L’Université Paris-Panthéon-Assas s’est fixée comme objectif d’être un partenaire du monde professionnel, et d’accompagner les grands changements du monde contemporain. Regards croisés de Stéphane Braconnier, président de l’Université Paris-Panthéon-Assas, et Nino Djemad, étudiant en master de Droit public de l’économie et élu au CA de l’Université, à ce sujet.
Concrètement, comment l’Université se connectent elle aux grands enjeux contemporains ET au monde professionnel cette année ?

Stéphane Braconnier. Ces deux sujets sont intimement liés, car on ne peut pas éclairer les changements du monde sans être profondément arrimés au monde professionnel. Pour Assas, cela se traduit d’abord par des partenariats étroits avec les entreprises (comme Orano ou Elior récemment) et avec les représentants des professions en lien avec nos disciplines. Des liens renforcés grâce à la Fondation Panthéon Assas bien sûr. Cela se traduit aussi par des actions en prise directe avec les grands enjeux du monde. Dans le domaine stratégique et militaire par exemple, à travers notre convention avec la Réserve citoyenne, ou le projet Organiser la surprise stratégique (OSS), que nous coportons avec Sorbonne Université afin de structurer un programme de recherche et de formation consacré à l’analyse des mécanismes de la surprise stratégique dans les relations internationales contemporaines.
Et en matière d’IA ?
Stéphane Braconnier. Nous faisons progressivement évoluer nos cycles de formation. Depuis la rentrée, nos étudiants de premier cycle suivent une demi-journée de sensibilisation à l’utilisation de l’IA dans le cadre de leurs études. Les étudiants en droit ont désormais la possibilité de passer, en master, le certificat « Juriste IA » (reconnu par les professions juridiques), et en doctorat, de suivre une formation approfondie sur le rôle de l’IA dans la recherche juridique. Là encore l’Université entend porter une voix rigoureuse et scientifique et mettre de la rationalité là où il en manque trop souvent.
Une dynamique nourrie par votre statut de Grand établissement adopté il y a un an. Mais qu’est-ce que cette évolution institutionnelle a changé dans la vie des étudiants ?

Nino Djemad. L’Université et ses composantes sont très complémentaires : ce n’est pas une fusion bizarre pour monter dans les classements ! Ça a permis la création de nouvelles formations très appréciées des étudiants – comme la double licence juriste/linguiste avec l’ISIT ou le master Marketing et Technologies digitales avec l’Efrei. Cela impacte aussi directement la vie étudiante : on a tous la même carte d’étudiant, on est tous diplômés de la même Université, on a un accès commun à certaines bibliothèques et au service de santé, les étudiants de toutes les écoles sont représentés dans différents conseils etc. Cela donne aussi à l’Université un poids supplémentaire à l’international, ce qui nous permet de profiter de nouvelles conventions d’échanges.
Dans ce cadre, et en plein débat sur le secteur privé lucratif, pourquoi est-il important de réaffirmer la force du modèle universitaire défendu à Assas ?
Stéphane Braconnier. Parce que ce modèle porte dans son ADN une mission de service public qui garantit égalité des chances, la qualité de la formation et une excellente insertion professionnelle. Face à ce constat, l’enseignement privé lucratif (hors EESPIG et établissements consulaires donc) soulève deux problèmes majeurs : une ambiguïté réelle sur la qualité de la formation et sur la pérennité de ces établissements. Pour autant, je suis convaincu que l’enseignement supérieur français doit marcher sur deux jambes : le public et le privé. Mais un privé sévèrement régulé, alors même qu’on constate une vraie carence de l’Etat sur ce sujet, dont les étudiants et leurs familles sont les premières victimes. Cela m’amène aussi bien sûr à la question du financement des universités. Les subventions pour charge de service public assurées par l’Etat diminuent, ce qui nous poussent à aller chercher des recettes propres : via notre fondation, la formation continue, ou l’apprentissage. Ce afin d’éviter au maximum de devoir mettre sur la table l’évolution des frais d’inscription.
Nino, c’est un modèle important pour vous ?
Nino Djemad. J’ai commencé mes études en sciences politiques avant de me réorienter en droit, et je n’ai jamais pensé à m’inscrire ailleurs que dans une université ! A Assas, on a une formation d’excellence, basée sur une grande rigueur scientifique, reconnue par le monde universitaire et par le monde professionnel… sans s’être endetté de plusieurs milliers d’euros à 20 ans ! L’Université m’offre une grande liberté qu’il faut préserver : grâce à elle j’ai pu faire les bons choix, au bon moment.