolution. »

 

Un tournant personnel donne un nouveau sens à sa vie
« Je quitte Havas juste avant son rachat par Vivendi. Après 12 ans de carrière, je décide de prendre du temps pour des projets personnels. » Un grave accident de la vie de sa mère change ses priorités. « Je l’ai accompagnée jusqu’au bout et cela a été un des plus cadeaux de la vie. J’ai relativisé la place du travail. »

 

Le bonheur de réapprendre à réfléchir
Elle imagine son retour dans une PME, mais un ancien patron de Lazard désormais chez Rothschild, la convainc de le rejoindre en charge de la structuration du groupe. « J’ai créé la branche internet/ multimédia et surtout eu la révélation du management. » Elle décide à nouveau de quitter l’entreprise, « lassée de faire des « coups ». Je n’hésite jamais à partir, c’est une liberté que je m’accorde car nous n’avons qu’une vie ». Une rencontre avec deux dirigeants de Nexity la fait entrer dans un nouveau secteur, l’immobilier. Elle y restera 10 ans à des postes de direction, puis à nouveau elle aspire à autre chose. Elle propose un deal à des amis consultants de Kea & Partner : « vous m’accueillez pour me réapprendre à réfléchir et je vous livre les best practice en structuration ! » Senior adviser durant un an, elle évoque « un pur bonheur d’aborder tout ce qui tourne autour d’un management porteur de sens. »

 

Permettre aux étudiants de prendre le pouvoir sur leur vie professionnelle
Elle acquiert aussi la certitude qu’elle a envie de changer d’univers. L’occasion se présente lorsqu’elle rencontre le président du réseau Studialis. Forte de sa connaissance des besoins des entreprises pour accélérer leur transformation digitale, elle imagine une école du numérique et du management de l’innovation, la Web School Factory. Son ambition est de « permettre aux étudiants de prendre le pouvoir sur leur vie professionnelle et d’avoir le choix de définir leur métier. » De cette ambition nait un modèle pédagogique singulier fondé sur le travail collaboratif, la structuration du dialogue entre l’apprendre et le faire via la réalisation de projets réels menés avec des entreprises, et l’acquisition d’une double compétence managériale et technologique. La directrice adosse l’école à une Innovation Factory, un lieu pour catalyser le co-développement entre ses parties prenantes.

 

Des diplômés du 3e type
La première promotion sortira en juin 2017. « Ces futurs managers du numérique cassent les silos dans l’entreprise pour mener la transformation digitale de manière transversale et stratégique. »

 

« Anne est engagée et passionnée, libre et audacieuse ! »
témoigne Sophie Stabile, directrice générale HotelServices France au sein du groupe Accor. « J’ai rencontré Anne au Women’s Forum 2013 alors qu’elle finalisait son projet d’Innovation Factory, un concept qui a immédiatement séduit Accor. J’ai été frappée par sa vision de l’enseignement, son envie de faire grandir les jeunes. Elle fourmille d’idées, est curieuse de tout et est portée par le goût du risque. Elle a foi dans le savoir et la transmission, dans le travail et l’importance de sortir du cadre, de mélanger les genres. Elle croit dans les rencontres et les amitiés. »

 

A.D-F