Accusations de wokisme ou de discrimination, attaques des politiques de diversité, réduction de plusieurs milliards de dollars des subventions à la recherche : depuis le début de son second mandat, Donald Trump a clairement mis les universités américaines sous pression. Mais ce climat tendu ne les empêche pas de rester ce qu’elles sont : des super-puissances inégalées de l’enseignement supérieur mondial.
Si ce contexte inédit fragilise leur image d’espace totalement libre, il n’égratigne pas pour autant le prestige d’institutions comme Harvard, Stanford ou le MIT. Celles-ci restent en effet des marques mondiales, capables d’attirer talents, capitaux et influence à une échelle unique. Elles continuent de structurer des écosystèmes complets, mêlant recherche, startups, capital-risque et grandes entreprises. Et leur puissance financière reste sans équivalent : levées de fonds continues, partenariats industriels stratégiques etc. A titre d’exemple, Harvard disposait en 2024 d’un fonds de dotation de 53 milliards de dollars. Sans oublier que les universités américaines dominent toujours la recherche en IA, en lien étroit avec les géants de la tech, et attirent, de fait, une nouvelle génération d’étudiants fascinés par l’impact concret de leurs recherches.
Un modèle de puissance et d’excellence difficile à reproduire en Europe ?
Malgré la conjoncture politique actuelle aux USA, cette intégration verticale crée donc toujours un avantage compétitif difficile à reproduire en Europe. Mais elle pose également la question d’un modèle très élitiste, peu accessible à grande échelle. D’autant que le coût des études reste le talon d’Achille du modèle américain. Les frais de scolarité continuent d’augmenter, dépassant 80 000 dollars par an dans certaines institutions d’élite, ce qui constitue le frein majeur à leur attractivité internationale. Même si certains doubles-diplômes d’établissements français comme NEOMA ou Audencia (cette dernière étant la seule école de management hexagonale à être partenaire de trois membres de la Ivy League sans frais de scolarité supplémentaires) permettent aux étudiants français de résoudre ce dilemme ROI vs prestige.
Le soft power académique américain domine… mais les outsiders sont là !
Dans ce contexte, le soft power académique reste une véritable arme d’influence américaine. Les universités d’Outre-Atlantique forment en effet une grande partie des élites internationales, et leurs réseaux d’alumni sont des leviers diplomatiques puissant. Mais parallèlement, ce modèle est de plus en plus challengé par d’autres régions. Les tensions induites par les décisions de Donald Trump ouvrent une fenêtre pour d’autres zones géographiques : perçue comme étant plus stable, la concurrence européenne et asiatique devient plus crédible. Preuve en est, l’université chinoise du Zhejiang a détrôné Harvard à la tête du dernier classement Leiden (fondé, entre autres critères, sur le nombre d’articles publiés par les équipes de recherche dans les revues scientifiques), et les chercheurs internationaux commencent d’ailleurs à diversifier leurs destinations.
Pour les étudiants français, cela invite à une lecture plus stratégique : choisir les États-Unis, oui, mais avec une compréhension fine des contextes locaux. Si le modèle américain inspire toujours, il n’est plus hégémonique et une nouvelle élite globale tend à émerger, à la croisée des modèles.